JEUDI 9 JUILLET
LE
JOURNAL HEBDOMADAIRE DE ROMANS, D'HISTOIRE, DE VOYAGES ET DE POÉSIE
nnili" ET klhiijI
PAR ALEXANDRE DUMAS, SB CL
On «'«bonne a Parla, «a bureau du Journal, rue Kolre-Dame de* Victoire», n° II.
Pari..
FRANCE
... Un an. . 8 tr. »» c.
Six mou. 4 60 Départements . . Un an. . 10 m — Six mon. 5 50
ÉTRANGER
Angleterre. ... Un an, ISfr. --e.
Belgique Un an, 13 60
Eipagne Uo an, 13 60
Naplee Uu au, 1S
Piémont Un an, 15fr. »-c.
Portugal Un an, 11 .10
PruMc Un au, 13 60
Rusaie Un an, 13 60
La» demandée d'abonnemenla doivent «tre adreaiAe», front*, a M. Delavier, nu bureau du journal, avec un-: \alcur aur Pari» M un mandat aur la poète.
CAUSERIE AVEC MES LECTEURS
Chers lecteurs,
Encore une course ou deux dans Londres , puis nous passerons à autre chose.
Je vous ai dit qu'à notre retour du palais de Cristal nous visiterions Westminster.
Nous allons partir.
Y arriverons-nous aujourd'hui ? Je n'eu sais rien Nous allons à pied , et nous rencontrons bien des souvenirs sur notre route.
Nous partons, vous vous le rappelez, de London Coffee House.
Faisons une première halle à cinquante pas à peu prés de notre point de départ ; cette rue à droite c'est Farring-
don strect, an bas de laquelle coule la rivière Fleet, ou Pope fait plonger les héros de sa Dunciade — lisez de son Imbécilliadr. — C'est la traduction aussi exacte que je puis vous la donner.
A force d'y plonger des imbéciles , la rivière Fleel est devenue un ègout.
Entrons dans cette rue, s'il vous plaît, cher lecteur, non pas que nous ayons, ni vous ni moi, affaire, Dieu merci, A la rivière Fleet, mais je veux vous montrer le squelette de la fameuse prison qui portait le nom de la rivière.
C'est la que Sliakspeare , après une vie d'aventures , a fait mourir un de ses personnages de prédilection, celui qui, tandis qu'Hamlet, Macbeth et Othello le font le maître de Corneille et de Racine, le fait l'égal de Molière.
!.f. MONTE-CRISTO
Le pauvre sir John FaV-i;eX!
Voila il ti coquin amusant, sjnrilurl et pittoresque '. Mais, helas ! il y a fin ■> tout.
Un antre coquin de ses a ois. un volnu de grands che- ],ii:n,.b il l.* le - âer v.)l a ■>{■> n:i • errucenu'. e.-t moût.' sur t.- irône,otnon-seuleme)ii n'a pas voulu reconnaître le pauvre Fulsialf pour son an icn compagnon, mais l'a fait omdcire â la prison du Fleet.
• l'est son bien-aime Haï, son prince chéri : mais l'ingrati'.-tdc de* princes royaux es* dcw.ute proverbial.'.
C'est une belle se me que cette scène .1 i vol <le la coui.,une d ans llrnri I Y
Le roi vient d'être frappe d'apoplexie; on l'a couche sur j son lit ; ou a mis la couronne â son chevet, cl le* grands d'Angleterre le gaidenl à genoux el [ileiuaul
Le prince «h» Galles entre.
— Ob! oh! dit-ii, pourquoi donc pleut il ici quand il fait si beau. dehors?
0» lui montre suri père, et, on lui dit qu'il s'est trouve mal juste auuiuineutou il recevait de bonnes nouvelles de. France.
— S il esl m ili le dï joi?, dit le pvLir.:: , il n'est, uulleniAnl b isoin d'envoyer chercher le médecin, il se rétablit a sans lui.
— Cher prince, dit Warwick . parlez bas. Sans doute le roi votre, père va dormir.
— Passons dans Faut.ro pièce . répond Clareuce.
— Voire Altesse veut-elle venir avec nous? demande Wacwick au prince.
— Non, repond Henry, je vais m' asseoir ici et veiller près du roi.
C'est, en eir.-t, la place d'un fîls de veiller sur son pète. Mais les rois n'oul p;i* do tils, ils n'ont que des successeurs.
Henry reste seul, debout, près du lit d'agoni».
Sur quoi croyez-vous que se fixe son d'il ? Sur ce Iront charge de soucis, sur celle U'îe paternelle qu'effleure déjà l'aile de la morl ?
Oh : ceci serait hou pour un homme vulgaire, pour- un (ils de manant ou de bourgeois.
Sur quoi se tlxe l'uni du priuce de dalles? Il va vous !e dire lui-même.
Ecoutez :
— Pourquoi la couronne, celle compagne de nuit si incommode, est-elle sur ton chevet ? oh ' splendeur importune! souci dore qui tiens les portes du sommeil ouvertes, pour que l'inquiétude y entre. Mon père , mon père , tu dors avec ta couronne, c'est vrai , mais lu dors d'un sommeil mille lois [dus agite que l'homme qui , coill'e d uc humble bonnet , ivpose paisiblement pendant !a nuit entière. 0 majesté ! lu pèses à celui qui le porte, comme une riche armure pèse pondant la chaleur du jour a celui qu'elle défend.
H te rapproche tle son p*rt , et . près de «i bouche , voit umplume de l oreiller qui re*U immobile
Aux portes de la respiration , j'ap. rois un duvet qui resle sais mouvement. S'il î cjpirait encore , son souille imprimerait à celte plume un mouvement quelconque. // appelle. Mon gracieux souveiain, mou père !... Il écoule; pat de ripo'ne. Ce sommeil est profond en ellet. Il mur, t. C'est ce sommeil qui a dfl.iche do sou fioul le cercle d'or, qu'ont, l'un après 1 autre . porte tant dt monarques anglais! Ce que tu as droit d'attendre di ! moi, uion père, Cû sont d -s lui nie-, c'est une prétende el sincère douleur Sois trauquilie, la nuiure, l'aucciiou, la tendresse iihale U P^ierout ce dibut a\ec usure. Ce que lu me dois , a moi,
c'est celte <\mron:e- royale qui me r. vi • t . comme à ton herbier e! pardioit le uais-auce.
Il nul la cmn-onnr sur »t t<-U'.
La, voila on i lle doit être, sur mon front. Et le ciel l'y maintiendra! Dut 1 univers conjure concentrer toutes ses («n'ees dans le bras d'un eeanl. ce bras ne pourra m 'arracher du fix.nl ce ccule d'or qui une l'ois l a entoure.
Kl il borlla couronne eu tète.— '/est Henry V. qui e.-t loi d Augloiei re ! Ileniy IV n'est plas qu'un cadavre !
Mais le cadavres - redresse pour nier au voleur.
— On esl ma ronronne Y ouest ma louronue? demande le roi Fiieetail l'i. sur mon chevet: qui l'a priser
— Sue. dit Warwick. le prince de dalles es' reste seul pies Je vous, el la couronne était encore sur votre chevet quand i.ins sommes partis.
— Oh ! s écrie, le mourant, il l ama prise. Allez lo chercher, hst-il donc s.i presse, l'impie, qu'il prenne mon sommeil pour ma mort. Aile» le chercher, milord Warwick, et amenez-le-moi «ci.
Et c'est sur cet ami qu'avait compté le pauvre FalstatT ! 0 perle des honnêtes gens, que tu es. près do ton cher liai.
Vous connaissez lu scène.
Le roi Henry V fait si n entrée triomphale à Londres ; il a au front cette couronne qu'il a volée à l'agouie de son père, a la main le sceptre qu'il a arrache à sa main à peine refroidie.
Fa'slatl' triomphe ; son ami est roi ! Il va pouvoir rendre à Sir ttohert -On «'an-vide, les mille livres sterling que cel.i c: lui a prêtées . il n'a qu'un regret, c'est de n'avoir pu se fui re « onlec i nner de., habits iieels pourfaiie plus grand honneur à >on eh r IL-ury. Mais lé cher Henry verra, dans o\5gii i-nill.-s, bien connues do lui au reste, une preuve de mon empressement.
— Venez, sir Hubert : venez, ltardolf , vem» tous ! Vous allez voir quel accueil il va me faire, re cher Henry.
F.ulendez-vuus le peuple qui mugit comme la mer? 1, e-t lui ! c'est le nouveau roi ! il entre : le voilà ! Fabtall' agile son chapeau an bout de sa canne, il crie plus fort à lui seul que tous les autres ensemble.
— Dieu conserve ta majesté, roi Henry! mon royal Henry ! que Dieu le conserve, mon cher enfant !
— Milord grand-juge, dit le roi. parlez à cet insolent ! -- A\ez-vous perdu l'esprit? s'écrie le grand-juge, s'a-
dressant a Falstatl'. Savez vous ce que vous dites ?
— Mou roi ! ma divinité ! Mais t 'est à toi que je parle, uion cher rieur, balbutie Falstall' slimefait.
— Vieillard, répond le roi, je ne te connais pas : va dire tes prières. J'ai longtemps vu eu rêve un homme qui te ressemblait, charge d'embonpoint, vieux el profane. Mais maintenant que je suis éveille, je n'ai ;dus que du mépris p «ur mou rêve. Songe désormais a faire maigrir ton ventre el grossir tes mérites; renonce aux excès de table, el songe que pour l'avaler, la gueule de l'enfer sera forcée de s'ouvrir trois fois plus large que pour les autres hommes. Ouand tu entendras dire que je suis redevenu ce que l'eiais. lu pourras m 'approcher el lu seras comme auparavant le guide de mes déhanches, le ministre do me» deleglemenls. Jusque là, je te banni* comme j'ai déjà banni les autres misérables qui avaient ogare ma jeunesse, et je le défends, sous peine de mort, d'approcher de ma personne !
Puis, s'adressant an grand-jnee :
— Je vous charge, milord, de tenir la main à l'e.xeculion de mes ordres; conlinu -z la marche.
Kt le roi passe ; ut deriiète le roi. ou ai rèle FalOaQ' inlerdil, el on le mè ne 4 la prison du Flcot, la où nous som-
LE MONTE-CJIISTO.
oies, derrière ces murai, les mince» maintoiianl.
— Mais <[,ie diable nous contez-vous h»? Falstaff es! un personnage d'invention, un» fantaisie ecloso dau B le cerveau du poète ; Falalalîn'a jamais vécu.
Je no sais a il a jamais vécu, cher» lecteurs, mais jo sais qu il est mort. J
Ecoutez le douloureux récit de cette mort, fait par son hôtesse, misIressOukkly, ou si vous l'aimez mieux, par .V-« Vabon train.
On est dans la maison de la digne personne, à Eastoheap.
De même que les courtisans et les princes pleuraient tout n l'heure le roi, on pleure Falstaff, mais avec des larmes certes pins simères.
- Oh ! s'ecric Pistolet, j'ai le cœur navré • Bardolf, appelle ta pal le à ton aide; Xym, reveille ta verve fanfaronne; Page*, ranime (ou courage, car Falsiaffest moi '
~ Je voudrais être avec lui, quelle qUJ pa t qu'il soit, •lit Bardolf; au ciel ou en enfer
- Oh ! dit mistress Quickly, il n'est pas en enfer, celuih, mais dans le sein d'Arthur. Si jamais mortel v eût des droits, c'est lui. Il peut se vanter, j>auvre cher homme, d'à
ence,
hsbdomadaires et nu'ustiel*.
muÏÏ/T™ "° US arriV0 »»ATflmpl«-Bar, porte sous laqua e on passe encore aujourd'hui, vieille relique de Londres ou l on exposait les télés des rebelles, et qui garda jusqu eu 1 1 46 les sanglants trophées qu'on lui confiait.
Ceux la,. elle les tenait de Charles Edouard, et ils lui étaient envoyés du champ de bataille de Cu.llo.leo vlîZl ' e ! ,avcnlup ? d'i Prétendant, cher* lecteur*, dans
u ? V 0 ' UaUdti ^^erley. a l'auteur, duquel on ne peut reprocher que sa trop grande dévotion lionale à
voir fait une belle fin ; et il s'en estalle dans son inuoe comme un enfant qui vient d'être baptisé. C'est entre midi et une heure qu'il est parti, juste au moment où tournait la maree : je l'ai vu jouer avec ses draps, comme s'il tût joue avec dos fleurs Je voyais bien que cela n'aurait qu'uno «n, car son nez devenait pointu comme le bec d'une plu me, et il babillait sans rime ni raison, battant la campagne. - Sir John, lui ai-je dit, voyons, calmez-vous, sovez tranquille. — Mais lui a repondu par trois ou quatre fois
- Non Dieu ! mon Dieu ! mon Dieu ! — Alors, moi. je lui ai dit : — Bon, vous avez bien le temps de songera Dieu '
- Car j'espérais bien qu'il n'était pas besoin de lenuuver avec des pense,* pareilles. Alors, il m ' a dit : - J'ai froid ' Mus de couvertures sur mes pieds ! plus ! — J'ai mis ma aiain dans son lit et jo les ai touches, ses pauvres pieds
un prince sans tête ni cœur.
En sortant de Temple- Bnr, nous allons entrev dans S i-r.i.i 1. - I, «tait I , a , e o * dan. h campagne, au mina? ht ï'î v" Prai "V " P,mhe,W ' 8 lt Gran™ Hit. hère de 1 A i »| t ;lTlî , ce ait IA que selevaie.it les palais de la noblesse.
Tenez, ici ou je frappe du pied, nous sommes sur l'emplacement du palais où mourut le 8 avril 1364, le roi Jnan de France pris à la bataille de Poitiers, sublime idiot „„" se croyait lie par un serment, parce .jn'il était roi et chevalier, et qui disa.t que si la bjiine foi était exclue de la terre, elle devrait M retrouver dans le cœur des princes François I«dut bien rire de la sottise de Son prédécesseur, quand il envoya promener Charles-Quint qui lui demandait I exécution du traite de Madrid, et qu'il fui laissa en son nom et place le Dauphin en gage, pendant une dizame d années.
Ce qui nous valut un régne Espagnol au lieu d'un iW Irançais. Il est vrai que pendant ce temps i'Espainie avait un règne Flamand au lieu d'un régne Espagnol
Attendez, chers lecteurs, et venei avec moi, descendons du cole de la Tamise par cette peu te rue. située en dér de isommerset Jiouse, occupée maintenant par l'Arnimmv et Académie de peinture f^yez-vous cette chïïïï e petite porte du XV* H- siècle et qui tombe ej, ruinSTest ou ce qui reste du palais de Georges Williers, duc de «nckmgliam, non pas du premier amoureux d'Anne d' Vu ï^n^ ^ll^JL msis „ d » f*™)* «.noureux do
ctTet, ils éUientrroids comme niarh./T nrrrvT , v « ,, et U,e par ^. ,ton msis du ^nd amoureux d qu'aux genoux: eu, ^"^^
ral"Nyœ y* 1 " ^ * dcn,audo à boirc ' inler ">'»Pt le cape
— Je le crois bien.
— Et qu'il a parlé des femmes ?.
— Ouaut à cela, c'est faux.
— Si fait, si fait, dit le garçoa, il a prétendu quç c étaient des diablesses incarnées.— Ne vous rappelez vous pas aussi qu'ayant vu dans le délire une puce sur le nez
cramoisi de Dardolf, il s'ecria que c'était l'unie d'un nè«ro
qui brûlait dans le feu de l'enfer.
Pauvre FalstafT, Shakspeare lui avait prêté tant d'esprit qu après tout ce qu'il en avait dépense dans unocinquantame d actes, il lui en restait encore pour son deliro 1 agonie.
K' dites après cela que Falstaffn'a pas existe.
»• est celte même prison du Fleet que Dickens a attaquée «ns son Pickewick, en dévoilant toutes les rigueurs de la "» anglaise contre les débiteurs.
Les débiteurs ont gagne une ciioseàcrttehaulade de DicfcUM j—On l«w a irauspoites dans îc^wn-bench. -Il* sont "T la rive droite delà Tamise au lieu d'être sur la rivejwu et ont une prison neuve au lieu d'eu avoir une vi.ylle. ^ -Maintenant, c h ers lecteurs, prenons en non» gaïaul des ;^»w* lo tVet Street, iongm- rue très commerçante, .-t
Sîu f° Ut f T?' mafUC k *ï ui( *< da "* lc Glieuo ,!,a '». In plupart des bureaux des journaux quotidien»
hrc du ministère de la"6'a*o/ et auteur dVla ccrotedte/i* ttefaartnl, la RepeUUon. .
De rclui-14 qui, au dire de i^deu, était dans l'espace < seul jour poète, joueur de violon, homme d'état et bouffon, et qui mounu sur un sale lit d'auberge dans Je lorkshire, à la suite d'une fièvre qui l'avait pris subitement à la chasse.
Voulez- vous le mieux connaître encore, chers lecteurs? lisez Pécénl du Pic de VVal ter-Scott.
le Strand d droite, et traversons la place de
Trafalgar.
Trafalgar est une bien grande défaite pour la France mais c est une bien vilaine place pour l'Angloterie.
A tout prendre, j'aime encore mieux que la France ait eu la défaite, et que l'Angleterre ait la place. •
Ah ! l'architecture et la statuaire moderne en Angleterre chers lecteurs, quand vous voudrez avoir idée "du laid' poussé jusqu'au hideux, — il faut aller voir cela.
Quand vous reviendrez, vous vous arrêterez devant le tlu-âtre des V arietés et vous vous écrierez : — Oh ! le magnifique monument!
11 y a sur la place de Trafalgar deux fontaines, modeler sur les instruments qui faisaient, tous vous le rappela si grand peur a M. de Pniircraugnac, et trois coupoles que 1 on peut prendre pour de gigantesques poivrières
Comme poivrières, ce ne sen.it pis beau ; «ai» ce serait curieux.
Homme coupole, coin n'a pns de n un.
Au milieu de la place s'élève la colonne de Nelson, le vainqueur de Villeneuve, l'assassin de Oaraeciolo.
Vous connaissez, n'est-ce pas, toute celte histoire infâme de la capitulation du Château-Neuf déchirée par Nelson, ou plutôt par Emma Lyonna.
Vous connaissez cette nuit d'amour du duc de Hronte T qui coûta la vio à dix mille patriotes, et qui lit mettre le bourreau à gages Axes, attendu que les 30 ducats qu'on lui donnait auparavant par exécution allaient en faire, si l'on eût toujours suivi le même mode de paiement, le plus riche capitaliste de Naples.
Voici comment la chose infâme se passa.
Il y avait de par le monde une fille ramassée sur les trottoirs de Newmarkot et de Rcgcnt Street.
Cette Ûlle qui venait on ne sait d'où, et qui mourut plus obscure et plus pauvre qu'elle n'était née, cette fille se nommait Emma Lyonna.
Elle était bello à ravir comme la plupart de ces créatures qui salissent la boue de Londres en y laissant traîner leurs robes. L'u médecin qui donnait des espèces de .-famés magnétiques la prit toute fangeuse, la fit laver, la coucha sur uue chaise longue, et à travers un voile noir l'exposa aux regards des libertins de llyde I'ark sous le nom de la déesse Hygie.
Là, un jeune homme de l'illustre maison de Wanvick, Greenvillc la vit, en devint amoureux, l'enleva, mangea avec elle sa fortune, en eut trois enfants, et, voulant pousser la folie jusqu'au bout, demanda à son oncle lord Hamilton, ambassadeur a Naples, la permission de l'épouser.
Lord Hamilton refusa, bien entendu.
Alors, connaissant lo pouvoir de la magicienne, il l'expédia à son oncle pour qu'elle en obtint ce qu'il n'avait pu en obtenir.
Il va sans dire qu'au moment du départ il lui recommanda de. mettre en œuvre près du vieillard ses plus puissantes séductions.
Emma Lyonna ne s'en fit pas faute, et au liout de trois mois, c'était le vieillard qui l'épousait.
Emma Lyonna devenait la tante de son ancien amant, et de pluB ambassadrice de Naples.
Voua croyez que la porte du palais royal va se fermer devant l'ancienne coureuse des rues.
Ah! vous ne connaissez pas la politique, cher» lecteurs.
La politique voulait, à cette époque, que la cour de Naples caressât l'Angleterre; il fallait étouffer ces malheureux principes de 1789 qui avaient traversé les Alpes et qui faisaient vacarme à Chiaja et sur la place du Marché- Neuf.
La reine Caroline ouvrit à lady Hamilton, non-seulement la porte du palais, mais celle de son cœur.
Les deux amies devinrent bientôt inséparables.
On n'avait pas d'exemple d'une pareille teudresae, ou ai l'on en avait, c'étaient des exemples que l'on n'osait citer.
Sur ces entrefaites, Nelson, qui puettail la sortie de la flotte française de la rade de Toulon, vint se ravitailler dans le port de Naples.
Là, il vit Emma Lyonna dans tout l'éclat de sa beauté et de sa gloire.
Il en devint amoureux.
Nelson était un grand marin, mais un fort laid et fort peu appétissant personnage, court et ramassé ; reins,
(I) Titre donné parle roi de Nsplo» à Xelgon. avec tin million de
cou et visage de boule-dogue, ayant perdu un bras à Ténérifft', un œil à Calvi. Il n'avait rien qui pût séduire la belle ambassadrice.
Mais la cour de Naples avait besoin de Nelson.
— Faites au moins la coquette avec notre Anglais, lui dit la reine, il sera toujours temps de vous arrêter on voux voudrez.
Emma fil la coquette, et I amour de Nelson devint de la folie.
En voulez-vous une idée ? voici des fragments de de'U de ses lettres.
• Nous dînons aujourd'hui avec le roi de Naples, il nie comble de distinctions.— Je vois souvent la reine ; elle eut vraiment la tille de Marie Thérèse. — De l'autre eût» 1 do ta table oU je trace ces lignes, lady Hamilton est assise devant moi. Vous comprendrez, je l'espère, le glorieux désordre de cette lettre ; — à ma place, vous écririez pratêlre avec moins de suite encore. Quand le cœur est secoue il faut bien que la main tremble. Naples est décidément un trop dangereux séjour. Il sera bon que nous le quittions avant peu. •
Mais, par malheur pour sa renommée. Nelson ne quitta point Naples, ou plutôt ne le quitta point à temps.
Emma Lyonna, qui devait s'arrêter en route, ne s'arrêta point. Il est vrai que la fille do Marie Thérèse, comm* l'appelait Nelson, la poussait par derrière.
Quelque temps après, Nelson écrit :
■ J'habite avec lady Hamilton ; c'est vous dire qu'aucun regret n'empoisoune ma vie , — si ce n'est de temps en temps l'obligation de prendre pari aux affaires de ce royaume.— Mais arrivons à faire pendre, —vous lisez bien à faire pendre — le baron de Thugut, lr cardinal RuIJoW le ministre Manfredini, — etteut ira bien •
Il n'y allait pas de main-morte, commit vous le voytf, le contre révolutionnaire Nelson.
Il eut le desagrément de ne point les faire pendre, et ce fut fort heureux pour la famille royale de Naples, que le cardinal Ruffo sauva. Mais il s'en dédommagea sur son collègue, l'amiral Caracciolo, qu'il fit pendre ii quatre-vingts
Oh ! tu "as beau être sur ta colonne de Trafalgar, vainqueur d'Aboukir, la honte montera jusqu'à ton visage de bronze sur une marée de sang.
Bonaparte sortit de Toulon ; Nelson dut quitter le put de Naples.
• Hélas ! écrit-il à sa maîtresse, que le pont de mon vatsfceaii me parait vide et morne, après la société que j>> perdue pour me confiner dans une cabine solitaire sur l'Océan. Vous m'avez rendu toute place sur le globe-odieuse, excepté celle où vous êtes ! •
On sait Aboukir, — cette victoire , disent les historiens français, la plus complète qui ait jamais été remportée sur mer depuis l'invention de la poudre.
L'amiral Bruéys fut coupé en deux par un boulet - L'Orient, qu'il laissait à Casa-Bianca, prit feu. Cusa-BiaDfJ se fit sauter avec son vaisseau ; — son fils, enfant de doux? ans, se fit sauter avec son père.
L'Egypte, jusqu'à Rosette, fut remuée - par cette expl* sion comme par un tremblement de terre.
Les mâts, les vergues, les canons, les membrures du géant «les mers retombèrent en pluie de feu sur la rad* * sur la flotte amie et ennemie.
On eût dit qu'un morceau de la voûte du ciel s'écroula ; t au contre-coup des combats de la tei re
Nelson fut atteint d'un de ces d^"« Vn trumeau vergues lui laboura la téte, sa peau
loinba sur son ifiil unique, il se crut aveugle, el avec un juron terrible, il blasphéma le ciel
Aveugle, il était aussi grand que Uélisaire ; mort, il elait plus grand que Brueys.
la Providence ne lui accorda pas ce bonheur.
Il revint à Naples.
La cour tremblante courut au-devant lui jusqu'au milieu de la rade. La reine lui lit cortège jusqu'au palais. Lady Haïuilton tt'etait évanouie dans la chaloupe; - on ta monta évanouie sur le Vangnurd, <-i on la déposa sans connais sauce aux pied* de Nelson.
Oue faisait lord Hamilton pendant ce temps Y
- Amateur éclairé des arts, tlit la Biographie, il a publie plusieurs ouvrages précieux, el entre autres des 'observalions fur Vésuve, • lord Hamilton revoyait sans doute ses épreuves; — c'est, comme vous savez, chers lecteurs, un travail très-absorbant.
Maintenant que dous avons dit ce que faisait loi d Hamilton, disons ce que Taisait le roi Nasone.
Il avait eu l'idée d'aller avec une armée au-devant des républicains, — mauvaise idée, — le roi s'en aperçut à temps.
Il se sauva.
Il parait qu'il eut graud peur, le digne homme ; car. "ii *e sauvant, comme il eut la pensée qu'il pourrait être rejoint, pensée folle au train dont il y allait , — il força sein ecisyerle ducd'Ascolide changer de costume avec lui,— lui 1U prendre la droite dauala voiture et lui ordonna de le tutoyer.
Arrivé à Naples sans accident, le roi jugea qu'il ne serait point prudent à lui de s'arrêter là.
Il demanda un vaisseau à son bon ami Nelson ,— il ne se " croirait en sûreté qu'eu Sicile, -et encore, et encore ! Ncls ju le lui donna.
Le roi monta dessus avec la reine et sou ministre Aclon. La reine, qui était une grande politique, ne quittait pas plus son ministre Aclon que son amie Emma Lyouna
Mais uu vent contraire s'éleva, le vaisseau non seulement ne put sortir du port, mais fut force de revenir jeler 1 ancre à cent pas de terre.
Alors ministres, magistrats, officiers, accoururent pour su pplier le roi de rentrer à Naples ; mais le roi Nasone avait le rare courage de montrer sa peur franchement et loyalement— ni prières, ni supplications n'y firent — il ordonna des messes pour que le vent changeât de direction et au premier souffle qui vint du nord on leva l'ancre et Von s'éloigna à pleine voile.
On avait, par des souterrains communiquant du palais à la mer, eulevepoui quatre-vingts millions d'argent monnayé — d'objets d'art et de diamants.
Il va sans dire que l'on n'avait point oublié ceux de la couronne.
L'amiral Carracciolo, quoique du parti patriote, avait offert sa frégate au roi— mais, lui, avait préfère le vaisseau de Nelson, et il y était monté avec la reine, les enfants et lord et lady Hamilton.
Nelson passait, à cette époque, pour le premier marin du monde, et cependant- comme si Dieu eût poursuivi le roi en personue — une nouvelle tempête s'etanl élevée, le mal de misaine et la grande vergue du Vanguard furent brisés —tandis qu'à quatre cents pas du bâtiment anglais la frégate de l'amiral Carracciolo s'avauçait au milieu de l'orage, calme el comme si elle commandait aux vents; plusieurs fois le roi héla ce bâtiment, qui semblait un na vire enchante, pour ^'informer s'il ne pourrait point passer à son bord, mai* quoiqn'à chaque siïn.il du roi l'amiral
se fut mis en mer dans une chaloupe et se fdt approché de Vauyuard, le péril du transbordement était trop grand pour que Carracciolo osât en encourir la responsabilité. Enfin, on arriva en vue de Palermc. Mais le voisinage de la terre augmentait encore le danger. Si babile marin que fdt Nelson, il en savait moins pour entrer dans le port par un gros temps que le dernier pilote entier : il fit un signal pour demander s'il se trouvait sur la flottille un homme plus familier que lui avec tes parages. Aussitôt, une barque montée par uu officier se détacha d'un des bâtiments et nagea vers le vaisseau royal. Lorsqu'elle fut aperçue à portée on lui jeta uue corde, l'officier la saisit.
On le lira à bord, c elait le capitaine Giovanni Beausan, élève et ami de Caracciolo, il répondit de tout — Nelson lui remit le commandement.— I ne heure après on entrait dans le jiorl de I'alerme -et l'on débarquait à Castellamare.
La famille royale était sauvée, moins le plus jeune des enfants de la reine, mort de fatigue et de terreur dans les bras de lady Hamilton.
Pardon, cher* lecteurs, mais je m'aperçois que ma causerie s'empare tout doucement du journal — il n'en saurait être ainsi - les Mohicatixei les Grands Hommes en robe de chambre réclament leur place. — A jeudi prochain pour la fin de l'histoire de Nelson et d'Emma Lyonna.
Je me doutais bien que nous n'arriverions pas aujourd'hui à Westminster. — Mais pourquoi diable ai-je rencontre sur ma route la colonne de Trafidgar?
AfcBX. Dr va*.
Él'ITRE It'llN MAITRE CHANTKl'B.
Pendant que l'abbe Dominique revient à Paris le cœur brisé par le sombre résultat de son pèlerinage, que nos lecteurs nous permettent Je les conduire rue Macou, chez Salvatnr.
Là ils apprendront quel terrible événement avait amené à sept heures du matin Bégina chez Pétrus.
Salvalor, abseut depuis quelques jours, venait de rentrer chez lui, lorsqu'il fut interrompu au milieu des tendresses de Fragola, et des caresses de Roland par trois coups frappés à la porte.
A cette manière de frapper il reconnut un des trois amis, il alla ouvrir, c'était Petrns.
Salvalor recula de deux pas devant la figure décomposée du jeune homme.
Il lui prit vivement les deux mains.
Mon ami, lui dil-i', il vient de nous arriver un grand malheur, n'est ce pas ?
— Un malheur irréparable, répondit Petrus d'une voix presqu'inintelligible.
— Je ne connais qu'un malheur irréparable, répondit gravement Salvalor, c'est la perte de notre honneur, et je n'ai pas besoin d'ajouter que j'ai autant de foi dans le vôtre que dans le mien.
— Merci, repondit affectueusement Pétrus, en serrant ènergiquement les mains de son ami.
— Voyoï s maintenant, nous sommes hommes , parlons en hommes, que vous est-il arrive, Pétrus? demanda Salvator.
— Lisez, répondit le jeune homme eu présentant à s ( ;i ami une lettre tonte chiffonnée "i qoi avait dé pmf -n;d.- menl m 'tulle* de larme-
Salvator prit la lettre, la déplia, tout en regardant Pétru».
Puis reportant «es yeux du jeune homme sur lo papier, il lut.
— A la princesse Régiua de la Motte- Houdon. comtesse Rappt.
• Madame,
< l u des plus dévoués et des plus respectueux serviteurs de la noble et antique famille de la Mottc-lloudon. à trouve, par un de ces hasards où se montre visiblement la main de la Providence, l'occasion de vous rendre anonymement le plus signale semée qu'une créature humaine puisse rendre à une autre créature de la même espèce.
. Vous partagent, j'en suis certain, mon opinion, Madame, quand vous saurez qu'il s'agit non seulement du repos et du bonheur de toute votre existence, mais encore do l'honneur de M. le comte Rappt, et peut-ètie même d'une chose liien autrement preueus-j de la vie de l'illustre maréchal votre père.
• Je vous demande la permission de vous taire les moyens à l'aide desquels je suis arrive à la découverte du danger qui vous menace.el a l'espoir de vous <>n préserver A jamais. Les vrais dévouements sont modestes, et per mettez-moi de I" répéter, j'ai l'honneur «le me dire un des plus dévoues serviteurs de la famille de la Motte- Houdon.
• Voici, madame, le fait djns toute son horrible vérité.
• l u homme, un scélérat, un misérable, mi coquin digne du plus horrible chaimeut. a trouve par hasard, dit-d, chez M. Pelrus, onze lettres signées du nom de Regina, comtesse de Drignule. Il sut bien, madame, que vous n'êtes pas comles.se d ; Driguo'.e ; votre noblesse est bien autrement ancienne que relie île .-es dignes marchands de prunes, mais il dit que si vous pouvez inei le nom, vous ne pouvez pas nier l'écriture. J'ignore par quelle fatalité ces lettres sont tombées dans s< s m oi s, mais je suis â mèijie de vous renseigner sur le prix c\hor" bilanl qu'il met à lo-ir restitution.
Salvator regarda Pel rus comme pour lui dematuler ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans ce commencement d"epUre.
— Oh ! li.-ez, lisez, dit Petrus, nous lie sommes pnsau bout.
Salvator continua :
• Il ne demande rien moins ipie la somme insensée de cinq cent mille francs, qui, enlevée d'une fortune comme la vôtre, fera un déficit a peine visible, tandis que dans ses mains, elle assurera la lianquillito de toute sa vie.
En voyant ce chiffre, Salvator fronça si durement le sourcil, que Pclrus s'écria, d'uno voix eloutfeo et en cachant son visage entre ses mains :
— N'est-ce pas, c'est horrible ?
— Horrible, eu effet, répondit Salvator en secouant tristement la tête.
Mais, de celle voix calme que semblait ne devoir point ébranler la chiite du monde, il continua :
. Ce misérable dit, madame, pour justifier le prix exhorbitaut qu'il met à ces précieuses lettres, que chaque èpltre contenant une moyenne de cinquante ligues, ne peut «estimer, vu la beauté et la condition de la personne qui les a écrites, moins de cinquante mille francs, ce qui met chaque ligne a mille francs et les onze lettres à cinq cent cinquante mille francs.
• Ne vous effrayez cependant pas trop, madame, vous verrez tout à l'heure que mon ami, — ai-je dit mou ami ? je voulais dire que le misérable réduisait ses prétentions a cinq cent mille lianes.
• Quelques observations que j'aie pu lui faire, quelques prières, quelques supplications, quelque* menaces même que j'aie pu lui adresser, non-seulement il a persisté dans son exec able projet, mais encore il a soutenu que, vu le« èeniiueusde t„i,te naluie .vpriiu.s dans ces rpilre* n d'-iii> h publi iv nu irait en péril l'hono-m de V le
comte Rappt et le» précieux jour» do M. le maréchal de la Motte- Houdon, cinq cent mille livre», étaient une véritable bagatelle.
J'ai essayé de l'effrayer alors sur les dangers qu'il courail lui même à jouer un pareil jeu, je vous ai montrée à lui, aposlant des hommes de la police pour le faire arrêter lorsqu'il se présenterait pour toucher celle somme qui parait lui être si nécessaire, que sur son chitfre il ne suaporte aucune contesiation, je lui ai dit que toute autre femme que vous, menacée dans ces affections les plu» chères, irait encore plus loin, et pouriait le faire assassiner. Mais à cette observation que je croyais sérieuse ce-
Fendant, le drôle s'esl mis a « ire, disant que dans l'un ou autre cas, il y auîait procès, que les lellres seraient nécessairement produites au procès, citées par le procureur du roi, reptoduites par les journaux el que par conséquent plus que jamais, sâns compter le votre, seraient en péril ( honneur ne M. le comte Rappt, el les précieux jours de M. le maréchal.
• J'ai été oblige de me rendre à celte peremptoire raison.
• Ah madame, il y a de bien grands coquins daus notre pauvre monde.
• M ai donc la douleur de vous annoncer qu'après avoir cherché inutilement tous les moyens imaginables de parer à celte catastrophe, vous n'avez à mon avis qu'un seul moyen d'assurer le repos de voire famille, c'esl d'eu passer par ou le veut cet indigne scélérat.
• Donc, voici les propositions qu'il a l'honneur de vous faire, et nue j'ai I honneur de .ous Inm-nietire en .-ou nom, souhaitant et espérant madame nu en payant par la bouche d'un lo\al el vertueux gentilhomme, 1rs paroles de ce coquin tlcll'e perdront une |«utie de leur amertume.
• Il demande donc cinq cent mille francs, cl |iotir vous prouver sa loyauté et s >u désintéressement, — 1>- cœur humain est un inextricable dédale, qui n'a d'équivalent, que l'abus que parfois on fait de la langue, — el pour vous prouver, repeierai-je, sa loyauté el son dcsinteressi ment, il offre de \ons n moilro d'abord une pi ornière lettre sans conditions, alln que si vous avez l'aveuglement de conserver quelque doute, ce doule voit» soit enlevé, si me charge en conséquence de la joindre à cet epitiv.
• Voila comment il ne pousse qu'a cinq cent inillefrancs. une prétention qu'il ehl pu élever a cinq cent cinquante mille.
• Il pense au reste qu'après vous avoir donné une preuve si éclatante de su bonne foi, vous ne douterez plus de la franchise ultérieure qu'il mettra dans ses relations avec vous.
• Si ces conditions sont acceptées, ce dont il ne doute pas. il vous prie de mettre ce soir eu signe de consentement, une bougie à la dernière fenêtre de votre pavillon.
• 11 y sr ra à minuit sonnant.
• Ce premier point arrête, il vous supplie, le lendemain; à la même heure, de vous trouver deniére la grille de votre jardin, du côte du boulevard des Invalides.
. I n homme, dont la vue ne devra aucunement vous effrayer, car autant son rreur roule de noire perfidie, au- 'ant sou visage trompeur porte de douceur et d'innocence, un homme s'approchera de la grille el vous monliera de loin un paquet de lettres.
• Vous, madame, de loin aussi vous lui montrerez le premier (taquet de cinquante mille francs, en billets de banque, soit de mille soil de cinq mille francs. Cette démonstration de votre part sera la preuve que vous avez compris. 11 fera alors trois pas vers vous, vous ferez trois pas vers lui, et, en même temps qu il avancera sa main, vous étendiez la votre, alors vous lui remettrez lo prix de la première enltre, et lui vous remettra l'epltre.
. Il sera ainsi fait avec la même régularité pour la deuxième, troisième, enfin jusqu'à la dixième Inclusive^ meut.
■ Il croit, madame, que les mauvais jours qu'il traverse en compagnie de toule la France, la chérie d«*s vivres, l'an-juieiitaiion exorbitante du prix des loyers, les cris déchirants d'uno famille nombreuse et affamée sont autant d" mo'if*., «-inon suffisants, du moin* spécieux, pour
justifier on tout au moins atténuer la hardiesse de sa requête.
Quant à celui tjni se rharae. d'une façon tout à fait ri o sintéressee, d'être l'intermédiaire de ce misérable prés de vous, il se prosterne bien humblement a vos |iieds. vous suppliant ime troisième Tois, madame, de le compter au nombre de vos plus dévoues et de vos plus respectueux serviteurs.
• Li' marquis Khcoi.ano. *
— Voilà, <?n effet, un jï ranci mis-rablc, dit Salvator de sa voix calme et douce.
— Oh ! oui, uu-intamc coquin, reprit Petrus les dents et les poinas si'iivs.
— El que comptez vous faire ? demanda Salvator regardant fixement Petrus.
— Je n'eu sais rien, répondit Petrus désespéré. ; j'ai cru qu- j'allais devenir fou; par bonheur, j'ai tout naturellement pense à vous, et je suis accouru vous demander con seil et assistance.
— Ainsi, vniis n'avez trouvé aucun remède?
— J'avoue qu'un seul jusqu'à présent s'est présente à mon <*^f»ril .-
— Lequel?
— Celui de me feuler la cervelle.
— Ce n'est point Un renié le, c'est un crime, répondit froidement Salvator. el un crime n'a jamais guéri une douleur.
— Pardonnez moi, repondit le jeune homme, niais vous devez comprendre que je n'ai poini la têle à moi.
— Kl cependant, si vois en avez eu jamais besoiu , de votre léle, c'est aujourd'hui.
— Oh! mon ami. mm) cher S.ihalor, dit le jeune homme en se jetant dans ses bras, taudis que l'ia-ola les regardait les mains croisées, la tète inclinée s iv l'epaulc. et pareille a la statue de la Pitié, o mou ami, sauvez-moi.
— J'y t ich ■•rai. dit Salvator; mais. pour que j'v arrive, il faut qee je sache les circonstance,. .Sans tons b airs détails. Vous comprenez q ie ce n'est point par curiosité, n'est-ce p.,s. que je vo s demande vos sec cl s ?
— i'i ! !ii ■ m ■ u i de J'en avoir p.mr vous , lle.'iiia en a- ••elle pour F aaola?
El Petrus te i lit l i m tin a la j> une f ï ] 1
— Alors, dit 1'Y.i'j, da, pourqu >i utst-ede pas venue me trouver?
— Oie pou -i-z-voits faire dans une riroistiuv pareille? demand t Peli us.
— Pleurer imt elle, répondit siurdement Frayola. *
— Vous été* un anjic. munmira Petrus.
— Voyons, dit Salvator, il n'y a pas de temps à perdre.
Comment. celte lettre, adressée a madame la c tesse
lia. MU, est-ele entre vos mains? Comment les lettres de ma a ne-, la comtesse Itappl sn.il-el!. s entre e lles de ce ban lit ? Et ipii soupçonnez-vous de vous les t:v»ir volées ?
— Jo vais tacher île mettre autant d'ordre dans mes réponses que vous çn avez mis dans vus demandes, mou cher {Ulvator. mais ne ni eu veuillez pas si, n 'avant pas sur moi-même le pouvoir que vous avez sur vous , je m'ecarte du chemin que vous me tracez.
— Dites, mon ami, dites, reprit Sdvafor de sa voix la plus doure et la plus encourageante'.
— Dites, et a>vz confiance eu Dieu. ajou!a Kraaola en faisant un mouvement jwmr *e retirer.
— Oh ! restez, restez, dit Petrus; nele.s-vous pas 'amie de Résina depuis plus longtemps que Salvator n'est le mien?
Fraaola s'inclina en sijjne d'assentiment.
— Eh bien ! ce malin, il y a une demi-heure, dit Petrus après un moinerit de silence, pendant lequel il avait rassemble ses idées, Résina est arrivée chez moi la haute bouleverse.
— Avez-vons nies lettres? m'a-l-el!e demande.
J etais si loin de me douter de ce qui se passait, que ilui demandai : *
— Quelles lettres?
lettres qae j c vous ai c:ntes. moi. mi, répondit elle, ot-ze lettres!
— Elles s «ut I i, repondis-j».
— Où, là?
— D ois ce bahut , dans notre coffre.
— Ouvrez -le. voyez y et montrez-les moi.
J'avais la < lef suspendue à mon cou ; je ne la quitte jaunis. Le coffre était scelle au bahut ; j'avais donc cru pouvoir répondre affirmativement
— Montrez les moi vite, vite! répeta-t-elle.
— J'allai au bahut, je lirai la porte, le coffre était à sa place.
— Voyez ! lui dis-je.
— En 'effet, repoadit-e'.le, je vois le coffre, mais les lettres, les lettres?
— l/*s lettres sont dedans.
— Montrez-les moi, Petrus?
J'ouvris le cofrre, plein de confiance et le sourire sur les lèvres.