I.e coffre était vide
Je jetai un cri d • désespoir. Rèainîi poussa une plainte.
— Ah! dit-elle. e'elait. dune vrai !
Jetais écrasé, je n'osa : s pas relever la tète, je tombai a cenoux devant elle.
O fut alors seul ,'iivnt quelle me présenta la lettre que vous venez de lire, je la lus.
Mon ami. je compris alors combir .i facilement on peut devenir un meurtrier.
— Soupçonnez-vous quelqu'un, èles-vons siir de votre domestique.
— Mua dom--s'iqui*est un imbécile, mais il est en même temps incapable d'une mauvaise fiction
Il est cependant impossil le que vous n'axez point de (1 ti'e sur quelqu'un.
— J'ai bien n m soupçon, unis n die -erli'n le.
— Ou proiéd -d t connu a I iinonnu, q ii soupçounezvotis ?
— ( n homme que vous eussiez vu chez mai, si depuis qoe|i|iTé léiiius vous v fussiez venu.
Silvator. an lieu de s'e.s, user do ne pas avoir ele visiter sou a'oi. L*arda le >,it<>iiro
— lu ho ini'\ i l'p'ia Pc tris, qui rnmp -enait la eau*- • du mutis ne de Silvator, H:i h r.n.n ■ qui se disait tiKn parrain.
— Vnti-c pirnin, ah! oui, une e.-;>é:e de capitaine d vaisseau, n'est ce pas?
— Justement.
— (Irand amal-ur de peinture.
- C'est ,-e|a, mi vieux camarade de mon père; le connaissez-vous?
— Non. mais avant mon départ. Jean Robert m'a dit deux mots de lui, et aa scmalem nt qu'il m'a donne, j ai senti vaaueinent que vous alliez être dope d * quelque ; iTo'incrie un tout an inoins de quel, pie mystification. p;u malheur j'étais force de m'absenler pendant quelque jouir, mats anjour l'bni même j allais aller chez vous pour fan e connaissance avec ce p.-rs mnaae : et vous d tes que ce! boni me r
— S'est présente chez moi comme un ancien ami de mon père, se nommant d'un nom qui m'était bien connu et que, tout enfant, 'ava-s appris a respecter comme celui d'un brave et loyal marin.
— Mais celui qui se présentait chez vous avait il le droit de porter ce nom ?
— Comment en aurais je doute, et quel ciït été mu but?
— Vous le voyez, de vous soustraire tes lettres.
— Poeripioi aurais-): pu supposer cela? il se présentai: chez moi riche comme nu Nabab, et a coniajrme par me rendre un service.
— l'n service! lit Salvator regardant fixement Petrus. Quel service ?
Pc I rus sentit qu'ii roii^ s-ail jusqu'au blanc des yeux sous le re.aar-.l de Sa'.v.iîor.
—,11 a e up* tie. balbutia Peints, que je ne vendisse mes meubles el mes tableaux, eu me prêtant dix mille francs.
-- O ii, peur l 'S pi ds il en demande cinq cent mille ;1 !a
•••>!ute r M> I! •;•;•*. V-'îI:i. vous >-,i conviendrez, mon cher P-'U'is "n I qui -.'i' i o.o valoir v..,, ai-^nl.
Pètrus ne put s'empêcher de jeter un ivganl de reproche à Salvator.
— Enfin, dil Pètrus, c'est un tort, j'en conviens; niais n s dix mille francs je lésai acceptés.
— De sorte (juc c est dix mille franc* de plus que vous «levez, dit Salvator.
— Oh ! dit Pètrus, sur ces dix mille francs, j'ai paye six r>u sept mille francs de dettes pressée*.
— Laquestion n'est point là, dit Salvator ; revenons au malheur réel. Cet homme a disparu de chez vous ?
— Oui.
— Depuis quand?
— Depuis hier matin.
— Vous ne vous êtes point inquiété de cette disjiaiilion?
— Non ; il lui arrivait parfois de coucher dehors.
— C'est cet îiomme !
— Mais cependant...
— Je vous dis que c'est lui ; nous ferions fausse route eu suivant une autre trace.
— Je le crois connue vous, mon ami
— IJu'a fait la comtesse eu recevant cette lettre.
— Elle a calcule ses ressources.
— Elle est immensément riche?
— Oui, mais elle ne peut vendre on eni|>ninlei -qu'avec le consentement de son mari, et elle ne peut lui demander ce consentement puisqu'il est à huit cents lieues d'elle ; • dlc a donc réuni ses diamants, ses dentelles, ses bijoux, mais toutes ces choses fort chèi es, quand on les achète, perdent plus de la moitié de leur valeur lorsqu'on veut les vendre : clic peut faire soixante-quinze à quatre-vingt mille francs au plus.
— Elle a des amies?
— >!'«•< de Marande? elle a, en effet, couru chez elle ; M. de Marande est à Vienne, ne dirait-on pas que tout est conjuré contre- nous? M "' de Maraude lui a donné tout ce qu'elle avait d'argent et une parure d'émeraude; cela peut monter à soixante autres mille francs. Quant à la pauvre Cum -lito, inutile d'y songer, c'était lui faire, une douleur sans résultat.
— Et quant à la pauvre l'racola, dit la jeune fille, elle n'a ijue cet anneau d'or qu'el.e ne donnerait pas pour 500,000 fr., c'est vrai, mais qui pour un bijoutier en vaut dix.
— Vous avez votre oncle, insista Salvator ; le général est riche, il vous aime, c'est un vrai chevalier, il donnerait certainement sa vie pour racheter l'honneur d'une femme comme la comtesse Rappt.
— Oui, dil Pelrus, il donnerait sa vie, mais no donnerait point la dixième partie de sa fortune; j'ai pensé tout naturellement à lui, comme vous dites, mais le général est violent, pour les prompts expédients, il aurait etc s'embusquer derrière un arbre avec sa cauue à épee, et il tomberait sur le premier passaut équivoque qu'il rencontrerait à cette heure sur le boulevard.
— Et quand ce passant-là, reprit Salvator, serait notre scroc lui même, il pourrait bien n'avoir pas les lettres
daim sa poche ; d'ailleurs, comme le drôle l'a dit lui-même, lo.ite tentative d'arrestation ou de meurtre amènerait un procès, la publicité des lettres, celte publicité, le déshonneur de la comtesse.
— Peut-être y aurait-il un moyen, dit IVtrus — ■ Lequel? demanda Salvator.
— Vous connaissez M. Jackal '.
Eh bien ?
— Ce se, ait de le prévenir. ♦ Salvator sourit.
— Oui. en effet, dit-il. cV.v. le moyen le plus simple et le plus naturel en apparence, mais c est le plus mauvais en realite.
— Comment cela?
— A qu >i nous ont servi nos r cher -lies légales dans l'enlèvement de Mina? Sans le hasard, je me trompe, sans la Providence, qui a permis que je la retrouvasse d'une façon inespérée, elle serait encore la prisonnière, de M. de Valgeneiue. A quoi nous ont servi ces mêmes recherches «■w* l 'affaire de M. Sarranti? à fair*» disparaître Rose-do
Noël , comme avait disparu Mina. Sachez bien ceci , cher ami, c'est que notre police de 1828 ne découvre une chose que lorsqu'elle a intérêt à la découvrir ; or, dans l'affaire dont il s'agit, je suis à peu près sûr qu'elle ne découvrira rien, et bien plus, que loin de nous venir en aide, elle nous desservira de tout sou pouvoir.
— Mais pourquoi ?
— Parce que, ou je me trompe fort, ou la police n'est étrangère à rien de ce qui nous arrive.
— La police ?
— Ou les policiers; nous sommes mal hotès au livre de M. Delavan, cher ami.
— Mais quel intérêt la police peut-elle avoir au déshonneur de la comtesse Itappt?
— J'ai dit la police ou les policiers. Il y a la police et les policiers, comme il y a la religion et les prêtres; ce sont deux choses fort différentes : la police est une institution salutaire, exercée par des gens fort gangrenés; vous demandez quel intérêt la police peut avoir au déshonneur de Règina?Guel intérêt pouvait-elle avoir à l'enlèvement de Mina ? quel intérêt a t-elle à l'exécution de M. Sarranti dont l'échafaud sera dan* huit jours dresse en place de Grève? quel intérêt a t -elle à ce qneM. Gérard passe pour un honnête homme et obtienne le prix Monthion ? quel intérêt a-t-elle enllu a ce qne Rose de Noël disparaisse de chez la brocante? la police, cher ami, c'est une tortueuse et ténébreuse déesse qui ne s'avance que par des voies obscures et souterraines : vers quel but, nul ne le sait qu'elle, même, quand elle le sait. Elle a tant d'intérêts, cette digne police qu'on ignore toujours en vertu duquel elle agit: intérêt politique, intérêt inoral, intérêt philosophique, intérêt littéraire, intérêt humoristique. Il y a des hommes d'imagination comme M. de Sartinc, des hommes de fantaisie comme M. Jackal, qui font de la police tantôt un art tantôt un jeu ; c'est un homme diablement fantaisiste que M. Jackal, allez; vous connaissez sa maxime, lorsqu'il veut découvrir un secret quelconque • cherchez la femme; dans cii cas la femme n'a pas été difficile à trouver. Il y a dans ce moment ci, d'ailleurs, police et contre police ; police du roi, police de M. le dauphin, police royaliste, police ultraroyaliste; M. le comte RapptestenvoyeàSamt-Petersbourg, le bruit court que c'est pour traiter avec l'Empereur à huit-clos d'un grand projet, qui aurait pour but une alliance contre l'Angleterre, alliance dans laquelle on nous rendrait nos frontières du Rhin. En outre M. de la Molhe- Houdon a été appelé aux Tuileries, on veut l'amener à faire partie d'un nouveau ministère, composé de M. Martignac, de M. Portalis, de M. de Caus, de M. Roy, de M. Laferronays, que snis-je ; mais le maréchal ne se laisse point prendre à tous ces marivaudages. Il refuse de faire partie d'un ministère de transition, peut-être veut-on forcer la main au maréchal et le mettre entre un portefeuille et un scandale. Et mon Dieu, mon cher, par le temps qui court, tout est possible.
— Oui, dit Petrusavec un soupir, excepte de iiouver cinq cent mille francs.
Salvator lit œinme s'il n'eut pas entendu. Puis poursuivant sa pensée.
— Remarquez rependant que je n'affirme rien, dit-il, je cherche avec vous.
— Oh moi, dit Petrus décourage, je ne cherche même pas.
— Alors, dit Salvator avçj un sourire qui ne laissa point que d'étonner Pelrus. alors je tatouue seul, toutefois ou je me trompe étrangement, ou il doit y avoir de la police ou tout au moins du policier la-dessous; cet homme de mer, qui vient s'installer chez vous, qui vous connail depuis votre enfonce, qui on sa qualité d'ancien ami du capitaine Ilerbel sait tous vos secrets de famille, cet homme me paratt sortir tout vif de la me de Jérusalem. Il n'v a qu'un père ou une mère, ou la police, cette mère de là société, qui connaisse ainsi la vie d'un homme depuis le berceau jusqu'à l'atelier ; puis, j'ai toujours pensé que par l'écriture on pouvait connaître le caractère d'uu homme; voyez la main qui a trace ces lignes, - Salvator
i montra la lettre à Pélrus, — la main qui a trace ces lignes I n'a pas tremblé, l'écriture est large, droite, ferme, aucunement déguisé*», preuve que l'écrivain n'a pas peur qu'on
le reconnaisse : elle est l'image de l'esprit qui la dicte ; l'homme qui a confectionné cetto épltre est donc nonseulement un habile homme, mais un homme de résolulion ; il sait parfaitement qu'il risque les galères, eh bien, pas une lettre n'hésite, pas une ligne ne dévie ; c'est écrit clair et droit comme écrirait un teneur de livres. Nous voilà donc en face d'un compagnon hardi, adroit et résolu, eh bien soit, j'aime la lutto autant que je hais la use, nous agirons en conséquence.
— Nous agirons? dit Pétrus.
— Je veux dire que j'agirai.
— Mais si vous me promettez d'agir, dit Pétrus, c'est donc que vous avez quelque espérance?
— J'ai mieux qu'une espérance, maintenant j'ai une certitude.
— Salvator ! s'ecria Pétrus, devenant presque aussi pale de joie qu'il l'avait été de terreur, Salvator, faites attention à ce que vous me dites.
— Je vous dis, mon ami, que nous avons affaire à un rude lutteur, mais vous m'avez vu à la besogne, et vous savez que j'ai les reins solides. Où est Régina?
— Elle est retournée chez elle, où elle attend avec anxiété que Fragola lui porte une réponse.
— Elle a donc compté sur Fragola?
— Comme moi sur vous.
— Allons, vous avez eu raison tous deux, et cela fait plaisir d'avoir des amis qui ont une pareille confiance en nous.
— Mon Dieu, mon Dieu, Salvator, je n'ose vous interroger.
— Mets ta mante et ton chapeau, Fragola, prends une voiture, cours chez Régina, dis-lui de rendre à M me de Marande sa parure et ses billets de banque, dis-lui à elle de remettre ses diamants dans son écrin et son argent dans sa bourse, dis-lui surtout d'être tranquille, de ne point se tourmenter, et ce soir, à minuit, de mettre la bougie demandée à la dernière fenêtre de son pavillon.
J'y vais, répondit la jeune flllo sans paraître aucuneni.Mil étonnée de la mission que lui donnait Salvator.
Et elle entra dans sa chambre, pour prendre sa mante i<t son chapeau.
— Mais, dit Pétrus, si Régina fait le soir le signal demande, demain à la même heure l'homme se présentera pour réclamer les cinq cent mille francs.
— Sans aucun doute.
— Que fera t-elle alors?
— Elle les lui donnera.
— El qui les lui donnera, à elle, pour les donner ù cet homme?
Moi, dit Salvator.
— Vous, s'écria Pétrus presqu'epouvantè de cette assurance el prêt à croire que Salvator était fou.
— Sans doute, moi.
— Mais où les trouverez- vous ?
— Cela doit peu vous importer pourvu que je les trouve.
— Oh ! mon ami, à moins que je ne les voie, je vous u»\>uc...
— Vous êtes bien incrédule, mon ami, vous avez cepen- <lant un procèdent, saint Thomas, eh bien, comme saint Thomas, vous verrez.
— Quand cela ?
— Demain.
— Demain je verrai les cinq cenl mille francs?
— Tout divisés en dix paquets, afin d'épargner ù Régina la peine de les diviser elle-même, chaque paquet, comme il est indiqué, contiendra dix billets de banque de ciuq mille francs chacun.
— Mais, balbutia Pétrus, ce ne seront point de vrais bilhu.
— Bon, et pour qui donc me prenez vous ? demanda Salvator, je n'ai point envie que notre homme m'envoie aux galères, ce seront de beaux et bons billets de cinq mille fr., a l'encre rouge et portant en toute lettre celle légende : La loi punit de mort te contrefacteur .
— Me voici, dit Fragola rentrant, toute prête pour la course.
— Tu te souviens de ce que lu as à dire ?
— Rends à M*" île Maraude sa parure et ses billets de
banque, remets tes diamants dans ton écrin, et ton argent dans ta bourse, et fais demain à l'heure dite le signe convenu.
— Oui est?
— Qui est de mettre mie bougie allumée derrière la dernière fcnélre du pavillon.
— Heia, fit Salvator en riaut, ce que c'e-jt que d'être la maltresse d'un commissionnaire, voila comme on fait les commissions, va, ma colombe de l'arche, va
Et Salvator regarda sortir Fragola avec un œil plein d'amour.
Quant à Pétrus, il eût voulu baiser les petits pieds qui paraissaient so presser de porter une bonne nouvelle à une amie.
— Ah! Salvator, s'écria Pétrus en im jetant dans lus bras de son ami quand la porte se fut reformée derrière Fragola, comment vous remercierai-je jamais du service que vous me rendiez!
— En l'oubliant, répondit Salvator avec son doux el calme sourire.
— Mais enfin, insista Petrus, ne puis-je vous être bon à i ien ?
— A rien absolument, mon ami.
— Dites-moi cependant ce que je dois faire.
Vous tenir parfaitement tranquille.
— Où cela ?
— Où vous voudrez ; chez vous, par exemple.
— Oh ! je ne pourrai jamais.
. — Promenez- vous alors, courez à pied, montez à cheval, allez à Belleville, à Fontenay-aux-Roses , à Bondy, à Montmartre, à Saint-Germain , à Versailles , allez partout où vous voudrez, excepté au boulevard des Invalides.
— Et... mais, Regina, Régina?
— Régina va être complètement rassurée par Fragola, el je suis sùr que, plus raisonnable que vous, elle se tiendra chez elle.
— Voyez-vous, Salvator, c'est un rêve.
— Oui. un mauvais rêve, mais qui , espérons -le , finira mieux qu'il n*a commencé.
— Et vous dites que, demain, je verrai les cinq cents mille francs en billets do banque?
— A quelle heure serez- vous chez vous ?
— Oh ! à l'heure que vous voudrez ; toute la journée, s'il le iaut. •
— Bon ! vous disiez que vous ne sauriez rester en place.
— Vous avez raison, je ne sais ce que je dis; eh bien ! à demain dix heures, si vous voulez, mon cher Salvator.
— A demain dix heures du soir. '
— Vous permettez que je vous quitte? il faut quj je prenne l'air, j'étouffe !
— Attendez-moi; j'ai moi même à sortir, nous allons descendre ensemble.
— Oh ! mon Dieu ! mon Dieu ! dit Petrus en battant l'air de ses bras, suis-je bien éveille? est-ce bieu réel? nous Boinmes sauvés?
Et il remplit ses poumons d'air par une large et bruyante aspiration.
Pendant ce temps, Salvator entrait dans la chambre à coucher et prenait dans le tiroir à secret d'un petit meuble en bois de rose , un papier orné d'un double timbre et couvert d'une fine écriture, qu'il mettait dans la poche de cote de sa veste de velours.
Les deux jeunes gens descendirent rapidement l'escalier, laissant à Ilolaud la garde de l'appartement.
A la porte de la nie, Salvator tendit la main à Petrns.
— Nous ne suivons pas le même chemin ? demanda celui-ci ?
— Je ne crois pas, dit Salvator; vous allez , selon toute probabilité, nie Notre-Dame-des-Cliamps, tandis que moi je vais certainement rue aux Fers.
' — Comment, vous allez?...
— A ma borne, diten riant Salvator ; il y a longtemps que
les dames de la halle ue m'ont vu, et elles doivent être inquiètes de moi ; puis, je vous avouerai une chose, c'est que j'ai besoin de faire une ou deux commissions pour compléter vos cinq cent mille francs.
Et. le sourire sur les lèvres, Salvator salua de la main Petru*. qui reprit, en songeant à tout en qni venait de ro
passer, le rhemin qui conduisait à la rue Notre Damc-des- Champs.
Comme nous n'avons rien à faire dans son atelier, suivons Silvatnr. non point du rot-; de la rue aux Fors , on ii n'avait nul dessein d'aller, quoi qu'il en eiU dit à IVtrns. niais rue do Varennes, dans larjtiello était silui a l'Hudidn digne notaire que nous avons dej.i eu l'honneur de présenter a nos lecteurs sons lo nom de Pierre-Nicolas Baratleau.
Alex. Divas.
(La tuile au prochain numéro.)
LES GRANDS HOMMES E\ ROBE DE CHAMBRE
Nous avons dil qu'Antoine avait envoyé un messager à Cleopûlre pour lui donner l'ordre de venir lui rendre compte de sa conduite à Tarse.
Ce messager ge nommait Dcllins.
Cotait un homme habile. Il n'eut pas plutôt vu Cleop;Ure, il n'eut pas plutôt cause ave? elle, qu'il comprit qu'avant de combattre V itoin ' c'ait vaincu.
Didlius résolut de s? faire l'aur de la reine d'Kgypte.
Illa pria de se rendre aux ordres d'Antoine. Mais, ouvrant l'Iliade, il lut à Clcopatrc, dans celle Mie [anime grecque qui était sa langue ni Uernelle. — d'ailleurs Cleopûlre parlait sept ou huit langues, — il lut a Cleopûlre les vors du XIV* chant, on. Junon, «'apprêtant a endormir Jupiter sur le mont Ida, va emprunter sa ceinture à Venus.
Cleopùtre comprit le conseil et le reçut avec un sourire. Elle avait fait l'essai de sa beauté déjà sur César et sur un fils de Pompée. Quelques-uns disaient uiè ne sur les deux. Elle connaissait Antoine, ses instincts brutaux, ses passions sensuelles; elle avait vingt huit ans. c'est a-dire la go ou la béante de la femme est dans tout son éclat, son esprit dans toute sa force ; elle prit avec elle de riches présents, des sommes d'arpent immenses; elle prit avec elle surtout wi beauté contestable, mais sa grâce incontestée.
Les ordres d'Antoine étaient précis, elle devait venir sans perdre une minute. Elle se moqua îles ordres d'Antoine. Ses amis lui disaient .-Hâtez -vous; vous vous perdez en restant. El elle restait.
On eut dit la magicienne Cirée , sûre du pouvoir de sou art.
Il lui fallait le temps de faire son spectacle, de proparer sa mise en scène, comme on dirait île nos jours.
Nos lecteurs connaissent d"jà Cleopàtre: la femme qui s'introduisait dans le palais d' Alexandrie et qn'Apollodore déposait aux pieds de César, roulée dans un tapis, était petite de taille . C'était une nymphe plutôt qu'une déesse, uno grisetlc plutôt qu'une reine.
Il s'agissait de surprendre AnUau* et de le conquérir, eu quelque sorte, par tous les sens.
En lin Antoine apprit que Cleopûlre remontait le Cydnus et s'apppoch ait de Tarse.
Antoine dressa son tiône. ou pluiôl sou tribunal . sur le
bord du fleuve; il voulait l'interroger publiquement, publiquement punir tant d'audace.
II était en train de rendre la justice, lorsque, tout à ermn, un grand tumulte lit autour de lui.
Des «cis aiv mraiem uni ej.sr.ufi-es. des bords du fleuve, parlaient av.-r cotte multiplicité de gestes familiers aux orientaux, montraient l'horizon et paraissaient préoccupes d'une chose inouïe.
Antoine demanda ce qui se passait.
— Venus Astarte, lui îvpondit ou, vient visiter Bacchus pour lo bonheur do l'Asie.
Cela n'expliquait rien à Antoine.
Mais une curiosité si grande se répandit dans h fouit', que tout l'auditoire d'Antoine so dispersa . ch icun courant soit vors sa maison, pour prévenir sa famille du grand événement, soit vers l'endroit indique
Antoine se trouva seul sur son tribunal.
Qui pouvait produire celto solitude autour du tout-puissaut proconsul?
Antoine allait le savoir.
Au milieu des chants, dans un nuage de parfums, s'avançait une galère dont la poupe était d >r, les voiles de pourpre, les rames d'argent. S uis un pavillon tissu d'or. rieopâtre-Venus était cou -liée, vêt 10 d'habillé nie. ils splendid-'s : de jenni'senf misa moitié nus, lois que le* pejmrw peignaient les aiuuns, la ralnli'hissiioiit »ur sa cou 'h' 1 avec do longs evoulails de pl un •> de pain et il'.à ttnurhe. C uit femmes. Inules pai failei'ne.i» belles, v.Mu -s 'es unes en N"ieTles,les nuire* en Crû es. se tenaient c-tles-ci au uouvernail, relies Ift aux nmlire-i. L»s deux rives du fleuve étaient embaumées des pa-fums qu- l'on lnù'aii sur la galère et couverts d'une finie im unis" qui suivait la reine d'K.'Vple. inn p-iint p ir s -s o:- Ires" m lis du si propre volonté, pour lu voir et p-mr l\nlii:irer.
Anuiiue. debout surs >n trib ri il , «enhr.ns.nl. du ivsard tout l'ensemble «1 ■ • s|*»ctael ». ni lis sans rien distinguer entore Peu à p -u chi pi? objet s'is da et s «s yeux se fixèrent sur la «alère. ecitre d - l'o is es im n ms?s m itivem'iu».
l ue fuis arrête» s ir Cleopûtrc , les regards d'Antoine ne parent plus se détacher d'elle.
Comme tous W barbares, — o! Antoine riait une espèce de barbare — A itoin ! se laissait f rendre pir L?s yeux.
Avant que Cleopûlre lui eiU parle, il et lit pris.
On lui montra Antoine ; elle le regarda, puis continua de causer avec Chartuion, si confidente.
Ou jota un pont couvert d'un magnifique tapis, qui conduisait de la galère au rivage.
Cleopûlre se souleva avec peine, et marchant mollement, comme si marcher était une trop grande fatigue pour elle, elle Ka;na le rivage, appuyée au bras d'une de ses femmes.
Sur lo rivage elle trouva un messager d'Antoine, qui l'invitait i venir souper avec s..n maître ; mais elle refusa, disant qu'elle aimait mieux le rewvoir dans la palais qu'elle s'était Tait préparer.
Puis elle continua son chemin, sans s'enquérir davanlac-? si Antoine viendrait ou no viendrait pas.
: Antoine vint.
Antoine fut ébloui.
Cleopûlre savait se faire, de toul ce qui l'entourait, un cadre admirable.
Cette salle on elle reçut le proconsul était d^ine maguificen t- inouïe, ni'iiio p-mr cet homm?. qui «voyait avoir vu toul-s les magnificences de POrienl.
On passa de cotte salle dans celle du festin.
Cne main magique avait semé les lumières partout. La flamme éclatait en chiffres mystérieux, en figures bizarre». C'était le réve d'un poêle d'Orient devenant une realité.
Antoine resta jusqu'au jour sur le lit du festin, sarouraut des vins inconuus, des mets dont il ne savait pas même les noms.
Il quitta Cleopàlre, en l'invitant à son tour à venir souperavec lui, et c*tte fou elle accepta.
Antoine envoya chercher tous les conseillers qu'il pouvait y avoir en matière pareille : mimes, boutions, cuisiniers, décorateurs, mais il reconnut bientôt son impuissance.
Le soir, il l'avoua, railla lui même la mesquinerie et la grossièreté de son festin, et se mil aux genoux de Cleopàlre pour recevoir les chaînes de son vainqueur.
Cleopûtrc, de son côte, avait, dans ces deux entrevues, étudie à fond Antoine ; elle avait recounu le soldat mar.se aux grossières plaisanteries, et elle était descendue de son îrdne de déesse pour se mettre au niveau de son esprit.
Antoine rentra chez lui fou d'amour.
Alors, oubliant Rome, Octave, l'ulvie, la guerre des Partes, oubliant tout pour aimer, il suivit Cleopàlre en Egypte.
Elle rentra à Alexandrie tenant le lion en laisse.
C'était sa manière de triompher à elle.
Alors commença cette ne inimitable, racontée par Plutarque.
Entièrement soumis au pouvoir de l'enchanteresse, qui, tandis que les rois «es prédécesseurs avaient a gnind'peine appris l'Egyptien, parlait, -die, l'Ethiopien, le troglodyte, l'hébreu, l'arabe, le syrien, le niède, le grec et le latin, redevenu jeune près de sa jeune mal tresse, qui de son côte pour son imperator s'était faite bacchante, nous (lirions vivandière,— tous deux passaient des jours de folle ivwste, chassant, jouant, buvant : puis le soir le proconsul et la reine s'habillaient en esclaves, couraient les nu s d'Alexandrie, frappaient aux portes, insultaient les bourgeois, hait iLjril, cttientba t s, et rentra eut ri mis et plus amoureux, Antoine du moins, plus amoureux chaque matin.
Le jour on voguait sur le lac, on allait a Canope, on tirait de l'arc, exercice auquel excellait Antoine, on péchait à la ligne, art qu'il connaissait moins.
Aussi un jour s'itnpatienta-t-il do ne rien prendre el or- Jonna-l-il à un plongeur de se procurer denx ou trois poissons vivants et d'aller emrc deux eaux les attacher a son hameçon.
Trois fois de suite le liège s'enfonça et à chaque coup Antoine tira un magnifique poisson.
Clcopàtre le félicita, mais ne Tut point sa dupe.
Deson côte et Bans éltc vue. elle donna tout bas un ordre.
Le liège de la ligne d'Antoine s'enfonça de nouveau, Antoine tira sa ligne et pécha un hareng saur.
Cette fois le plongeur de Clcopiltre avait gagne de vitesse le plongeur d'Antoine.
Antoine avait bonne envie de se fâcher.
^*is de sa voix, douco comme un chant, mélodieuse «Hume un luth, Cleopâtre lui dit :
— Impérator, laisse-nous la ligne à nous qui régnons du l'hare à Canope, lâchasse à toi c'est de prendre des villes, rois el des royaumes
| Au milieu de ces plaisirs, deux coups do foudre vinrent -réveiller Antoine.
j II apprit que Labienus, l'ancien lieutenant de César, tenant le parti d'Octave chez les Partîtes, subjuguait à la tête de ces derniers toutes les provinces, depuis l'Enphrate et la Syrie jusqu'à la Lydie elà l'ionie.
Alors, comme un dormeur qui sort d'un long sommeil, comme un buveur qui shrt d'une profonde ivresse, il reprit le commandement de son armée et s'avança jusqu'en Phénicie.
La il apprit les affaires de Rome, la révolte de Fulvie, puis bientôt après sa mort à Sicyon«.
Cette mort dénouait tout; elle rendait facile la reconciliation d'Antoine avec Octave.
Antoine mit le cap sur l'Italie, conduisant à ta sùit.^ une flotte de deux cents navires.
Il débarqua à Brindes.
Antoine était décide à combattre, s'il le fallait, mais les soldats ne se souciaient pas d'une «ii'rre sérieuse. Ils avaient déjà marie Octave avec Clodia. lllle de l'ulvie, et quoique le mnr iave eut mal tourne, ils décidèrent qu'ils donneraient un dénouement pareil à cotte nouvelle prise d'armes.
Cette fois, ce Tut Antoine qu'ils marièrent avec 0.:tavie, sentir d'Octave.
Nous d ; sous srenr à tort ; Oct tvie n'était que demi-sœur : samr consanguine.
Alnee d'Octave de cinq ou six ans, c'était U tille de la première femmed'Octnvins Ancharia ; elle avait ele mariée à Matu-ellus. qui venait de mourir, el en avait un fils.
Ce fut ce fils qu'illustra un hémistiche de Virgile :
Ta Morcellus eris.
Tous deu\, Oct'ivc ot Antoine, acceptèrent l'arrangement : chacun avait, de son côte, une lourde affaire sur les bras, et dont il désirait se débarrasser.
Octave avait la guerre des pirates, Antoine avait la guerre des Partîtes.
Mais le peuple romain était un singulier peuple, plein de caprices et de fantaisies ; Sextus Pompée l'affamait, et il aimait Sextus Pompée.
Ce peuple elait-il assez artiste pour être pris par le pittoresque de celte figure?
Le fait est qu'après avoir réconcilie Octave avec Antoine, ils voulurent réconcilier Octave el Antenne avec Sexlus.
Sextus, nous l'avons dit, était devenu une puissance; la douceur — voyez notre élude sur César — avec laquelle Pompée avait traite les pirates, avait ménage l'empire de la mer à son fils. La ville principale des corsaires soles, en Cilicie, était devenue Pompeiopolis : pondant la guerre civile , Pompée leur avait drt la supériorité de su marine, seulement il avait Tait la faute de mettre la flotte sous les ordres de deux généraux de terre Domitius et Bibulus qui n'en avaient tire aucun parti.
Il n'en avait point ele ainsi du jeuno Scitus ; nous avons dit comment il s'était fait lils de Neptune et en cette qualité roi de la mer ; nous avons Jii comment, encore maitre de la Sicile et de la Sanlaigne.il sillonnait la Méditerranée avec deux mille vaisseaux; nous avous dit enlln comment il affamait Rome.
Mais c'était un graud cœur avant tout, pitoyable et avantttreux : quand après les troubles de Perouse- Fulvie avait fui avec la mère d'Antoine , Sexlus, toujours prêt à accueillir les proscrits de quelque parti qu'ils fussent, le»
avril admirablement accueillis
Antoine ne fit donc aucune diUicullc de traiter avec lui.
Ouant à Octave, c'était son intérêt.
On fixa une conférence sur la pointe du cap Miséne, à I endroit où, pareil à un fer de lanee, il s'élance dans la mer.
Antoine avait sa Hotte à l'ancre d'un coté du cap. Sextus avait sa (lotie à l'ancre de l'autre côté. L'année d'Octave était eu bataille sur la terre ferme. Lu ou convint d'un nouveau partage.
Octave gardait l'Occident.
Antoine gardait l'Orient.
Lepidus, l'Afrique provisoirement, c'est-à-dire jusqn a ce qu'on la lui reprit.
On accordait à Sextus la Sardaigne et la Sicile, à la conuitiou qu'il n'accueillerait plus les proscrits et purgerait la mer des pirates.
C'était lui demander de se tuer lui-même.
Octave, Antoine et Lépide, en échauffe, tendraient aux proscrits le quart de leurs biens.
Conditions tout simplement inexécutables.
Les biens immobiliers étaient partages.
Quant à l'argent, il était non-seulement partage, mais dépens»-, non point par Octave peut être, mais à coup sur par Antoine et Lepidus
Sur cette condition, Sextus fut intraitable. C'était la seule porte honorable par laquelle il pût sortir de ses anciens engagement*. •
Il s'obligeait en outre à envoyer du blé en Italie , et cela, eu quantité suffisante pour la nourrir.
Les conditions arrêtées, le traité signé, les trois maîtres du monde s'invitèrent mutuellement à souper.
Contint chacun voulait avoir l'honneur du premier rel>as donné, on tira au sort.
I* sort favorisa Sextus.
— Ou soupera-l-on, demanda Antoine ?
— Là, répondit Sextus en montrant sa galère amirale a m\ rangs de rames, car c'est la seule maison paternelle que l'on ait laissée à Sextus.
Antoine se mordit les lèvres ; le sarcasme lui arrivait en pleiu visage, à lui qui habitait à Rome la maison du grand Pompée.
L'invitation acceptée, Sextus fit assurer la galère sur ses ancres, et jeta un pont du piomontoire de Miséne à son bord.
Au milieu du repas, au moment où les convives échauffes par le vin raillaient Antoine sur ses amours avec, Cléopelre, le pirate Menas s'approcha de Sextus, et se penchant à son oreille :
— Veux-tu . lui dil-il , que je coupe les cables des ancres, et que je te donne nou-seulemeut la Sicile et la Sardaigne, mais l'empire romain
Sexlus pâlit.
— Il fallait le faire sans me le dire, répoudil-il.
— Et maintenant ï
— Maintenant, dit-il avec un soupir, il est trop lai d, contentons-nous de la fortune présente, et ue violon3 pas la foi jurée.
Et après avoir été fètè à son tour par Antoine et Octave, il retourna en Sicile.
Supposé! que Scxiu* ail a rep'e l.i : mpnsîtion de Menas qu |i»>ii le la retour.
Octave et Antoine aux mains do Sextus, Sextus maître du monde, qu'arrivait-il du monde?
L abîme du doute est ouvert au-dessous de ces quelques
mots.
C'est à Jouner le vertige à l'histoire.
Alexandre Dumas.
Im tuile nu /irochnin numéro).
CORRESPONDANCE
Mou cher graud ami.
Je me présente chez vous, et j'apprends que vous et>i parti pour Loches.
OnY'ies-vouB aile faire à taches ? c'est ce que vous nous direz probablement dans une causerie du Monle-Cristo.
M^is en attendant que vous nous racontiez vos impressions de voyage, je vais vous raconter les miennes :
Pendant que vous descendiez, selon toute probabilité, dans les horribles cachots du cardinal ta Balue et de Ludovicle -Maure, oii vous grelottiez de froid, moi, je me promenais rue do Hivoli, où je rôtissais au soleil.
Pourquoi pas sous les arcades? me direz- vous.
Par la raison infiniment simple que j'avais affaire là où la rue de Rivoli n'a plus d'arcades.
Est-ce une réponse, celle-là, et vous en conlenterezvous ?
Figurez-vous que j'attendais l'omnibus depuis nnc heurp, comme on l'attend toujours dans les parages du Louvre.
Oh ! il faut rendre justice à l'administration supérieur»-, le sci vice est admirablement fait.
Toutes les dix minutes, montre à la main, un oranibi^ passe; seulement, chaque fois, l'omnibus est orne de cette inscription :
— Complet.
Ce mot,- qui semble un panache attache a la tète du conducteur, renouvelle chaque jour la triste histoire du pauvre Juif-Errant. Il veut dire à celui ou à celle qui fait un signe télégraphique avec son bras, son ombrelle ou son parapluie.
— Marche, marche, marche.
Seulement on a six sous dans la poche au lieu de cinq voilà toute la dillerence.
Le conducteur est toujours inflexible, c'est son devoir; mais j'ajouterai qu'il est souvent malhonnête, ce qui tt'fltl pas son droit.
A ce qu'il me semble à moi, du moins, qui n'ai point d'intérêt dans les omnibus.
Malheur au pauvre diable qui ne sait pas lire, ou qui, emporté par son désir de monter dans un omnibus, n'a de regards que pour la stalle espérée à l'intérieur. Moi, qui n'aime point à abuser de la marche, et qui trouve, ave. Voltaire, que la promenade, et surtout la promenade dans les rues de Paris, est le premier des plaisirs eunuyeuT, javoue que je suis dans resoivasions-là prise d'un véritall' desespoir. Aussi ai-je lecteur plein de fiel à l'égard def* geôliers ambulans trônant sur leurs marche- pieds, et 'Ï" 1 vr»iw imitent piu'oie» pri*>nntaflu*iferonduisj , fltah'a>ni
LE MONTE-f.HISTn.
ciergerie ou à Bicêtre, qu'on citoyen* libre» ol payants qu'ils mënoiit à leurs affaires.
El bienheureux encore ceux qu'ils conduisent, quelque part que ce soit : il y a beaucoup d'appelés et pen d'élus. Or, pour quiconque n'est pas élu, ils prennent des airs majestueux qui aéraient bien risibles s'ils n'étaient encore plus impertinents, se contentant de montrer du bout du doigt, au client désappointé, l'ècriteau qui grince au-dessus de leur tête.
Et la voiture marche toujours— et le voyageur que l'on a bercé avec la fable de Pandore, croit que le geste du con ■ duclnnr a signifié qu'il y avait de la place sur 1 impériale; il reprend courage, quitte le pas gymnastique poulie pas do course ; il arrive épuisé, hors d'haleine, a bout de forces. Il saisit la rampe d une main convulsive. 11 love le pied pour monter...
Ah ! ra, est-ce que vous .Mes aveugle, lui dit le conducteur en le repoussant, ou bieu est-co que vous ne savez pas lire? — si vous ne savez pas lire, apprenez. - Co-m corn p-l-c-t plct — complet.
Il me semble, cependant, que MM. les conducteurs sont payés pour être polis avec tout le monde. Lommbus,n'est ce pas le carrosse du pauvre?
J'attendais donc rue de Rivoli , dans la portion privée d'arcades, qu'un omnibus incomplet me conduisit au faubourg Saint Antoine- La fatigue me gagnait, le découragement me prenait , j'étais de mauvaise humeur, parce a ne cette promenade à pied sous un soleil tropical déniaisait tellement à mon ombrelle que de verte elle était devenue jaune, - lorsque tout à coup arrive au coin de la nie de la Poterie-des-Arcis, non pas l'omnibus que je cherchais, mais une enseigne que je ne cherchais pas.
0 mou -grand ami, quelle enseigne, quelle bonne cnseiene quelle fabuleuse enseigne —il faut que vous alliez lui îaire une visite. Je ne sais pas ce que vous voyez a Loches, et je crois que ce que vous voyez vaut la peine d'être vu- mais vous ne voyez rien de pareil a mon enseigne, j'en suis bien sûre Quand vous la connaîtrez, vous la ferez photographier pour votre Nonle-Vntlo.— l 'homme qui a inventé cette enseigne a tout droit d aller a la postérité, et quand il croise Mengin, l'homme au casque, le négociant en grosse caisse et en crayons, il peut exi • gerque celui-ci le. salue le premier.
Mengin n'a rien inventé qui approche de cette enseigne. Imaginez-vous une boutique glorieusement pavoiaèe de bottes neuves et vieilles, gracieusement pendues à des tringles.
Toutes sont ferrées à glace à l'usage des porteurs d'eau quand il gèle.
Au-dessus de la porte, une enseigne se penche avec grâce
e ll e représente un lion gros comme uu caniche. — Ce
lion est furieux, son regard lance des flammes, sa crinière est hérissée , il lient quelque chose entre ses longues dents blanches, qui est évidemment la cause de sa colère.
Que peut-être ce quelque chose ?
S'il n'y avait que la peinture pour éclairer votre esprit vous ne le devineriez certes pas.
Je penchais pour un poulet, — en adjoignant mon toi gnon à meà yeux, je crus reconnaître un lapin.
Heureusement, je jetai les yeux sur la légende de l'en eeigne, et elle fit disparaître tous mes doutes.
Ce quelque chose était une botte.
Au-dessus du lion était écrite celte légende en lettres d'or.
rf t.* WKi:iltRt:ius, '«aïs u nilrni nui:, if. tf m: i»Kr/.M.s.
Impossible dn savoir au juste depuis combien de temps le lion lait He? efforts pour donner un démenti an cordonnier, — mais il v a assez longtemps pour que le cordonnier se soit cru en droitd'écrir au-dessous des c ombaltanls: