‹ Le moqueur!Chapitre 30 sur 43 · L'Ombre des Jours · texte numérisé non relu

L'Ombre des Jours

mous sous votre tête et, sur vos genoux, un livre refermé où l'un de vos doigts marque encore la .page; votre cou délicat semble ombré de bistre et dans un halo rosé votre ligure est toute transparente. La bouche et les yeux sont mi-clos, détendus par la chaleur.

Votre petite chienne, étalée par terre, au soleil, sur le ventre, étire avec précaution ses jambes de derrière et bâille en sortant une langue pâle, mince, immensément longue et qui se retrousse du bout.

Les trois sapins, les ifs dorés, les noyers qui sentent une odeur acide, l'érable aux feuilles frangées d'argent, les genévriers en cônes bien réguliers, les bouleaux dont l'écorce est enduite de chaux, les châtaigniers et les sycomores sont fixés par leurs pieds immobiles, mais tournent vers vous leurs feuillages découpés et vous regardent avec plaisir. Le gazon a ses petits cheveux drus taillés en brosse pour faire doux là où vous marchez, les cerises sont des milliers de

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lèvres fraîches qui vous appellent et les fraises vous offrent leurs bonnes joues rouges et cuites pour que vous y mordiez.

Et les petits œillets qui poivrent les narines et les géraniums un peu bêtes mais si éclatants, les dernières roses nées en retard qui affrontent ce terrible mois si chaud, les pensées avec leur habit sérieux et les fleurs innombrables dont je ne sais pas les noms, en grappes violettes, blanches ou roses, tous et toutes vous aiment, fleurissent, mûrissent pour vous et disent :

— Mais où donc est le monsieur qui, d'un air important, faisait un cours de botanique et qui n'y entendait rien? Combien nous serions désireux de le revoir !

Et les grands arbres jaseurs rient en s'éventant du bout de leurs branches.

Souveraine de ces deux hectares de parfums et de sucre, jolie jardinière maniérée sous votre capeline de linon, je pense à votre visage en ce jour languide du mois d'août, et les endroits que j'associe à votre souve-

nir se parent pour moi d'une grâce indicible.

Depuis deux jours que je vous ai quittée, Anémone, il me semble que j'ai encore dans mes doigts la forme et la chaleur de vos bras.

Chaque fois que je vais vous voir, je reviens ainsi grisé de vous, et grisé est un bien vilain mot, mais mon cœur et ma tête sont remplis d'une telle confusion lumineuse et chantante ! Par-dessus les plaines ensoleillées et fertiles, ce sont des cloches à toute volée qui se répondent pour crier le jour de fête; tous les milliers de petits atomes dont je suis fait prennent leur part de ce tintamarre de joie et alors, alors j'écris des inepties.

Comme il est bon, Anémone, de vous aimei et de me lancer sur cette route à unealluiv d'automobiliste, sans plus penser à rien et ébloui de vitesse. Vivre de plus en plus fort et de plus en plus vile, jusqu'à la bonne culbute avec toutes les côtes et la mâchoire enfoncées.

L ERREUR

Evidemment il n'y a qu'une chose qui compte, c'est baiser la bouche d'une femme ! Cela est écrit entre toutes les lignes qui ne le proclament pas; c'est la seule vérité qui resplendisse ici-bas. Il n'y a qu'un homme pauvre, qu'un homme malheureux, qu'un homme vraiment pitoyable, c'est celui qui ne désirée pas cela ou à qui cela se refuse ' !

Ici, beaucoup de femmes. Des femmes qui ne sont rien et pourquoi pas vous? Et ne cesserai-je jamais, amie lointaine, de placer entre toutes les figures et moi l'image flottante de votre sourire?

Ecoutez la triste histoire de la Rose.

Elle est une belle rose à qui personne ne fait attention. Elle est rouge sang, elle a l'air en velours, elle se pâme d'elle-même sous les effluves de son parfum.

Une jeune dame nonchalante se promène dans le jardin ; son cou est nu car nous

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