René Boylesve, Mon Amour
sommes en août et un grand chapeau de paille flexible lui met la figure dans une ombre légère; elle a des gants de suède clairs qui montent jusqu'au coude et sont tout plissés sur ses petits poignets, un sécateur et, au bras gauche, une corbeille, civière pour les fleurs blessées.
La dame cueille à droite, cueille à gauche ; sous le craquement brusque de la coupure, les roses-roses et les roses-thé tombent timidement dans la corbeille et les roses France s'écroulent avec lourdeur comme de fiers guerriers mortellement atteints, et aussi les Maréchal Niel et les Gloire de Dijon; notre pauvre rose est triste de ne pas être choisie ; pour être respirée par la dame si jolie, elle sacrifierait de tout son cœur le fil fragile de sa vie, mais en vain; la dame s'éloigne sans L'avoir regardée.
La rose n'a plus de goût à elle-même el
Douce à souffrir,
Ne sait rien qu'exhaler ses parfums et mourir '.