Dupin : i'nj, p
qui, disait A. Young1, ne fait pas un si bon effet que les chapeaux de paille de l'Alsace ». Pour le costume des femmes, fait de l'éternelle bouëze et coupé avec plus de rudesse encore que celui des hommes, il se composait essentiellement d'une jupe et d'un tablier, dont la longueur était célèbre au loin :
Petites filles de Cliàteau-Cliinon.
Petites morvandelles,
Trousse/, belles, votre cotillon, 11 est si long qu'il traîne2.
Comme dans toute la France, les voies ferrées, en tuant les industries locales, ont fait disparaître les costumes parfois si pittoresques. Le haut-de chausses, la culolte à genoux, s'est changée en pantalon, la veste domairc tridaine s'est raccourcie en veste à la hussarde, la monaeale devante à Lavette des femmes est devenue tablier ordinaire. Seuls ont persisté la bliau.de (la blouse) et le sabot. En même temps <pie les métiers à foulon ont disparu les chenevières qui entouraient les maisons et les longues veillées où se tissait la bouëze. Les grandes blanchisseries, orgueil du hameau des Paquclins, ont émigré vers les villes. Les peu les des vieilles collines ne se couvrent plus au soleil du printemps dos grandes pièces de toile que l'on arrosait de l'eau limpide du ruisseau le plus pioche.
Les tanneries.
Les tanneries, si prospères au xvin" siècle, sont encore représentées dansleMorvan au contactdcs bons pays. Malgré que le sabot fût la chaussure populaire et, pour le paysan aisé seulement, le sabot recouvert d'une peau de mouton ; de tout temps, l'industrie des cuirs a été facilitée sur le massif ancien par la possibilité de se procurer à bon compte le tan. la chaux, l'huile de navette et les peaux. Au xvm' siècle, Wallon et Rouvray exportaient les cuirs jusqu'à Paris; Autun et Saulieu jusqu à Dijon et Lyon3. Lormes possédait 3 tanneries. Château-Ghinon \. Wallon g, Saulieu et Autun chacune 22. Les enquêtes de l'an III nous ont laissé des rapports détaillés sur ces industries '. Elles employaient surtout les peaux de veau, de
1 . \ . ^ oung : ■• fo, I. p, 183. ■ I >'• < lhambure : / 5o, p. 2i3.
~.i\;irv : /.'/'/• Il- p- 1670.
vache et de bœuf. Les moutons ne donnaient que peu de cuirs. Ils entraient à Autun pour i 8e des produits; à Saulieu pour i i3e, à A vallon pour i/l\. Les peaux tannées provenaient généralement de l'élevage des contrées calcaires. A Château-Chinon, à Lormcs, le cuir de mouton était très rare. Les matériaux le plus fréquemment usités étaient le tan, la chaux et le sumac ; Lormes cependant n'utilisait que le dégras, l'huile et le sel.
L'industrie périclita avec les grandes guerres de la Révolution et de l'Empire. Les manutentionnaires réquisitionnèrent les bestiaux : plusieurs tanneries furent obligées de fermer leurs portes. La situation empira au xixe siècle, quand le développement des voies ferrées permit aux marchés des grandes villes de s'approvisionner directement dans le Bazois, l'Auxois et la Terre-Plaine. Les tanneries du Morvan furent dépourvues presque complètement de matières premières. Actuellement, le travail des peaux n'est plus représenté qu'à Luzy, qui fait surtout avec l'Allemagne un commerce d'écorces et de tan, à Saulieu, où trois fabriques occupent près de 3oo ouvriers, et surtout dans le groupe Avallon-Cousin-Le Pont. La rivière du Cousin fait marcher trois moulins à tan et trois tanneries. Mais Château-Chinon, Corbigny. Lormes, Moulin s-Engilbert, ne possèdent que quelques corroieries et mégisseries sans importance.
Ce sont presque toutes les industries du pays. Lormes a une manufacture de chapeaux dont la vente ne dépasse pas le canton ; les huileries de Luzy pressent la navette du Bas-Morvan et les noix du Charolais ; l'imprimerie et la brasserie de Château-Chinon suffisent à la consommation du Haut-Morvan. Le flottage demeure l'industrie la plus active du massif ancien. L'argent, qui n'est point rare, se cache ; il se réserve pour l'achat des ouches ou des prés. Le Morvandeau se refuse à utiliser les immenses ressources de houille blanche que déversent les flancs déchiquetés de ses vieilles montagnes (PI. XVI).
Les carrières et les mines.
Bien que l'industrie minière ait fait des progrès constants dans son voisinage, il semble que le Morvandeau ne se soit pas préoccupé des richesses de son sous-sol. Il est assez remarquable que la gigantesque carrière de pavés, de pierres à bâtir, de dalles pour trottoirs, que forme l'ensemble du Morvan, demeure inutilisée en dehors des besoins locaux. Les petites villes du massif ancien méprisent la roche morvandelle. Autun et Château-Chinon font venir pour leurs trot-
loirs la lave de Volvic ; le Palais de Justice de Chàteau-Chinon est construit en calcaire du Bazois. A part Rouvray et Saulieu, qui envoient leurs gneiss granitisés jusqu'à Paris, on peut dire que les carrières du Morvan sont complètement délaissées. Les ouvriers se contentent de tailler à ciel ouvert les blocs qui affleurent dans les champs et les forêts voisines. Les paysans, pour construire leurs chaumières, s'en tiennent aux pierres arrondies, éparses au milieu de l'arène,, semblables aux durons de la Vendée. C'est ainsi que la granulite des forets Chenue, de Saint-Prix et de Breuil, les gneiss et les gneiss granitisés des forêts de Saint-Léger et du Brénil, les tufs porphyri: tiques des bois de Glaine, ne sont utilisés que pour les besoins locaux. Certains centres, soit par la qualité de la roche moins friable, soit par l'habileté de quelques ouvriers spéciaux, ont su acquérir une renommée qui ne dépasse pas les limites du canton. Pour les granités, Château-Chinon, Planchez. Sainte-Péreuse, Vauclaix ; pour les granulites, Cussy-en-Morvan, Moulins-Engilbert, Arleuf, Saint-Léger-de-Fougeret ; pour la microganulite, Montsauche et Dhun-les-Places ; pour les porphyres, Montreuillon et Veaumery (près Poussignol-Blismes) ; pour les orthophyres et les tufs, Anost. Blanost, Lucenay-l'Evêque ; pour les gneiss granitisés, Liernais. Saulieu, La Motte-Ternant ont une réputation toute morvandelle. Car, ce n'est jamais l'excellence de la roche qui est recherchée, mais la modicité du prix. Et l'on a généralement avantage à prendre à pied-d'œuvre la pierre à bâtir, quelle qu'elle soit. C'est ainsi que, malgré leur beauté, des marbres restent inemployés à Cussy-en- Morvan, à Planchez, à Villapourçon , à La Rochemillay et à Champrobert (commune de Chiddes).
Par ailleurs, les énormes dépôts de feldspath contenus dans le granité et la granulite morvandeaux n'ont jamais fourni que deux dépôts de kaolin, l'un près de Champrobert, l'autre près de Grandry. Les tentatives d'exploitation ont été insignifiantes. Seule, la fabrique de poteries communes de Saint-Honoré a acquis une certaine célébrité, qu'elle doit aux sables et graviers de Chagny pris dans le Bazois voisin '.
Les régions voisines des marges ont été l'objet d'exploitations minières plus importantes. En attendant que les voies économiques eussent introduit en Morvan les ardoises angevines et dauphinoises, des tuileries se sont ouvertes Bur toute la périphérie pour fournir la toiture des nouvelles demeures. Ainsi se -ont établies au voisinage
i. Binct : iq6 et Comoy : sn.'i, p. 27.