‹ Le MonteCristoChapitre 64 sur 144 · SO · texte numérisé non relu

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Angleterre. ... Un an, 13fr. »»c.

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Lai damande» d'abonnementi doivent Jtre adxea»e<s, /Vaiwo, à M. Delavier, nu bureau da journal, avec nna Talaor sur Paria ou an mandat »ur la poate.

CAUSERIE AVEC MES LECTEURS

Chers lecteurs, Tous été»- vous débrouillés dans mes courses d'Epsom ? Avea-vous pu y voir quelque chose à travers la poussière? Avez-vous embrassé ce gigantesque ensemble avec ses mille détails?

— A peu prés.

— Tant mieux, c'est plus que je n'espérais.

Nous allons remonter au chemin de fer de London Bridge, et aller au Palais de Cristal.

Là, nous respirerons, ce que nous n'avons guère fait depuis mon arrivée à Londres.

Et encore ce sera en courant. — Nous partons a huit heures, et nous devons être de retour à une heure, pour avoir le temps de voir Westniiuster.

H faut que demain matin nous soyons à quatre-vingts lieues de Londres, à Manchester, où. nous attendent les Titien, les Rembrand, les Velasquez, les Murilloet les Van- Dick.

Au reste, il ne nous faut que vingt minutes pour être au Palais de Cristal.

Le Palais de Cristal est a Londres ce que l'Arc-do-Triomplie est à Paris.

De quelque côté que l'on se tourne on le voit toujours.

Sans compter que lorsqu'on en approche il vous écrase par sa masse, et qu'alors on ne voit plus que lui.

Le Palais de Cristal de Londres mérite complètement son titre : il n'a pas, comme le nôtre, dos prétentions A l'architecture. Son fronton n'est point sculpté -, son por-

Il)'

rhc ne repose pas sur les colonnes dlonie ou de (Winthe.

(Test un bâtiment on vitres et on for. une gigantesque cage de verre, cl pas autre chose.

Mais une cape de verre d'un quart de lieue de Ion» et de cent cinquante pieds de haut.

Tout ce qu'il y a de parties opaques est peint en bleu clair.

Il n'y a rien d'artistique dans tout cela ; mais l'industrie, portée à ce degré, est la sawr de l'art.

Puis, une fois entré dedans, l'art vous attend derrière la porte, il va vous prendre, vous envelopper, vous ètreiudre.

Je ne parle pas des machines, des porcelaines, des verreries, des voitures, des coutelleries, des châles, des percales', des matlapolams. des popelines, toutes choses fort intéressantes pour certaines organisations, mais fort fastidieuses pour moi.

Tout cela c'est de l'industrie, et non pas de l'art.

Mais ce qui est de l'art, et du plus beau, du plus pur. du plus eleve, — ce sont les différents Musées à travers lesquels on passe.

I n des caractères des spéculations du peuple anglais,— c'est l'utilité ; - ajoutons qu il est essentiellement classificateur.

F.n France, nous eussions tout mis dans le même Musée, — en séparant peut-être le tout en salles. — égyptiennes, grecques, romaines, etc., etc.

U on a tout fait revivre, excepté les hommes. —

Et encore, à leur défaut, y trouve-t-on leurs statues.

Nous ne craignons pas de dire que le Palais de Cristal est le musée le plus complet qui existe.

On y entre trois mille ans avant le Christ, on eu sort en même temps que no» contemporains.

I-a première chambre est égyptienne. L'Ibis égyptienne est la mère des nations ; — au-delà de son voile, tout est ténèbres.

L'Angleterre, qui est la maîtresse de l'Inde, n'a rien osé nous donner des antiquités do l'Inde.

Elle commence au modèle du temple d'Aboo, -prés de Thébes— aux statues d'Ainenophis,— aux ligures.» igantesques de Rhamsés-le-Grand.

Ces colonnes, peintes d'hier, ce sont celles du temple de Karnak rendues à leur lustre primitif.

Les deux autres colonnes, cannelées sans fut ni chapiteau, soutiennent le tombeau de Ileni-Hassan.

Ces bas-reliefs sont tires du grand temple de Rhauisèslll.

De la chambre égyptienne on passe dans la chambre grecque.

U est le Parlhenon restauré tout entier, — avec la frise de Phidias peinte et dorée.

Quand les mutilations de lord Elgin n'auraient servi qu'à cela, on l<-s lui pardonnerait.

Cède chambre est peuplée d'un inonde de statues,— tout ce que l'art merveilleux de la Grèce nous a lègue pendant une période de trois cents ans — bustes, statues, groupes, tout est là.

J'y ai retrouve toute cette grande et douloureuse famille de Niobequeje n'avais vue qu'à Florence.

Entre la Vénus Yictrix, qui porte le premier numéro, et le buste de Magnus Deceutius qui porte le dernier, sont enfermes deux gent quinze chefs-d'œuvre.

De la chambre grecque on passe dan» la chambre roniaine.

C'est une exhumation complète ; c'est une maison de Pompée remeublée^— la maison de Pioméde ou la maison du poète.

Depuis le chien en mosaïque qui garde la porte .jusqu'au lnrarum on sont les dieux du foyer • *

Atrium, « uhicnluni, impluvium, xistns tricliniuni, bal neum, vestiarium, culina, tout y est.

A chaque draperie qui se soulève, il semble qu'on va voir apparaître la matrone romaine avec sa longue stole, ou le sénateur avec sa toge ou son laticlave.

— Restez une heure dans la salle Ronvùne. et vous saurez la vie antique comme si vous étiez contemporain de Plinè.

Là vous trouvez l'art romain déjà si loin de l'art grec : Athènes donne le Parthenon. Rome le Colysee.

Ijc génie des deux peuples est là tout entier.

DeNapleson passe à Grenade, de Pompei, à l'AIhambra, de l'impluvium du poète «i la Cour des Lions.

Entrez, chers lecteurs, les rois viennent d'en sortir, la dernière arme d'Abou-Abd-.Vllah Mohamed, dont nous avons Tail Roabdil, est encore sur le seuil de marbre la »alle des Deux-Sieurs.

C'est tout bonnement nue merveille que celte restauration avec ses fenêtres en verres de couleur, ses arabesques bleues, rouge et or. ses soubassements de porcelaine et son pavé de mosaïque.

Rien que celte cour des Lions et celte chambre «les Deux-Sœurs vaut le voyage, je ne dirai pas de Londres à Sydenham, mais de Paris à Londres.

Nous avons tout cela nous aussi, moulé sur nature, et rapporte par Taylor et Dauzats.

— Mais où cela ? me demanderez- vow, chers lecteurs.

— Parbleu! dans les caves du I<ouvre, ou M. Fontaine a fait jeter les lions creux en déclarant que tant qu'il vivait. la France n'en reviendrait pas comme architecture aux siècles de barbarie.

J'ai bien envie de dire tout bas au directeur du I-ouviv que M. Fontaine est mort, et que Louis-Philippe n'est plus sur le troue.

Maintenant, chers lecteurs, il faut sortir par la porte dp Ninive, traverser un jardin tout plante de palmiers, de bananiers, de lalaniers, et passer de l'autre cote du palais de cristal, dans la chambre byzantine.

Après la chute dé Rome, c'est là que l'art expirant s'est réfugié: Vous allez le retrouver 'sortant de terre avec la nouvelle Constantinople que Justinien fait kitir des mines de l'ancienne, renversée psr un tremblement de terre, et vous le suivez dans toutes ses phases, jusqua ce que les maîtres Mosaïstes aillent bâtir le palais des doges à Venise, et le cloître de Montréal à Païenne.

C'est pendant la même période que grandit l'architecture arabe que nous venons de quitter; elle tombe presque en même temps. Mahomed II entre à Coustantuiople en I i.'i.'l. Ferdinand entre à Grenade en 1 i'.V?.

Il y a cette différence dans ces deux événements, que la prise- de Constanlinople par les Turcs nous donne la renaissance architecturale et littéraire, et qui' la prise de Grenade par les chrétiens exile la littérature et la science de l'Europe.

0 Doua Chimène, que (n avais bien raison d'en vouloir au roi Don Alphonse d'occuper ton mari avec tant d'obstination à chasser les Maures de l'Espagne (I ;.

Celle renaissance que nous donne la prise de Constanlinople par Mahomed II, vous pourrez la suivre à travers le moyeu-âge dans les salles Florentines, on rêve le Peusc roso de Michel-Ange.

Ouelle a pu être l'intention de Michel-Ange, cet homme

(1i Celle boula le nous a f.iil relire la lettre si naïve do Dona Chimène au roi Iton Alphonse ; nous n'avons pas pi résister à la nulire en vers. Nos lecteurs la trouveront h la suilo do noire causorie. Que l'on nous pardonne celle débauche poétique; une f«» n'esl coutume.

LK MONTE-fiMSTO

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qui mettait une intention partout, quand il a fait un chefdïeuvre de pensée et do rêverie, do la lt" tt* de ce misérable Laurent II, qui n'est connu que pour avoir laissé une empoisonneuse à la France et un tyran à la Toscane.

Cherchez au milieu de tout cela, cher lecteur, si vous faites le même voyage que moi, le David de Donatcllo. et son petit saint Jean— deux merveilles — la dernière déjà populaire, du reste à l'aris.

Je suis retourné trois fois au Palais de Cristal, et chaque fois j'ai relait avec une vénération nouvelle ce voyage à travers les siècles.

On dit que Munich a quelque chose de pareil.

J'irai à Munich.

Maintenant, au lieu des minces et maigres parterres, dont est flanqué notre Palais-de l'Industrie, le Palais de Cristal domine un immense jardin avec des bassins découpes et des statues fondues sur les modèles de Versailles.

I ue machine hydraulique, destinée à Taire monter l'eau, occupe ruie des deux tours.

II en résulte des jets d'eau de cinquante ou soixante pieds.

Ce jardin est à coup sur le paradis des fleurs. Je n'ai vu que le Pre Catelau où elles soient jetés avec une pareille profusion.

Une portion de ce jardin trop aride, pour être soumise aux exigences du jardinage, a été laissée en désert avec ses flaques d'eau verdàtre et ses immenses rochers.

Seulement, comme les Anglais savent tirer parti de tout, ils en ont fait un specimon de géologie.

De même que l'on a pu suivre l'art à travers les civilisalions successives de l'Egypte, de la Grèce, de Rome, de l'Espagne, de Constantinople et de Florence, de même on peut suivre les créations successives des animaux antédiluviens à travers les différentes couches terrestres.

Là, Cuvieret Brongniard à la main, un peutsuivre un cours complet de géologie.

Ces animaux disjuirus, dont le gouvernement a fait tant de bruit chez nous, qui devaient être donnés à exécuter à llarye, comme une récompense accordée à ce grand génie si longtemps, je ne dirai pas méconnu — mais oublie— et qui sont encore en projet dans le cabinet de M. le ministre de l'intérieur ou de M. le maire de l'aris, une société particulière les a commandés à M. James Campbell, qui les a exécutés sur les modèles du professeur Ansled.

En Angleterre, ce n'est pas plus dillicile que cela.

11 est vrai qu'on y a déjà dépense trente-cinq à trentesix millions— qu'on y dépensera bien encore trente-cinq à trente-six antres millions — mais eniln la chose s'achèvera.

En France, on n'aurait pas même l'idée de la commencer.

Ilelas ! — l'Angleterre a bien raison de p.'appeler la grande nation— surtout si la grande nation veut dire ta furie nation.

A l'heure dite nous étions de retour à Londres, ce qui fait, chers lecteurs, que dans notre prochain numéro nous irons visiter ensemble Westminster.

Ai.r.x.vxnnK Dt ma*.

I OMMKNT DONA CIIIMENF. KCIUVIT At; ROI »0>" FERDINAND.

Au-manoir de Burgos dona Chiménc pleure.

f>e son Rodrigue, en vain, demandant le reiotir ; Et si prés d'accoucher, qu'aile n'attend quel'heiuc Ho nieller son enfant au jour.

Son Rodrigue csl parti. c'e-(-à dire son Aine, El depuis ce déparl, Chimène est «Ions les pleurs : Car son coîur sans Rodrigue esl un foyer sans flamme, lin printemps sans soleil, un mois de mai sans fb'.irs.

De celle longue attente, un dimanche, lassée, Chimère prend la plume, et, l'amour l'entraînant. Se décide ù la lin à dire sa pensée Au noble roi don Ferdinand.

— A vous, don Ferdinand, le grand, le bon, le sago. I.e conquérant, 1 heureux, le puissant, la vainqueur. Votre servante indigne adresse ce message, Car elle a résolu de vous ouvrir son rieur.

Souvenez- voit* ,!>• moi , je mis dona Chimène ; V nis m'avez mariée au Ctd Cimpeador, Mais pour si peu, seigneur, qtio ce n'était la peine De me mettre au doigt l'anneau d'or.

Il faut nie pardonner si, rebelle à réprouve, l>e vous-même, seigneur, je viens me plaindre à vous ; Mai- du niDinent où Dieu nel'.i poinl faite veuve, Ce»t péché que île prendre à l'épouse, l'époux.

Quand, par l'ordre du roi, Rodrigue me délaisse. Si faible quo je sois, j'entre en rébellion, El je vous dis: Seigneur, on me. les chiens en laisse. Mais on n'y met pas les li us !

Or, mon Cid bien aimé, seigneur, esta la chaîne, Toujours accomplissant vos ordres absolus ; Si bien que, jmr hasard, s'il revoit sa Chimène, C'est une fois par an, t'est pour une heure an pl;is.

Kncor lorsqu'il revient ainsi par aventure, El que j'accours au seuil, prête a la recevoir, C'est si rouge do sang, cavalier cl nwnlure, Qu'il en csl effrayant à voir !

I.ors, (oui brisé qu'il esl des luîtes meurtrières. Il soupe, el de mon li t réclamant la moitié, Se couche à mes eoics sans dira sa prière, El si vile s'endort, hélas! que c'est pitié !

Si c'était tout encor ! Mais l'aube a p ino j>uc A la cime des monts, que pressant sati départ, In messager parti de Coimbcc ou do Cordr.ue, Le vient q.iérir de votre pari.

Ne permettez-vous point qu'il quilto un tomp* ses armes, l'i, Usant ce papier, n'autez-vous point rcir.ord T)o condamner Chimène à verser plus do larmes S ir u-i époux visant, qu'on no fait pour un mort.

Si c'est pour l'honorer, un tel hnnneurnulrage ; Celui-là qui cueillit des lauriers par fa ho au». Et qui. n'ayant encir poinl de barbeau visage, A déj;-, cinq rois pour vassaux.

Knlln, ayez égard, seigneur, à ma gro&scsc, El songer, que le tils d'une mère aux abois Peut soulT.ir de ces pleurs que je verse sans cess-. Etant enirêc hier dans mon neuvième mois.

El comme j'ai tout dil en servante loyale.

Je baise vos genoux, vous suppliant, seigneur. I>e me répondre un mot de voiro main royale, Quo quo indigne d'un tel honneur.

Ht maintenant, brillez celte lellrc, de grâce,

De peur qu'elle ne vienne un jour n s'égarer

Aux mains des gens de cour, froide el moqueuse ra e

Qei s;- r.olle de< pleurs, ne sachant p, 1s pleur, r.

Ar.rx Dm as.

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