L'ÉVOLUTION DE LA PROPRIÉTÉ
dans les Ardennes, sur le Massif schisteux rhénan et dans les Vosges1. Le consortage du pâturage alpin n'est qu'une forme de cette coutume. Le mir et le zadrougaàes Slaves, encore très vivants, proviennent des mêmes nécessités-. En Morvan, ces groupements furent appelés communautés taisibles, car le contrat qui liait le propriétaire aux tenanciers ne résultait d'aucun écrit ; il n'avait pour hase que la parole donnée. Mais les conditions mêmes de la concession obligeaient les défricheurs à s'associer. En effet, le domaine n'était attribué au colon que sa vie durant ; il devait faire retour à la seigneurie, s'il ne laissait pas de parents ayant vécu en communauté de pain et de sel avec lui sur ces terres. De là l'habitude entre les membres d'une même famille de s'unir pour faire valoir en commun les biens concédés, de manière que l'héritage ne revînt jamais au seigneur ou à ses hoirs. Le domaine devint un fonds inaliénable dont nul ne pouvait s'attribuer personnellement les revenus 3.
Au surplus. « selon l'ancien établissement du ménage des champs en ce pays, plusieurs personnes doivent être assemblées en une famille pour démener ce ménage qui est fort laborieux et consiste en plusieurs fonctions en ce pays qui de soi est de culture malaisée ; les uns servant pour labourer et pour toucher les bœufs, animaux tardifs, et, communément, il faut que les charrues soient tirées de six bœufs, les autres pour mener les vaches et les juments en champs, les autres pour mener les brebis et les moutons, les autres pour conduire les porcs. Ces familles ainsi composées de plusieurs personnes, qui toutes sont employées, chacune selon son âge, sexe et moyens, sont régies par un seul, qui se nomme maître de la communauté, élu à cette charge par les autres, lequel commande à tous les autres, va aux affaires qui se présentent en ville ou es foires et ailleurs ; a pouvoir d'obliger ses parsonniers en choses mobilières qui concernent le fait de la communauté et lui seul est nommé es rôle des tailles et subsides. Par ces arguments se peut connaître que ces communautez sont vraies famille et collège, qui, par considération de l'intellect, sont comme un ceps composé de plusieurs membres ; combien que les membres soient séparez l'un de l'autre ; mais par fraternité, amitié et liaison font un seul corps » v.
Ces associations persistèrent après la Révolution, malgré le Code
i. Maury : n5, p. 21 ; Meitzcn : iyj, III, p. 578 et Boule, le Puy-de-Dôme, Paris, !\In>son, 1901, p. 1 53.