I. — L'ÉVOLUTION DE LA PROPRIÉTÉ Les communautés taisibles
A l'origine, le Morvan lut la terre des grands domaines et des entreprises collectives. Les abbés des monastères, les chefs des subdivisions territoriales, s'étaient établis, à la fin de l'occupation romaine, sur les abords du Morvan, à la limite inférieure des bois. Plus tard la permission accordée aux évêques, aux abbés, aux nobles et généralement à toutes les personnes libres de posséder des fiefs, amena cette foule de seigneurs subalternes, dont le nombre fut tel en Morvan que chaque paroisse compta souvent jusqu'à six maîtres1. Les parties les plus stériles tombèrent dans le domaine seigneurial. La féodalité accrocha ses châteaux massifs au soin met des crêtes d'où elle dominait le pays, près des immenses forêts où elle chassait sans relâche. Partout où les bois n'ont pas été détaillés par suite de la baisse du prix de la moulée, les domaines forestiers sont encore dans la possession des descendants de ces vieilles familles. Au début du xvic siècle, il n'y a point, écrit Guy Coquille, de terre sans seigneur dans le Morvan, « et chacun est seigneur dans tout le ressort, sur teste et col, vent et prairie, tout est à lui, forest chenue, oiseaux dans l'air, bote au buisson, cloche qui roule, onde qui coule2. »
Dès le XIIe siècle, les abbés des monastères, puis deux siècles après les seigneurs moins riches, tentèrent le défrichement des énormes étendues boisées qui constituaient la plus grande partie de leur richesse foncière. Ils introduisirent des colons, leur donnèrent des terres moyennant une rente annuelle de deux sous par journal :t el la dîme de toutes les céréales, à raison d'une gerbe sur vingt. Ces colons lui eut nombreux au moment de l'exploitation de la grande sylve médiévale. On a retrouvé leurs traces dans tout le Massif Central,