‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 157 sur 232 · Moreau : 726, chap. iv · texte numérisé non relu

Moreau : 726, chap. iv

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On y fabriquait des chapeaux à larges bords comme les vieux en portent aujourd'hui encore, des tissus pour limousine, et la bouëze, un drap grossier, mi-partie chanvre, mi-partie laine, d'une épaisseur d'un demi-centimètre, qui servait à confectionner la chaude veste d'hiver.

Les machines à foulon ressemblaient un peu aux moulins à tan. Deux lourds madriers, actionnés par un arbre de couche recourbé en forme de vilebrequin au centre, retombaient tour à tour, à coup mort, dans une auge bardée de fer où se plaçait le tissu fabriqué à domicile dans des caves étroites. La préparation était également des plus simples : on répandait au fond de l'auge un lit de terre argileuse, extraite de Saint-Martin-de-la-Mer, près Saulieu, puis on garnissait la pièce de bouëze, préalablement roulée de la grandeur de l'auge. On la mettait alors sur la première couche d'argile, on amenait là-dessus un filet d'eau gros comme le bras et les deux madriers se mettaient en mouvement. Pendant trois jours et trois nuits, le tissu était roulé en tous sens dans cette bouillie d'un nouveau genre ; cependant, afin d'éviter l'usure au même endroit, toutes les 6 ou 7 heures, on arrêtait le foulon pour retourner la toile. Quelquefois, on ajoutait à l'argile un peu de savon gras pour activer le dégraissage. Ce travail de trois jours, qui ne demandait pas une grande surveillance, était payé quatre sous le mètre. Un bon ouvrier pouvait gagner i!\ à 3o sous par jour. Lefoulage terminé, la pièce d'étoffe était sortie une dernière fois de l'auge, lavée à grande eau. séchée, puis repliée soigneusement1.

Ce tissu, d'une solidité à toute épreuve, qu'un usage journalier aux durs travaux de la campagne ne parvenait à entamer qu'au bout de longs mois, avait l'inconvénient de se râper assez vite et de présenter, principalement à la place des plis, des plaques grisâtres peu agréables au coup d'œil. Il servait à la confection de la vêture morvandelle ; étriquée et sans ampleur, elle a conservé, jusqu'au temps des chemins de fer. la même forme depuis le xvne siècle. Le paysan portait une veste à manches, appelée chemisette et par-dessus une domaire (dalmatique), grand habit à la Louis XIV, dont les pans descendaient carrément sur le devant jusqu'à mi-jambes. La coillure, pour les hommes, était le chapeau de feutre noir, tantôt avec trois cornes, tantôt avec une seule, formée par le retroussis de deux côtés, le troisième demeurant rabattu pour l'opposer au vent ou à la pluie2. Les femmes portaient une coiffure analogue, « ce

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