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-sur 120 à 130 milliards de francs de valeurs mobilières
possédées en propre par l’épargne française, une quarantaine de milliards, soit environ le tiers, sont représentés par des valeurs étrangères; une trentaine de milliards constituent la dette publique nationale, et 50 à 60 milliards se trouvent être des valeurs francaises diverses. Ces chiffres, d’ailleurs, n’indiquent pas grand’chose, à notre avis, et l’on ne peut raisonnablement les invoquer pour justifier la politique des sociétés de crédit en matière de placements ou pour la critiquer, au contraire. On ne pourrait prétendre, en effet; démontrer l’exagération des placements en valeurs étrangères qu’en prouvant la possibilité pour la partie de notre épargne ainsi utilisée de s’employer utilement et avec succès dans des entreprises françaises susceptibles de leur fournir la même rémunération d'intérêt. Or, s’il en était ainsi, il est évident que les épargnants se chargeraient eux-mêmes de liquider leurs engagements étrangers et d’opérer des arbitrages au profit des titres nationaux, car il est d’expérience constante qu'à égalité d’avantages, les capitalistes sont toujours portés à préférer les valeurs nationales aux exotiques. Ce sentiment se manifeste surtout dans les pays dont une partie de la dette publique est extérieure : il s’opère peu à peu, et à la faveur des événements, une nationalisation intégrale de la totalité de la dette. |
Aussi terminerons-nous cette étude des placements en valeurs étrangères en citant les paroles suivantes prononcées, au début de l’année 1914, par M. Paul Delombre, ancien ministre du Commerce, à la suite d’une conférence faite à l’Ecole libre des sciences politiques par M. de Lasteyrie, ancien inspecteur des finances, sur la législation fiscale et le mouvement international des capitaux: « Nous assistons, disait-il, à nne véritable guerre contre fe capital en général, et contre les valeurs mobilières en particulier. Or elle serait funeste, si elle pouvait durer, à la puissance matérielle, à l’influence et à la grandeur de
la France. Ceux qui, de bonne foi, sans croire combattre la propriété individuelle, poursuivent le titre au porteur, la valeur mobilière étrangère, les emprunts étrangers, ne se rendent pas compte des services que le pays en tire. Ainsi la France est créancière de l’étranger pour des sommes qui, chaque année, impliquent une rentrée de 2 milliards et demi environ. Pour effectuer un tel paiement, comment les pays débiteurs s’acquitteraient-ils s'ils n’avaient plus la possibilité de se libérer par la compensation que leurs emprunts opèrent? Se libéreraient-ils en marchandises? on se plaint de la concurrence des importations actuelles. Paieraient-ils en or? déjà, contrairement à une opinion très répandue, les entrées d’or sont énormes. L'année dernière, l’excédent des importations d’or en France sur les exportations a atteint 390 millions. Voilà le drainage de l’or!.. Donc, le seul moyen d’encaissement est la mise en portefeuille de titres nouveaux, qui augmenteront encore la masse de nos revenus et de nos créances sur l’étranger….
» Au point de vue politique comme au point de vue commercial, économique et financier, le pays a un avantage primordial à posséder un marché actif, un grand marché des capitaux et des valeurs, où les Etats, les banquiers, les capitalistes s’approvisionnent aisément, où les échanges internationaux et tous les arbitrages du monde se donnent rendez-vous, un marché régulateur des échanges, capable de faire face à tous les événements...
» Actuellement, d’après les statistiques dressées par M. Alfred Neymarck, il existe pour 850 milliards de valeurs mobilières dans le monde. Pour la plus forte part, ce n’est autre chose que la représentation de terres défrichées, d’usines construites, d’outillages perfectionnés, de voies de communication ouvertes. Qu'est-ce à dire sinon que l’acheteur d’une de ces valeurs acquiert et met en portefeuille une de ces richesses immobilières et, par le fait de la possession de valeurs étrangères, assure en quelque sorte à
son pays des souverainetés et des droits? Lutter contre l'expansion des valeurs mobilières, contre le mouvement international des capitaux, contre les grands marchés financiers, c’est aller à l’encontre du progrès humain. Tout Gouvernement conscient des conditions réelles du développement de la civilisation tiendra, au contraire, à favoriser cette formation de la richesse et, s’il se pouvait, à ménager à son pays la possession du marché le plus puissant, le plus envié parce que le plus libre. Tous peuvent rivaliser d'efforts en ce sens, et ce sera encore au profit du bien commun. Mais comment la France, qui était considérée naguère comme le réservoir des capitaux du monde entier, laïisserait-elle passer en d’autres mains cette force incomparable d’action et de crédit? »
Tableaux.
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