‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 117 sur 232 · LES FORMES AGRICOLES I · texte numérisé non relu

LES FORMES AGRICOLES I

i° Plantes sarclées — fumure chaulage comme dans le premier cas :

2« Blé ;

3° Trèfle :

[\° Avoine ;

5° à Q° 3 à 5 ans de prairies temporaires.

Ce procédé a l'avantage sur le précédent de ne pas présenter paille sur paille, puis la prairie restant plus longtemps sur le sol, l'amortissement des frais d'ensemencement se répartit sur un plus grand nombre d'années. Les prairies temporaires ne peuvent subsister aussi longtemps que dans les sols froids, granitiques ou porphyriques du Haut-Morvan. Les pâtures dans ce second type d'assolement ne sont jamais fauchées. Les animaux y sont mis dès le début de la belle saison et y restent nuit et jour, tant que l'herbe n'est pas complètement tondue : ils passent alors dans la pâture suivante qu'ils consomment de la même manière.

Dans les deux cas, la culture est conduite de manière à faire rendre le maximum aux plantes fourragères et aux grandes céréales : l'avoine et le blé. Sur les rebords de la cuvette permienne, une propriété moyenne de cinquante hectares ensemence annuellement 12 hectares en blé et 6 en avoine. Dans le Bas-Morvan, à La Rochemillay, à Luzy. cette proportion atteint ï/j hectares en blé et 8 en avoine. A Quarré-les-Tombes, le blé entre pour un tiers dans l'étendue des champs cultivables. Dans le Haut-Morvan (arrondissement de Chàteau-Chinon), la proportion est la suivante : blé : 2/6 ; avoine : 1/6 : pommes de terres : 2/6 ; seigle et plantes fourragères : 1 6.

Le sarrazin n'est plus conservé que sur les sols très inclinés, sur les terres où l'épaisseur de la couche arable est trop faible pour qu'on y puisse utiliser le chaulage. Il ne fait jamais partie des assolements. Dans le canton de Luzy, où il était cultivé sur de larges surfaces, il a été insensiblement éliminé. Les laboureurs assurent que la chaux lui est contraire. Cependant, autour de Chateau-Chinon, il entre encore pour 1/10 dans la proportion des céréales. La navette a eu le même sort. Elle entretenait jadis les nombreuses huileries du Morvan, elle a disparu insensiblement depuis la mise en œuvre des voies ferrées : Luzy. Autun, Saulieu ne pratiquent plus cette culture. Elle a persisté autour de Lormes et de Chateau-Chinon, dans les communes du Haut-Morvan où les communications ne sont pas encore aisées.

L'orge autrefois classée comme la première des cultures d'hiver, tend également à disparaître. On ne la retrouve plus que là où les progrès agricoles n'ont pas encore complètement établi les nouvelles

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méthodes, là où les bois et les prés occupent la majorité dans le territoire des communes. Dans le canton de Château- Ghinon, elle csl encore inscrite à la statistique pour i 2G hectares, dans celui de Lormes pour 2i3 hectares, clans celui de Montsauchc pour 26 seulement1.

Le seigle tenait, avant le chaulage, le premier rang dans la culture morvandelle, bien que son rapport n'était que de k à 5 pour 1. Usuellement, et bien que ce produit soit monté à 10 pour 1 , le seigle n'est plus largement représenté que dans le canton marécageux de Liernais, où il occupe /|5o hectares sur 8010 hectares en terres labourables et dans celui de Montsauche, un des plus arides du Morvan, où il détient 1 860 hectares sur 12 590. Comme le sarrazin, l'orge el le seigle, céréales des pays pauvres, ne font presque jamais partie des assolements. Le laboureur a réservé ses bonnes terres, ses engrais, ses amendements, à l'avoine et au blé, céréales à grands rendements.

L'avoine réussit très bien en Morvan. Elle arrive dans les pays froids, à prendre une extension presque aussi grande que le blé. Lormes ensemence 2/120 hectares en avoine contre 2 5/jo hectares en blé. Montsauche possède 2 loo hectares en avoine contre 2 700 en blé. Son rendement, égal à celui du blé dans le canton de Chàteau- Chinon (10 pour 1). lui est supérieur à Saint-Prix (i(i pour 1 en avoine contre 1 1 pour 1 en blé), à Rouvray et à Saulieu (1 (j contre i 5 ). Enfin, plus lourde que celle des bas-pays, elle est très estimée en Auxois et en Bazois. Elle est particulièrement cultivée dans les communes voisines des marges. Le canton de Quarré-les-Tombes en exporte d'assez grandes quantités sur les marchés de la Terre-Plaine. Sa culture surpasse celle du blé : 1 800 hectares contre 1 65o en blé.

Le blé fut connu de tout temps en Morvan. Les Eduens en constituèrent ù Bibracte de grands approvisionnements3. En 1177. Hugues de Lormes dota la maladrerie de Saint-Lazare (l'une rente de 02 boisseaux de froment, pris sur les moulins banaux de la ville8. Le- terrés morvandelles dans la possession des ducs de Bourgogne produisaient du blé. En i347> 'a c ' 1 ii I < * 1 1 0 1^ î 0 de Glenne en vendit pour 107 livres l3 deniers, le domaine de Houssillon-en-Moi \ an pour 287 livres neuf sous et quatre deniers1. Sa \ente était très rémunératrice. Sur les marchés d'Autun, le prix de la mesure variait au xvme siècle entre 02 et 65 smis soil à peu près le double

:. Ces chiffres el les suivants sonl extraits de la statistique agricole, 1905. V. ausssi Ministère de I agriculture : / /'/'.

». D'Arbois de Jubainville : / j 1 , p. 8a.

.''«. Billaud : tg5, p. ao.

'1. Fyol : /<<"ii archives de la Côte d'Or : B. 18a3 :.< ig3i.

LES FORMES AGRICOLES loi

des prix modernes'. Aussi celte culture fut-elle de suite essayée par les laboureurs cjui avaient adopté le chaulage à son apparition. Les rendements, qui étaient à L'origine de '\ à 5 pour i, sont montés dans ces dernières années à : 7 pour 1 à Chàteau-Chinon (granité) ; à 10 pour 1 à La Rocheniilhn (granité); à 11 pour 1 à Saint-Prix (porphyres et tufs porphyriliques) : à 1 ô pour 1 à Saulieu et Rouvray-en- Morvan (placages liasiques) ; à 16 pour 1 à Précy-sous-Thil aux confins du Morvan. Ce rapport n'atteint pas encore celui de la ferre-Plaine qui est de 18 pour 1 (Epoisses). Le blé du Morvan est plus lourd que celui du plat pays. Cette qualité lui assure une prime de 5o à 7.") centimes par sac sur tous les marchés: Les semences du pays froid sont recherchées sur les marges. Leur rendement augmente dans les pays chauds. Les rendements en paille varient de 10 quintaux par hectare sur les mauvais terrains à 26 quintaux sur les bonnes terres du Lias. Le Morvandeau utilise toute sa paille pour son bétail: dans les communes voisines des marges, où l'élevage est plus développé, il est même obligé d'en importer.

Il semble donc que le blé, en Morvan, ne montre pas cette horreur de l'humidité qui arrête sa croissance en d'autres régions. L'espèce la plus commune est le blé de Tartarie, à graine dure et tardive. Semé en novembre, presque sous la neige, il accumule pendant l'hiver l'humidité dont il aura besoin pendant les sécheresses de l'été. Les époques de sa végétation, de sa floraison, de sa maturité, sont en retard sur celles des marges, et d'autant plus que les champs sont plus élevés en altitude. A Planchez, dans le canton de Saint-Léger-sous-Beuvray, l'époque de la moisson est en retard de trois semaines sur le Bazois : à Chàleau-Chinon de quinze jours ; à Lormes et à Montsauche de douze jours seulement. Par contre, à Luzy. il y a avance de quatre jours sur le Charolais. Il n'y a presque pas d'écart (à peine un ou deux jours) entre les cantons de Saulieu et de Liernais avec l'Auxois d'une part ; entre le canton de Ouarré-les-Tombesavecla Terre-Plaine de l'autre. Les différences dans les dates du calendrier rustique assurent au laboureur un peu plus de bien-être, car elles lui permettent tous les ans d'aller gagner moisson dans les bas-pays avant de remonter dans le haut-pays pour travailler ses terres (PI. XV).

Les landes.

Les landes ont été longtemps une des causes de la mauvaise renom-

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