‹ Le Moratorium Des Dépôts En Banque Et Des Comptes CourantsChapitre 33 sur 49 · REX · texte numérisé non relu

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a fait de (beaux discours » pour montrer que le (capital » de la France était une force à la disposition de la diplomatie et qu’elle devait en user.

» Rien de plus dangereux que la forme elliptique au point de vue des relations internationales. On fait de la France une entité et du capital une autre entité. L’imagination représente la France comme une grande personne ayant un capital à elle, dont elle peut disposer à son gré, et il n’y a que des ministres, tiraillés entre toutes sortes d'intérêts divergents, en butte à des sollicitations ou à des menaces, qui se débattent au milieu de difficultés de toutes

sortes. Quant au capital, est-ce qu’il leur appartient,

est-ce qu’il se trouve dans leur tiroir? Le mot « capital » au singulier signifie qu’il y a des centaines de mille, des millions d’épargnistes, grands et petits, qui ont des capitaux disponibles dont ils cherchent le placement offrant les intérêts les plus élevés et les garanties les plus fortes. De quel droit un ministre vient-il mettre un embargo sur ces capitaux en quête d’emploi? Il fait du collectivisme; et, cependant, ce sont des individus qui les ont obtenus par leur travail, par leur épargne, par leur prévoyance. Nous sommes encore sous le régime de la propriété privée, et le droit de propriété implique, pour celui qui en jouit, la liberté de disposer des choses qui lui appartiennent.

» Afin de justifier l’intervention de l’Etat, on a parlé de la nécessité de protéger l’épargne nationale. Mais quelle qualité l’Etat a-tl pour jouer ce rôle de protecteur? Donne-t-il l’exemple de la protection de l’épargne nationale? T1 en prend une large part et il la dilapide en dépenses non reproductives; il donne l’exemple de la prodigalité, généreux pour des choses inutiles, ladre pour des dépenses indispensables. C’est contre l'Etat qu’il faudrait d’abord protéger l’épargne nationale, car, en détournant les capitaux du but utile que leur donneraïent ceux qui pourraient les former, il en réduit l'importance, il en empêche la formation.

» S'il prend la gestion des capitaux, il devient responsable des pertes qu'ils peuvent subir. Il a empêché des placements en Europe; il les à détournés vers le Brésil. Les possesseurs de ceux qui viennent de subir des pertes ont le droit de dire: «C’est la faute de l’Etat. » Son intervention a eu un résultat opposé à celui qu’il cherchait. Des capitalistes perspicaces et méfiants n’ont pas voulu subir: la directio:: de l’Etat et ont envoyé leurs capitaux au dehors afin d’avoir la liberté de les placer comme ils l’entendaient.

» Il y a trois mois, le Gouvernement a déclaré hautement qu'il empêcherait toute émission afin de garder les capitaux français pour un emprunt qu'il ne fait pas. Nous connaissons cette vieille méthode: empêcher les autres de faire, et ne pas faire. Il a pu la pratiquer complètement; mais quand nous comparons, pour les deux premiers mois de 1914, le marché français, le marché de Londres et le marché de Bruxelles, nous constatons l’atonie du nôtre. Il est vrai que ce mois-ci son influence négative se fait sentir sur les marchés étrangers.

» On menace de relever le droit de timbre sur les valeurs étrangères à 3 0/0, alors qu'il n’est que de 1 0/0 en Angleterre et qu'il est déjà de 2 0/0 en France. Dans une brochure sur cette question, M. Jacques de Günzburg vient de signaler le danger de cette mesure. Il prend comme exemple le dernier emprunt belge, que le Gouvernement français a rejeté à Londres: les banques anglaises ont pris ferme à 74 francs ce qu’elles plaçaient à 77. Si l’on tient compte du droit de timbre de 1 0/0, l’Etat belge a reçu net 73, tandis que la même opération en France ne lui aurait rapporté que 72 francs au taux actuel, et 71 si l’impôt avait été de 3 0/0.

» Je ne parle pas des suspicions qui résultent de l’intrusion de la politique et de la diplomatie dans la finance. Elles devaient se produire. Elles sont la conséquence de

toute gestion par l'Etat. »

le

La question des pouvoirs du Gouvernement en ce qui concerne l’admission à la cote des emprunts étrangers s’est posée d’une manière particulièrement aiguë pendant le premier trimestre de l’année 1914, alors qu’on était en France dans l’attente d’un emprunt national toujours reculé. Au cours du mois de décembre 1913, de violentes discussions eurent lieu à la Chambre des députés à ce sujet. Après avoir repoussé l’ordre du jour de M. André Lefebvre, invitant le Gouvernement à refuser l’admission à la cote de tout nouvel emprunt étranger avant que l’emprunt français fût réalisé, la Chambre adopta le texte de M. Gioux, portant qu’elle était résolue à réserver d’abord aux besoins nationaux les ressources financières du pays. A cette occasion, M. Caiïllaux, ministre des Finances, fit la déclaration suivante en réponse à une demande d’explications de la part de M. Delahaye:

«J'ai géré les finances de ce pays pendant six ans, près de sept ans, et bien des fois la question des emprunts étrangers s’est présentée devant moi. Mes règles direetrices ont toujours été les suivantes: en premier lieu, n’admettre que les emprunts étrangers présentant pour la France des avantages politiques ou des avantages économiques ; en second lieu, envisager avant tout et par-dessus tout les besoins du Trésor, les nécessités de ses disponibilités. »

Le Gouvernement avait, à la vérité, des raisons particulières d'intervenir à ce moment-là, et notre plus grand grief à son égard n’est point de s'être protégé en quelque sorte contre les 7 ou 8 milliards de franes d'emprunts étrangers qui se trouvaient alors en perspective d’émission sur notre marché, mais bien plutôt ‘d’avoir retardé indéfiniment l’emprunt qui s’imposait à lui et de s'être résolu finalement à n’effectuer qu’une opération financière partielle, trop étroite, et par là même dangereuse pour notre crédit dans la situation budgétaire où nous nous trouvions, après avoir tenu en haleine tout notre organisme

financier pendant des mois sans aucune utilité. Comme l’écrivait à cette époque M. Hyacinthe Philouze dans la Revue économique et Finances, c'était le plus sûr moyen d’apeurer l’épargne, de la rendre prudente à l’excès, de la rendre exigeante aussi, puisqu'elle se savait sollicitée de toute part, que de fermer notre marché aux nouvelles émissions et d’en restreindre, par conséquent, l’activité. Les questions fiscales, d’ailleurs, n’avaient pas été sans exercer déjà une influence plutôt fâcheuse sur les dispositions des capitalistes. Une crise financière se dessinait, et c’était ce moment, « l’heure où, dérision! dit M. Philouze, dans les caisses de nos banques ou dans les réserves cachées des particuliers apeurés par une politique d’affolement déprimante et ruineuse, étaient accumulés plus de 5 milliards! » que le Gouvernement choiïisissait pour dire: « La caisse du Trésor est à sec. Nous ne savons pas combien nous emprunterons ni à quel moment; mais, comme * nos besoins sont très grands et pressants, comme, d’autre part, l’horizon financier, en corrélation avec l’horizon politique, est peu brillant et révèle une extraordinaire abondance d’emprunts en perspective dans tous les pays, nous allons nous réserver l’argent de nos rentiers en interdisant toute nouvelle émission en Bourse d’ici que nos besoins soient satisfaits. Il nous faut, d’ailleurs, avant de songer à emprunter, voir comment nous ferons face âu service des intérêts de ces emprunts et, pour cela, organiser une plus lourde fiscalité, exproprier certains de nos capitalistes en supprimant l’immunité de la rente et décider l’établissement de l’impôt sur le revenu, dont la précieuse élasticité doit nous permettre, quelque éventualité qui puisse se produire, de parer à tous les besoins présents et futurs! »

Un marché financier n’est pas un bassin de numéraire, écrivait M. Emmanuel Vidal à la même époque (1): c’est

(4) La levée du blocus financier, dans la Cote de la Bourse el de la Banque, du 12 décembre 1913.

un endroit où l’an négocie des titres de crédit. Par extension, c’est l’ensemble de la clientèle éparse dans le pays, susceptible d’acheter ou de vendre des valeurs mobilières selon le crédit attaché à ces valeurs. Quand la porte aura été ouverte à des emprunts exotiques, le public y souserira dans la mesure où il donnera crédit aux nations. Et quand survient un emprunt français, les capitalistes vendent sur la place nationale, ou aussi sur une place exotique, les titres étrangers qu’ils possèdent. Si notre pays donne un juste revenu, un revenu même moindre que d’autres nations, mais plus sûr, il sait inspirer confiance aux capitalistes et alors l’emprunt réussit infailliblement. Au lendemain de la guerre, nous avions beaucoup de valeurs étrangères, lesquelles rendirent d’ailleurs à la place un signalé service, et les emprunts de libération eurent un succès prodigieux en France et à l’étranger, parce que la France inspirait confiance dans son relèvement et rassurait tout le monde, ruraux, citadins, prolétaires, patrons et capitalistes.

» Maintenant, au contraire, fermez les portes aux emprunts étrangers, effrayez les capitalistes auxquels vous voulez faire appel en les menaçant dans leur revenu, en les exposant à des impositions croissantes par des procédés vexatoires, impôts et moyens que veulent ceux qui rêvent d'établir par l’impôt un rouleau compresseur des fortunes. Croyez-vous que & parce que vous aurez laissé l’or dans » lé bassin », il ira droit à l’emprunt? Vous n’aurez pas un sou! »

D'ailleurs, on ne peut pas empêcher les capitalistes d’effectuer leurs placements comme ils l’entendent, car il est pratiquement impossible de fermer hermétiquement les barrières du marché comme on peut fermer la frontière par un régime douanier. « Le possesseur d’un capital mobilier est citoyen du monde », selon la formule quelque peu divinatoire d’Adam Smith, qui est devenue de nos jours expression d’une pure vérité. € La douane peut m’empô-

cher de passer un ballot de marchandises, une boîte d’allumettes, un paquet de cigares; mais il n’y a pas de puissance au monde qui puisse m'empêcher de mettre des fonds, des titres dans une enveloppe et de les envoyer dans un pays étranger. » Fonds et titres passent (incognito », suivant la parole même de M. de Foville, et servent à effectuer des placements au dehors. Les capitaux circulent done, en principe, librement et leur exportation est très délicate à réglementer. Il est bien vrai cependant que le Gouvernement peut intervenir, et intervient effectivement quelquefois, pour refuser l’admission à la cote d’un emprunt étranger qui n’a pas son agrément. En dehors des règles positives que la législation et l’usage ont fixées, il existe en cette matière une sorte de code non écrit qui règle les rapports de la haute finance avec le Gouvernement. Or, la haute finance s’est toujours gardée jusqu'ici de se mettre en travers des vues du Gouvernement et de la politique générale du pays. Elle ne tient pas, en effet, à aller de gaieté de cœur encourir le mécontentement de l’opinion publique. Maïs si l’Etat peut, sous la responsabilité des ministres, refuser l’accès du marché officiel à certains emprunts étrangers jugés dangereux ou inopportuns, « il ne saurait interdire, écrivons-nous dans nos Finances de guerre, aux capitalistes de faire, à leurs risques et périls, les placements qui leur conviennent. Toutefois, au point de vue du résultat pour l’emptrunteur, les quantités absorbées seront moindres qu'avec un emprunt publie, de même que les détenteurs auront plus de peine à négocier leurs titres.»

On pourrait répondre à ce raisonnement que les sociétés de crédit ne sont point à proprement parler des capitalistes privés. Elles jouent un autre rôle: celui de direcfeurs de l’épargne, d’intermédiaires nécessaires entre les emprunteurs et les prêteurs. Dans ces conditions, ne serait-il pas juste que, dans un intérêt de haute politique, l’Etat ait sur ces capitalistes un moyen d’autorité pour arrêter leurs agissements, s’ils venaient à diriger l’épar-

one vers un but contraire à l'intérêt national? Nous acceptons très bien, avec M. Yves Guyot, pourrait-on dire, (que l’épargne n’appartient pas au Gouvernement, qu’elle appartient exclusivement à eeux qui, par leur esprit de prévoyance ou d'économie, ont pu la réaliser en dépit des charges et des gaspillages de l'Etat ». Mais la banque n’agit pas avec ses capitaux propres, en matière de placements ; elle n’est même pas simplement une collectrice d’épargne pour compte d’autrui; elle est surtout le conseiller de l’épargne, son directeur; grâce à la confiance qu’elle a su mériter, grâce aussi à une foule d’employés et de démarcheurs habiles explorant les moindres recoins du pays pour y découvrir l’épargnant, elle jouit d’une grosse influence sur les placements des capitalistes particuliers. L'Etat ne devrait-il pas, dans l'intérêt même du pays, pouvoir défendre aux banques de s’occuper d’un emprünt étranger qu’il juge inopportun? La liberté des capitalistes privés, des épargnants, resterait entière; elle serait même étendue puisqu'ils ne subiraïient plus, du moins quant à ce ‘placement, l’influence des sociétés de crédit. Seul un rouage intermédiaire, de première importance il est vrai, serait arrêté et immobilisé.

Il ne nous semble pas désirable que l’action gouvernementale soit trop influente sur le marché financier et puisse réglementer d’une façon toujours arbitraire les opérations auxquelles se livrent nos sociétés de crédit, pas plus qu’il ne nous paraît souhaitable qu’elle se fasse sentir sur les actes des particuliers. La banque, à notre avis, doit rester libre, avec le seul contrôle de l’opinion publique, la seule garantie de son honorabilité, l’unique sanetion de la confiance et du crédit. Et cela, pour plusieurs

raisons. D’abord, il n’est pas tellement à craindre qu’elle :

se mette bénévolement en travers des vues gouvernementales et ne se soumette pas au mot d'ordre, à l'inspiration venue d’en haut. Ce mot d’ordre sera, par exemple, le refus d'admission à la cote officielle, I] n’y à qu’à parcourir

quelques rapports de Conseils d’administration de diverses sociétés de crédit pour se convaincre facilement de leur obéissance au Gouvernement et des efforts qu’elles font presque toujours pour prévenir ses moindres désirs. Ces sociétés ne tiennent pas beaucoup, en effet, à voir se produire des campagnes analogues à celles qui eurent lieu dans la presse en 1910 et 1911 au sujet d'emprunts tures, hongrois et autrichiens à émettre sur le marché français; car ces incidents finissent toujours par faire mettre en cause l’honorabilité de certaines banques et par influer sur leur crédit en portant atteinte à leur bon renom. Toute interdiction ministérielle, d’autre part, ne servirait pas à grand’chose et n’aurait pour effet que de gêner partiellement l’opération qu’on veut éviter. Il se produit, en effet, en matière financière, un phénomène analogue à celui des vases communicants de la science physique, et l’on ne peut arrêter le flux de l’épargne avant que le niveau des conditions de placement ne soit rétabli. On en a eu des exemples durant la guerre balkanique: le plus caractéristique concerne la Bulgarie, qui avait besoin d’argent dès le jour de la déclaration de guerre, puisque la France venait d’éluder un de ses emprunts quelque temps auparavant; elle a cependant trouvé le moyen de soutenir deux guerres consécutives sans qu’à aucun moment ses troupes aient jamais manqué de vivres ou de munitions. Et M. Feilbogen déclarait, à la séance du 5 novembre 1912 de la Société d’économie politique, que l’explication de ce phénomène résidait dans l’application du principe économique ci-dessus exprimé: « L'argent afflue là où le taux est plus rémunérateur, disait-il; dans ces conditions, la Bulgarie ne saurait manquer d’argent pourvu que règne dans certains milieux une confiance suffisante dans l’issue de la guerre. En d’autres termes, je pense que toutes les interdictions gouvernementales au sujet des emprunts n’ont jamais qu’un effet très relatif: le capital demeure international et cherche le lieu du meïlleur placement. »

Tel est aussi notre avis. Le Gouvernement doit pouvoir, au moyen du refus d’admission à la cote officielle, avertir les capitalistes que la question financière que pose un emprunt étranger se double d’une question de politique internationale, mais il ne doit pas, en principe, aller au delà. Il ne doit pas s’immiscer dans le domaine des placements particuliers pour les guider à sa façon. L’épargne appartient à qui l’a produite. Il ne faut pas oublier, au surplus, qu’en cessant d'introduire subitement les emprunts étrangers sur le marché de Paris, on provoquerait une hausse artificielle des valeurs inscrites à la cote et que les étrangers possesseurs de titres similaires s’empresseraient de nous les vendre. Le revenu de notre portefeuille diminuerait par la hausse factice qu’il aurait subie, et bientôt les capitaux indigènes, en présence de la différence de capitalisation entre les bonnes valeurs cotées en France et les bonnes valeurs cotées à l’étranger, s’expatrieraient pour aller chercher ces dernières. Le taux de l’intérêt au dehors attirerait les capitaux français sous toutes les formes. Il est certain cependant que lorsqu'on menace notre marché d’une invasion d’obligations américaines pouvant porter sur des milliards, ou de l’incorporation à notre Bourse de valeurs industrielles à gros rendement, mais à étiquette peu conforme au goût français, ou enfin lorsqu'il s’agit de faire passer des capitaux nationaux dans un pays susceptible de les employer à nous combattre directement sur le terrain politique ou économique, il est certain, disons-nous, que le Gouvernement peut et doit exercer. discrètement, mais résolument, son droit de veto. Mais il ne doit pas aller au delà et se faire le protecteur de l’épargne, le garant de sa sécurité, le consejller de ses placements, car il n’a aucune qualité pour jouer ce rôle et est très mal préparé pour cela.

L’Etat ne doit pas intervenir davantage, en principe, dans la question de la qualité des placements et de la pro-

portion des émissions de valeurs industrielles aux émis- (1

sions de fonds d'Etat. Le commerce et l’industrie se plaignent beaucoup des sociétés de crédit, mais ils ont pris chez nous l’habitude de se plaindre de tout, de l’inertie du Gouvernement, de l’égoïsme des banques, des exigences des ouvriers, des goûts du publie. Et comme le disait M. Rilot à la Chambre des députés, dans la séance du 7 mai dernier : « J'espère que ce sera une des lecons que nous tirerons de cette guerre: à savoir qu’il faut apporter dans le développement de nos affaires un esprit autre que celui qui a présidé jusqu’à présent à notre commerce. Il faut plus d'initiative et d’énergie. On reproche souvent au Gouvernement de ne pas aider nos commerçants, nos industriels. Il peut y avoir du vrai dans ce reproche, je ne le conteste pas; mais c’est aux industriels, aux commer- cants à s’aider eux-mêmes. J'espère qu'ils le comprendront. Et quand ils feront appel à nous, j’espère que nous leur répondrons, au point de vue du crédit, de l’action de nos consuls, à tous les points de vue, en leur donnant l’assistance dont ils ont besoin. C’est un esprit général qui doit être changé, nous dominer tous et, je dois le dire, nous renouveler tous dans une certaine mesure. »

Suivant les paroles même de l’éminent homme d’Etat qui préside à notre politique financière depuis le commencement des hostilités, « un grand pays ne vit pas de rentes et de placements; il vit de travail et d'industrie. II se tromperait singulièrement s’il croyait que l'importance des capitaux qu’il peut exporter est la mesure de sa richesse; il s’appauvrit s’il ne développe pas son outillage, son esprit d’entreprise, ses exportations. » Or, c’est l’erreur dans laquelle nous avons vécu trop longtemps en France. Nous avons cru que notre situation incontestée de banquier du monde, de peuple-rentier, rendait presque tout l’univers tributaire de notre marché ou susceptible de le devenir, et qu’il y avait là pour nous une cause de prospérité et de sécurité, alors que ce n’était qu’un.avantage, considérable certes, mais dont nous n’avons pas su profi-

ter. En agissant sur la balance des comptes d’une manière efficace, les rentrées périodiques dues aux revenus des valeurs mobilières étrangères possédées par nos natio-

naux contribuaient, en effet, à nous assurer dans tous les

pays un change favorable, et notre commerce aurait dû irouver, dans cette situation particulièrement précieuse, un élément desupériorité incontestable sur ses concurrents étrangers. Il n’en fut rien malheureusement pour diverses raisons que nous n’avons pas à exposer ici, et dont la plus certaine est le manque d’esprit d’entreprise dont firent preuve nos commerçants et nos industriels, en comparaison de ce qui se passait outre-Rhin. Comme notre commerce, d’ailleurs, nos grandes industries passaient chaque jour davantage aux mains d’Anglais, d’Italiens, de Suisses, surtout d’Allemands, qui venaient chez nous exploiter les richesses minières que, malgré l’abondance de nos capitaux et l'intelligence de nos ingénieurs, nous nous refusions à mettre en valeur d’une façon quelconque. Il y en-a de nombreux et d’éclatants exemples, tels que ceux du bassin minier de Normandie et des mines de fer du bassin de Briey.

Certes, il y aurait beaucoup à dire à ce sujet sur l’inuence de notre législation et, par son intermédiaire, de notre régime parlementaire, sur notre stagnation, ou même notre décadence industrielle et commerciale. Indépendamment d’une fiscalité exceptionnellement lourde, d’une solidarité sociale particulièrement coûteuse et des charges excessives résultant de la cherté de la main-d’œuvre, des exigences des ouvriers constamment soutenus par le Parlement et des menaces de toute sorte sur leurs bénéfices et leurs revenus, les commerçants et industriels avaient à subir encore les effets de mesures législatives parfois insensées, presque toujours anti-économiques, comme celles qui régissent notre marine marchande, nos ports, nos mines, nos minières, nos canaux, notre force hydraulique, ete., ete. On aurait dit parfois que le Par-

lement s’efforçait comme à plaisir de ruiner toute notre activité en la mettant dans un état d’infériorité manifeste vis-à-vis de celle de nos voisins: au lieu de la protéger et de la favoriser, il ne cherchait que l’occasion — qu’il trouvait souvent d’ailleurs — de lui manifester son hostilité et de lui créer toute sorte de difficultés. Il faut espérer que cette ère d’étatisme mal compris, ou plutôt de parlementarisme fâcheux, aura définitivement disparu quand reviendra la paix, et que la guerre servira du moins à faire saisir à nos députés tout le secret de la force d’expansion de l’Allemagne au dehors et de sa prospérité économique incomparable au dedans. Sa devise était celle-ci: favoriser l’enrichissement de chacun pour assurer le développement de la prospérité générale, car tout se tient dans le corps social et chacur est appelé à profiter de l’aisance de ses voisins. Et c’est bien — on peut le dire, car elle nous l’a montré — la formule de la vérité! L'erreur de nos parlementaires fut de travailler à l’uniformité des conditions et à l’égalité des fortunes pour arriver à l’établissement d’une commune aisance, sans voir qu’on ne pouvait aboutir de cette facon qu’à une commune pauvreté, tout au plus qu'à une médiocrité générale.

T1 faut dire que le Parlement était comme hypnotisé par les milliards que l’épargne francaise tenait chaque année à la disposition des diverses catégories d’emprunteurs, et qu'il n’apercevait pas qu’une bonne partie des revenus de cette épargne était consacrée aussi, chaque année, à combler l’insuffisance de nos exportations relativement à nos importations et à nous dispenser de faire sortir une certaine quantité de cette richesse acquise, vestige d’une activité passée, Il ne se rendait pas davantage compte que, malgré l’abondance de nos capitaux et l’apparence d’une sorte de suzeraineté financière sur presque tous les pays du monde, nous restions cependant, et quand même, tributaires de l’étranger pour toute la partie de notre consommation qu’il nous était impossible de satisfaire avec nos

seuls moyens, et que c’était là une subordination autrement étroite et dangereuse que celle à laquelle sont assujettis les peuples à court d’argent, car, ainsi que nous l’avons dit, la fortune mobilière ne connaît, à l’encontre des produits de l’industrie humaine, aucune barrière douanière qui puisse l’arrêter et l’empêcher d’affluer irrésistiblement vers les points du globe où les meilleurs emplois lui sont offerts.

C'était là, d’ailleurs, ce qui se passait pour l’épargne française, en particulier. Dans une conférence sur les emprunts de guerre et les marchés neutres, faite à la Société d'économie politique le 5 novembre 1912, M. Arthur Raffalovich signalait, en effet, la curieuse pénétration dans les pays limitrophes des valeurs émises sur un marché, qu’il s’agit de fonds d’Etat ou de valeurs industrielles, et faisait succinetement allusion aux relations de cette nature existant entre la région du Nord de la France et la Belgique, entre la région de l’Est et l’Allemagne, du Sud-Est avec la Suisse et l’Ttalie, du Sud-Ouest avec l'Espagne. Une infiltration de titres s’opère donc ainsi, même sans admission d’auceune sorte à la cote du pays prêteur. Ce sont là des phénomènes d’osmose, analogues à ceux qu’étudie la science physiologique, et qu’on ne peut pas plus empêcher que ces derniers.

Mais, du moins, si l’on ne peut les empêcher, faut-il tenter de les réduire, et surtout de ne pas les provoquer. car, dès qu'ils arrivent à acquérir une certaine importance, ils ne laissent pas que de présenter, aussi bien pour le pays prêteur qu’au point de vue de l’épargne prêtée, des inconvénients très sérieux à raison de leur caractère dissimulé, qui ne permet aucune certitude à leur sujet et ne laisse place à aucune inspiration ou sanction destinée à les influencer. Les dangers qu’il font courir, précisément à cause de l’absence de tonte publicité et de toute garantie résultant du fait qu'aucune banque n'’intervient dans ces opérations, sont naturellement autrement graves que ceux

qui peuvent résulter d’un emprunt fait au grand jour, moralement appuyé par la grande banque ou le syndicat de banquiers chargé de son émission et soumis au contrôle de l’opinion publique tout entière. Et pourtant, ce serait à développer cette pratique regrettable que conduirait le système de la prohibition absolue des placements étrangers en France, ou même de la réglementation arbitraire de leur autorisation par le Gouvernement. L’exportation au dehors d’une partie de nos capitaux, au contraire, ne peut constituer un danger pour l’économie nationale qu’autant qu’elle est pratiquée sur une trop grande échelle et qu’on en abuse. Si elle est modérée, si elle ne dépasse pas les forces de l’épargne après que celle-ci a satisfait aux emplois sérieux qui lui sont offerts dans le pays même qui l’a créée, elle ne présente que des avantages à tous les points de vue, aussi bien à celui de la politique économique de l'Etat qu’à celui de l’économie domestique des capitalistes.

Il nous reste donc à voir quelle est la proportion des placements nationaux et des placements étrangers vers lesquels se dirige annuellement notre épargne. Cette partie de notre étude n’a, d’ailleurs, qu’une importance assez relative, contrairement à ce que peuvent penser ceux ‘qui prétendent tirer de l’examen de cette proportion, en France et à l’étranger, un argument contre les sociétés de crédit et leur politique en matière d’émission de titres de Bourse. Fait-on grief, en effet, au meunier de campagne de n’avoir pas une minoterie modèle, avec tous les dermers perfectionnements mécaniques, alors qu’il n’a à faire face qu’à des besoins restreints, qu’il essaye de satisfaire du mieux dans son propre intérêt, ou reproche-t-on au petit épicier de village de ne point ouvrir une de ces grandes maisons d’alimentation qu’on rencontre dans les grands centres urbains, alors qu’il n’a qu’une clientèle réduite, susceptible de n’acheter que certains produits indispensables ou d’un usage courant? Et peut-on, dans ces conaï-

tions, se plaindre que les banques françaises ne dirigent point assez l'épargne vers les placements intérieurs et n’offrent point une proportion suffisante de titres nationaux à leurs guichets, en prétextant de ce qui se passe à l'étranger, sans considérer la situation économique de la France, l’état de développement de son commerce et de son industrie, l’arrêt de son mouvement de population — la stagnation des affaires et de l’activité nationale sous toutes ses formes, en un mot — et sans réfléchir davantage à ce fait que les banques, comme tout organisme humain, ne font que répondre à certains besoins, mais ne les créent pas? Est-ce leur faute si notre pays reste stationnaire, si nos commerçants et industriels manquent d’esprit d’initiative et reculent devant la concurrence étrangère, si nos lois ne font rien pour les encourager, bien au contraire, et doivent-elles être tenues pour responsables du manque d’emplois sérieux qui peuvent être oïferts à l'épargne dans notre propre patrie? Vaudrait-il mieux qu’elles lancent dans le public toute sorte de valeurs, qui n’auraient d’autre qualité que de se dire françaises, qui ne présenteraient pas cependant pour cela de garantie bien certaine et qui risqueraient un Jour ou l’autre de mettre en jeu la confiance légitime qu'ont aujourd’hui les capitalistes dans les conseils que leur donnent pour leurs prose nos grandes sociétés de crédit ?

Ce qu'ont peut dire toutefois, c’est que les établissements de crédit, parce qu’ils sont précisément à la fois banques de dépôts et banques d’affaires, ne sont pas très bien préparés pour aborder certains genres d'émissions, qui font courir des risques plus grands d’insuecès et, par suite, d’immobilisations. Ce sont les petits emprunts d’industries ou de commerces locaux, et aussi les créations d’entreprises nouvelles. Les emprunts de faible Importance, d’abord, répugnent un peu à nos grandes banques, parce que leur organisation merveilleuse ne se prête pas très bien à ces opérations: leur mécanisme, fait pour mar-

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cher en grand, est moins bien adapté quand il doit fonctionner à une vitesse réduite; sa mise en mouvement exige trop de peine et trop de frais pour qu’on puisse le faire aller pour si peu.

Les emprunts locaux, d’autre part, qui sont en général de faible importance, sans quoi ils rentrent dans le champ d’activité ordinaire de nos grandes banques de placement, ont, en outre, contre eux de n’avoir pas un marché assez étendu, à raison du caractère même des industries qui sont appelées à les contracter, et le manque d’autonomie des diverses agences dont les sociétés de crédit ont couvert le territoire fait qu’il est encore presque impossible aux banques de s’en occuper: ces titres ne peuvent pas intéresser, en effet, l’ensemble de leur clientèle. Enfin, si l’on examine l’ensemble des opérations de placement auxquelles participent chaque année les établissements de crédit, on constate la présence de nombreuses émissions de fonds d'Etats, d’actions, et surtout d’obligations de sociétés industrielles ou commerciales établies depuis longtemps et bien connues; mais on ne trouve, par contre, que bien peu d’émissions concernant de nouvelles “entreprises en voie de formation. Le chiffre en est insigmifiant et ce n’est que par hasard qu’on peut en découvrir quelqu’une dans la longue liste des émissions annuelles. Celles qu’on y rencontre sont le plus souvent, d’ailleurs, des émissions d’actions ou d’obligations de sociétés, telles que le Nord-Sud de Paris, le Gaz de Paris, la Compagnie parisienne de distribution d'électricité... qui exploitent en régie ou autrement un service public; on trouve aussi des créations de banques ; presque toujours, des raisons partieulières sont intervenues pour décider les sociétés de crédit à s'intéresser à ces affaires nouvelles. Les motifs de cette répugnance de nos grandes banques à se lancer vers la création des entreprises et à commanditer les industries qui ne sont pas encore bien assises et n’ont pas eu lé temps de se faire une réputation dans le public résident dans

l’aléa de pareilles opérations et dans la nature même des banques françaises de dépôts. Les émissions de sociétés inconnues, sur lesquelles on n’a aucun renseignement et qui n’ont point le privilège de jouir de l'illusion de beauté que donne l'éloignement de la situation géographique du centre d'exploitation, peuvent laisser les capitalistes absolument indifférents ou très incertains sur le parti qu'ils doivent prendre, de souscrire ou de s’abstenir. Le succès de l’opération est donc aussi très aléatoire et les banques doivent craindre de voir une partie plus ou moins importante des titres leur rester entre les mains. Or leurs engagements envers leur clientèle de déposants et de titulaires de comptes courants créditeurs leur défendent catégoriquement d’affronter un pareil risque et leur font un devoir de maintenir en état de disponibilité permanente les fonds provenant de ces opérations.

Il y a donc là une lacune dans notre système des banques de placement. Mais on ne peut en faire grief aux sociétés de crédit. On ne peut pourtant pas vouloir, en effet, qu’elles soient des banques à transformation et arrivent à satisfaire tous les besoins: c’est bien alors qu’on crierait au monopole! Elles ont étendu le domaine de leur activité d’une manière suffisante et satisfaisante ; elles doivent continuer dans cette voie pour donner satisfaction à ieur clientèle et contribuer activement après la guerre à l’élaboration d’une plus grande France économique et financière; mais il n’en reste pas moins vrai que certaines branches d'activité leur resteront à jamais fermées à raison de leur nature et de leur organisation, et qu’elles devront même veiller à s’en tenir constamment éloignées, si elles ne veulent point rompre avec les habitudes de prudence que leur ont imprimées leurs fondateurs. On peut conclure toutefois des constatations que nous avons faites ci-dessus qu’à côté des grandes banques et sociétés de crédit actuellement existantes, il semble bien qu’il y ait place pour de nouvelles catégories d'institutions bancaires. On

peut concevoir d’abord la création de grandes banques spéciales pour le commerce d’exportation, comme il en existe en Allemagne. On peut concevoir, d’autre part, l’existence de banques destinées à financer la petite et moyenne industrie et à s’occuper de la création des nouvelles entreprises de toute sorte. Certains échantillons de ces établissements se rencontrent déjà, d’ailleurs, dans l’Est de la France, en Lorraine: telle la Banque Renauld, de Nancy. On aurait pu croire un moment, lorsque fut constitué le Syndicat des banques de province, que c'était vers cette voie que le nouveau cartel allait diriger son activité. Il était, en effet, mieux à même que quiconque de donner son appui aux affaires locales, de s'intéresser aux moyennes émissions ne nécessitant pas une très longue préparation ni une mise en œuvre considérable, et d’étudier sur place les projets et devis des entreprises en voie de formation. Malheureusement, il n’en fit rien. À peine constitué, il ne songea qu’à faire concurrence aux sociétés de crédit et aux grandes banques d’affaires, en essayant, d’abord, de leur enlever certaines émissions, en s’efforgant ensuite de s’entendre avec elles pour le placement dans le public des emprunts dont elles se chargeaient, en se lançant en un mot sur la piste déjà courue par les institutions préexistantes. Un seul grand établissement, à l’heure actuelle, le Crédit mobilier français, eréé en 1902, semble vouloir s’écarter un peu du chemin suivi pour revêtir le caractère plus spécial de banque commerciale et industrielle proprement dite; mais il est à craindre qu’en se développant il ne se laisse, comme les autres, tenter par les vastes émissions de fonds d'Etats ou autres valeurs à marché étendu, toujours plus faciles à placer, parce qu’elles s’adressent à une catégorie de rentiers beaucoup plus nombreuse et variée.

On peut cependant concevoir, avec notre système actuel des grandes banques d’affaires étroitement unies aux sociétés de crédit, un moyen assez commode de commanditer

la moyenne industrie et d’assurer la création des entreprises nouvelles offrant de sérieuses garanties d’avenir. Ce moyen, ce serait la constitution d’omniums ou sociétés financières pour toutes les grandes branches de l’activité industrielle : transport, électricité, produits chimiques, etc. Ces omniums s’intéresseraient aux entreprises nouvelles faisant partie du champ d’activité qu'ils se seraient tracé, aideraient à leur création, interviendraient dans tous les actes de leur vie juridique ayant un caractère financier; ils constitueraient en quelque sorte un organisme intermédiaire entre la grande banque et la moyenne industrie, un organisme nécessaire, d’ailleurs, car il aurait les connaissances techniques voulues pour étudier les affaires et qui font défaut naturellement aux pures institutions de crédit; ces omniums acquerraient, d’autre part, un nom, une réputation, qui serait en vérité une sérieuse garantie pour le capitaliste quant à la valeur réelle des entreprises constituées.

Certains de ces omniums, à vrai dire, existent bien déjà, mais ils n’ont pas pris le développement qu’on aurait pu en attendre, à cause de la rareté des affaires nouvelles qu'ils financent: ils préfèrent ne créer que peu d’entreprises, mais les créer bonnes, pour s'intéresser à elles et participer à leurs bénéfices. C’est ainsi que, vers 1900, fut organisé par la Société Générale un omnium électrique, la Société Générale Electrique et Industrielle, & qui, disait le rapport du Conseil d’administration de la banque, est appelée à rendre aux entreprises industrielles, particulièrement aux entreprises électriques, qui se créent ou qui se développent sur tous les points du territoire, des services importants que nous ne pouvions leur prêter directement nous-mêmes, sous peine de surcharger notre organisation d’un service technique qui n’aurait pu s’y mouvoir aisément ».

Nous voyons donc, par les développements ci-dessus, que, si les grandes banques françaises actuellement exis-

tantes ne sont pas préparées d’une façon parfaite à aborder le crédit à la petite et à la moyenne industrie sous la forme d’émission d’actions ou d’obligations, divers procédés auraient pu assez facilement être mis en œuvre pour remédier à cette situation si le besoin s’en était fait sentir. Or rien, ou presque rien, n’a été fait dans cette voie jusqu’à ce jour: les banques nouvelles se sont détournées de ce champ d’affaires, parfois après avoir songé à se le réserver pour elles-mêmes, parce qu’elles n’y trouvaient pas un élément d’activité suffisant; d’autre part, les quelques sociétés constituées dans le but de s’intéresser aux entreprises industrielles de moyenne envergure et de les financer, ne se sont guère développées à cause du caractère défavorable du milieu économique dans lequel elles faisaient leur apparition. Il nous paraît donc, comme nous le disions plus haut, qu'il y a peu d’intérêt à comparer les proportions, en France et dans d’autres pays, des placements nationaux et des valeurs étrangères (1). Ces pro-

(4) Au cours d'une conférence faite au Liberal Colonial Club, en 1911, sir Edgard Speyer évaluait les capitaux anglais travaillant au dehors à 3.500 millions Z, soit quatre-vingt-sept milliards et demi de francs, dont la moitié environ aux colonies. D'après le Bankers Magazine, voici quelle avait été la part proportionnelle des valeurs anglaises, coloniales et étrangères dans les placements annuels du Royaume Uni -entre 1899 et 1909. En prenant les moyennes pour la période sexennale 1899-1904 et pour la période quinquennale 1904-1999, on constate que la proportion des placements en valeurs anglaises est tombée de57,2°/}, pendant la première période à 24,4 °/, pendant la seconde, tandis que les placements coloniaux passaient de 26 à 27,8 °/, etles placements étrangers de 16,8 à 41,8 °/,; malgré l'influence exercée pendant la première période par les besoins créés par la guerre boer, c'est là cependant une preuve manifeste que les disponibilités de l'Angleterre tendent aujourd'hui à s'employer de plus en plus à l’extérieur. C'est une conséquence du ralentissement de l'activité du commerce et de l'industrie dans ce pays, de la tendance à la stagnation qui se manifeste clairement, et l’on peut en tirer un argument en faveur de la thèse que nous soutenons, à savoir que la proportion des placements nationaux et étrangers dépend beaucoup plus de la situation

portions sont appelées à varier, en effet, suivant la masse annuelle des épargnes nationales disponibles, suivant l’état économique stationnaire ou progressif du pays considéré, suivant d’autres facteurs encore, tels qu’une politique d’étatisation à outrance ou de socialisme municipal, qui multiplie les emprunts de l’Etat, des départements ou des communes, ete... On ne peut inférer aucune conclusion de leur étude comparative. Nous nous contenterons donc de donner ci-dessous cette proportion pour la France seulement; son examen nous montrera la capacité des capitaux que nos épargnants pourront mettre à la disposition du pays pour le développement de son commerce et de son industrie, quand sonnera le réveil économique après la œuerre, et fera apparaître la masse énorme de notre épargne annuelle qui est obligée de s’expatrier à la recherche d’un emploi convenable au dehors.

Nous partageons avec l’Angleterre, pour ne parler que des grands pays, le privilège d’avoir un portefeuille de valeurs étrangères extrêmement considérable, On l’évalue

économique intérieure que de la politique des grandes banques d'affaires

Répartition proportionnelle des placements de capitaux anglais entre. 14899 et 1909

VALEURS o/ VALEURS VALEURS ANGLAISES COLONIALES ÉTRANGÈRES

memes | | ces | coméemmmmnmnmnmnnmmmnmms | | mm. | snnnenenenenene

| 1902 [569 Moyenne 57,2 EE moyenne ?6 189 moyenne 16,8 1903 |39 47 14 1904 |40, 29 21 1905 RSI PART 40 1906 | 30 22 48 1907 [25 ; moyenne 24,4 || 2? \ moyenne 27,8 || 53\ moyenne 47,8

à dei

pour l’Angleterre à 80 milliards de francs et pour la France à 40 milliards environ. Par rapport à l’ensemble de la fortune nationale, cela représente à peu près la même proportion dans les deux pays: on évalue généralement la fortune anglaise à 400 milliards de francs et la fortune française à 200 milliards environ. Par conséquent, dans les deux cas, le portefeuille de valeurs étrangères représente une proportion considérable de la fortune nationale, au moins un cinquième. Mais si, au lieu de considérer l’ensemble de cette fortune, on n’envisage que la fraction représentée par des valeurs mobilières, on arrive à une proportion bien plus forte et on trouve que, en France comme en Angleterre, c’est à peu près le tiers de la fortune mobilière qui consiste en valeurs étrangères.

Voici le tableau de la composition comparée de la fortune mobilière française à diverses dates, d’après la situation des valeurs admises à la cote officielle de Paris:

Tableaux

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