‹ Le moqueur!Chapitre 32 sur 43 · Albert Samain, Chariot d'Or · texte numérisé non relu

Albert Samain, Chariot d'Or

L ERREUR

Mais elle s'attriste sous le soleil trop dur et quelques jours après, ayant gâché sa vie, n'ayant charmé aucun regard ni embaumé aucun corsage, elle courbe lamentablement son front. Un moineau maladroit heurte en passant sa tige et tous les pétales ensemble tombent en rond sur la terre du massif.

Ainsi de nos journées perdues, ô Anémone.

Avons-nous goûté aucun parfum de ce jour qui s'offrait à nous? Qu'avons-nous cueilli de ces heures qui sont hier et qui seront bientôt autrefois?

Vous gaspillez le temps, femme imprévoyante, comme si ce devait être éternellement l'été.

Croyez-moi. Hâtons furieusement la moisson des fleurs. Jetons-les pêle-mêle en monceaux de parfums dès aujourd'hui dans notre chambre, que toute leur odeur emprisonnée nous monte longtemps à la tête.

Comme les sages abeilles, ivres de soleil et

de miel, je voudrais extraire avec vous toute la joie des jours. »

Cette lettre eut un résultat inespéré. En effet, Lucienne ne la reçut jamais.

M. de Scoury l'avait bien terminée et cachetée, mais encore sous le coup de la nouvelle récente qu'un de ses amis venait de perdre dans un accident assez sérieux son père, sa mère et quelques comparses, et pensant qu'il était urgent de lui envoyer des condoléances, il écrivit par erreur sur l'enveloppe, l'adresse de son infortuné camarade.

Il se disait méthodique, mais pour une fois fut distrait. L'orphelin surpris eut donc de lui une lettre enflammée, et Anémone, ne recevant rien, crut qu'Adalbert l'oubliait et l'en aima davantage.

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