LE ROLE DE LA FOUET DANS LES PEUPLEMENTS
Montsauche, où les roules militaires n'accédaient pas, le massif ancien était pénétré, les populations s'établissaient dans les essarts de la grande foret.
La colonisation autour des abbayes et des châteaux.
La civilisation romaine avait fait de profondes saignées dans les bois touffus ; mais, au début du moyen âge, les invasions et les guerres locales « en détruisant la culture, firent renaître les balliers qu'elle avait extirpés ' ». Les débuts du moyen âge virent l'anéantissement complet des nombreuses villas installées avec tant de peine à l'intérieur du pays. Leurs habitants se réfugièrent dans les villages et les hameaux groupés autour de la résidence fortifiée des grands propriétaires, ou dans les vastes enceintes des monastères. Ici comme là, ces populations étaient perdues pour une colonisation future. Les possesseurs du sol tenaient d'autant plus à leur droit de suite sur leurs paysans que la main-d'œuvre était rare. Enfin, les hautes murailles dont il fallait entourer les villes pour les préserver du pillage en même temps qu'elles contribuaient à leur insalubrité, arrêtaient leur développement. Chateau-Chinon, A vallon, Corbigny, Lormes, Cervon, Luzy, Moulins-Engilbert, Pierre Perthuis, la Roche-en-Brénil, la Rochemillay, Saulieu, étaient le mieux placés pour commencer la conquête des nouvelles cultures, mais elles se trouvaient resserrées entre des murs trop étroits déjà pour leur propre population. Au xe siècle, le Morvan était fort peu habité, surtout vers le centre. Les pionniers colonisateurs devaient venir du dehors appelés par les abbés. Seuls, les grands ordres religieux avaient osé pousser, à la limite de la forêt, de petites chapelles et quelques prieurés qui devinrent par la suite le siège d'autant de paroisses rurales. Ceux de Saint-André-lès-Luzy, de Sémelay, d'Avrée, de Saint-Christophe, de Cbâteau-Chinon, dépendaient de l'abbaye de Cluny. Ceux de Commagny, de James, de Saint-Martin-d'Avallon. de Sommant et de Thil-sur-Arroux relevaient de l'abbaye de Saint-Martin-d'Autun. Ceux d'Anost et de Moux étaient dans la dépendance du monastère de Saint-Symphorien de la même ville. Ceux de Brassy. de Saint- Honoré, de la Vallée, de Vanoise, avaient été fondés par les bénédictins de la Charité-sur-Loire. Le prieuré de Montreuillon était une filiation de l'abbaye de Saint-Martin-de-Ne-
i. de Foville : 161, If, j>. Gi.
240 LES AGGLOMERATIONS
vers. Ceux d'Abon et de Poussignol-Blismes étaient possédés par L'abbaye de Saint Léonard-de-Gorbigny, celui de Bar-le-Régulier
dépendait de l'ordre de Saint-Augustin. Celui de Saint-Léger-de- Fougerel était à la collation de l'abbé de Sainte-Magdeleirte-de- Vézelay. Enfin, ceux de Quarré-les-Tombes, de Saint-Germain-de- Modéon, de Sainte-Magnance, de Saint-Marc, appartenaient à l'abbaye de Moutiers-Saint-Jean1. Ces établissements religieux constituaient lavant-garde des groupements humains, à l'exception des châteaux isolés sur les crêtes, dont le nombre était des plus restreints. C'est de cette ligne que devaient partir les colons pour reconquérir la forêt. Elle était redevenue impénétrable depuis la disparition de la société Gallo-Romainc, les révoltes militaires et les exactions des grands qui avaient marqué les débuts du moyen âge. La masse nomade et flottante des aventuriers et des malheureux que la Société charriait à sa surface entre le ixe et le xi1 siècles s'agglutina autour des monastères et des châteaux. Dans le principe, celle population, venue des quatre coins de l'horizon, est rattachée par des liens multiples, politiques et religieux, économiques et domaniaux, au couvent qui s'efforce d'être l'âme de l'agglomération entière" ; ce n'est que progressivement et très tard que ces peuplements prirent conscience d'eux-mêmes, acquirent des droits, devinrent corps de ville ou commune et refoulèrent la seigneurie monastique. Mais, à l'origine, le couvent est seul assez riche pour payer les travailleurs. Jusqu'au xe siècle, les habitants avaient été groupés sous l'autorité des curés, dans le voisinage immédiat d'Autun où résidait l'évêque et dans les vallées tributaires de l'Arroux. Les groupements les plus extrêmes étaient sur le Ternin : Chresey-en-Morvan ; sur la Selle : Petite- Verrière ; sur le ruisseau de Verrière : Grande-Verrière; sur l'Arroux : Thil-sur-Arroux ; sur l'Alêne : Luzy, centre religieux et administratif presque aussi ancien qu'Autun (vc siècle). L'afflux des c.dons au \n'' siècle permit de constituer le plus grand nombre des paroisses morvandelles. Sur 72 communes du Morvan nivernais et avallonnais, [\o ont des églises qui datent du xr" et xn* siècles, 2 sont du \in'. [O du XVe, <) ^^ wi', IO sont modernes ou n'ont aucun caractère :. Dans le Morvan bourguignon, plus facilement accessible, la majorité des paroisses remonte au sie siècle. Entre ces agglomérations importantes, les moines fondèrent des granges. Le mot