‹ Le morne au diable, drame en sept tableauxChapitre 46 sur 97 · RUTLER, PATRICE · texte numérisé non relu

RUTLER, PATRICE

RUTIER.

Je t'ai devancé au rendez-vous.

PATRICE

C'est qu'à mcsure.que l'instant décisif approche, je Buis saisi d'une sorte de crainte et d*hésitation.

RUTLER

Hésiter, craindre, loi qui as montré dans cette poursuite tant d'implacable persévérance!

PATRICE

Ecoutez, colonel ; je suis un de ces Ecossais qui, l'eues au service, au culte d'une famille, vivent pour l'aimer, pour la proléger ou la venger. J'étais près de mon maîlre, de lord Sidney, à la bataille de Rridgewater, quand, levant avecleduc de Monmouth, l'étendard de la liberté contre Jacques II, il fut obligé de céder au nombre et de se réfugier en France avec sa fille, miss (Vngèle. Deux mois après, je retournais à Londres avec ui, je l'accompagnais jusqu'au seuil de la tour où le )rince était prisonnier, et un mois plus tard, j'attendais

encore lord Sidney, quand je vous ai vu, quand vous m'avez dit qu'il avait péri par une infâme trahison ; je vous ai promis que nous le vengerions, et aujourd'hui, je suis prêta tenir ma promesse, mais à ce moment suprême, j'ai besoin que ma haine soit encore affermie.

BUTLER

Que veux-tu de moi?

PATRICE

Vous e'tiez épris de miss Angèle?

RUTLER

Oui, je l'aimais de la passion la plus ardente.

PATRICE

Comme toutes vos passions; vous avez toujours eu de la haine pour le prince, duc de Monmouth,quecepandant vous n'aviez jamais vu.

RUTLER

Oui, je le haïssais parce que je savais qu'il aimait Angèle; oui, je le hais, parce qu'il a conduit lord Sidney à la mort !

PATRICE

Et cette mort, vous en êtes bien certain? Vous me l'attestez sur l'honneur?

RUTLER

J'atteste sur l'honneur que, chargé parle roi Jacques de faire exécuter dans la tour de Londres, pendant la nuit, la sentence qui condamnait à mort le duc de Monmouth, on amena devant moi un prisonnier qui, enveloppé d'un grand manteau, et couvert d'un large feutre, monté sur la plate-forme de l'échafaud, là, il se mit à genoux sans prononcer une parole, sans faire un geste, et tendit le cou à !a hache, La tête bondit, roula à mes pieds, et avec horreur, je reconnus les traits de lord Sidney !...

PA1RICE

Lâche Monmouth!

RUTLER

Et pour amener lord Sidney au sacrifice de sa vie,

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