‹ Le Moratorium Des Dépôts En Banque Et Des Comptes CourantsChapitre 43 sur 49 · TENTATION · texte numérisé non relu

TENTATION

22 juil.|1er oct.| 3 déc.|22 juil.|1* oct.

Joct:|3 déc:

Portefeuille nercial 01.041 PRES 3.842 |+2.935|— 634

| AVANTeSISUAIILES MM E 7 | 78 es 782 |+ 140 |— 76 É LDOTAUXS 0e . .| 2.259 | 5.334 | 4.624 |+3.075|— 710

Pour mesurer l’importance des avances et des escomptes consentis par la Banque d’Angleterre, il n’est d’autre. moyen que de faire la différence entre le montant pour lequel ils figuraient au-bilan à la veille de la erise et le maximum qu’ils ont atteint depuis lors. Au 22 juillet, le chapitre des « autres valeurs », qui comprend le portefeuille commercial et les avances, se chiffrait par 840 millions de francs. Il s’est ensuite élevé progressivement jusqu’à 3.045 millions le 2 septembre, pour redescendre, après quelques variations, à 2.828 millions le 2 décembre. La dif-

A4) Revue d'Economie politique, novembre-décembre 1914, page 682.

222 LE MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE férence entre le point de départ et le maximum ressort ainsi à 2.205 millions de francs.

A la Banque de France, l’accroissement du « Portefeuille commercial », mesuré suivant le même procédé, a été de 2.935 millions : le 23 juillet, ce poste figurait au bilan pour 1.541 millions; il s'élevait à 4.476 millions le 1” octobre, et le 3 décembre on le retrouve à 3.842 millions. Pour

que la comparaison avec la Banque d'Angleterre soit tout

à fait exacte, il faut tenir compte également des « Avances sur garanties », qui ont passé de 718 millions le 23 juillet à 858 millions le 1” octobre et à 782 millions le 3 décembre. L’accroissement total des crédits ouverts par la Banque de France, depuis le début de la guerre, a donc été de 3.075 millions au maximum.

Il apparaît done.que la Banque de France a donné son concours au marché pour une somme plus considérable que la Banque d'Angleterre. Mais il ne faut pas oublier d’avoir égard à divers facteurs qui expliquent facilement qu’il en ait été ainsi et pourquoi il devait en être ainsi: . notre situation financière et budgétaire qui inspirait peu de confiance (il est vrai qu’en Angleterre la situation politique n’était pas meilleure); notre situation militaire, beaucoup moins brillante que la puissance maritime britannique; l’envahissement de notre frontière du Nord, l’avance des Allemands sur Paris, l’occupation d’une partie étendue de notre territoire; enfin la mobilisation de tous les hommes valides en France, comparée au système des engagements en Angleterre. Ce concours de la banque centrale n’a rien, d’ailleurs, qui puisse nous étonner, puisqu’il était prévu de tous et mis en œuvre assez fréquemment à toutes les périodes de crise et de resserrement du marché de l'épargne à court terme. C’est, comme nous l’avons maintes fois répété, une des conditions essentielles qui permettent aux banques de dépôts de. fonctionner comme elles l’ont fait jusqu'ici. Peut-on dire que ces banques ont abusé de cet appui et ont trop fait appel aux res-

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sources de l’institut national d’émission pour satisfaire à leurs engagements? Nous ne le pensons pas. En face, en effet, des sommes impressionnantes pour lesquelles on voit figurer le portefeuille d’escompte dans les bilans des grandes sociétés de crédit, l’augmentation importante subie par le portefeuille d’effets de la Banque de France ne nous paraît représenter que l’exercice normal de la faculté de réescompte dans des circorstances aussi tragiques que celles de la fin de juillet 1914.

Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que, dans l’état actuel de notre organisation financière, la Banque de France représente un des chaïînons les plus importants, constitue pour notre édifice bancaire une sorte de clef de voûte et qu’elle ne saurait, sous aucun prétexte, se dérober à ses obligations envers les autres établissements de banque du pays sans mettre immédiatement en jeu par là même la solidité de tous ces établissements et la possibilité pour eux de remplir leurs engagements envers leur clientèle. Il n’est pas à craindre, à vrai dire, que la Banque vienne jamais à refuser son appui aux sociétés de crédit et autres institutions similaires parce qu’elle se sentirait au-dessous de sa tâche et redouterait de voir mettre en question la valeur de ses billets et le crédit de sa signature; mais, et c’est malheureusement ce qui est arrivé, la Banque peut avoir un autre rôle à jouer, un rôle purement extraordinaire et passager, un devoir qu’elle ne saurait refuser de remplir parce qu’il touche à l'intérêt le plus sacré de la patrie, à la défense nationale. Dans ces conditions, ses deux obligations auront tendance à se contrarier l’une l’autre, car la Banque voudra conserver l'intégralité presque complète de ses ressources pour mettre à la disposition du Gouvernement la presque totalité de son crédit. C’est ce que nous avons vu se produire en France: la ruime du marché financier, le découragement des gros capitalistes, la méfianee de la petite épargne obligèrent le ministre des Finances de se réserver prudemment le concours de la

Banque nationale sous forme d’avances à l’Etat pour faire face aux dépenses de guerre en attendant que le calme se rétablisse et que les capitaux se décident à reparaître. Voilà pourquoi on s’est plaint que les banques aient trop pressuré l’établissement central d'émission. Maïs on peut dire, malgré tout, que ce n’est point elles qui ont fauté en s’adressant à la Banque de France, car cette aide est logique, naturelle, nécessaire, mais bien le Gouvernement qui à eu tort de ruiner lui-même son crédit pendant la paix et de s’acculer à demander, en cas de guerre, une assistance presque honteuse à un établissement privé d’émission. Car on ne peut faire que, dans son principe, la Banque de France soit la banque de la République, et non la banque des banquiers!

Nous donnons à titre documentaire le tableau comparatif de la situation de nos trois plus grands établissements de crédit respectivement au 31 mai 1914 (époque normale) et à la date d’établissement du premier bilan de guerre; on pourra ainsi se rendre compte des modifications subies par les divers postes du bilan à la suite des hostilités :

Tableaux.

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La guerre et son influence sur les divers postes des bilans

de nos trois plus grands établissements de crédit

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