Vidal de Lablache : 18g, p
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sistent sur Le sol jusqu'en mars, ils créent dans les vallées un feutrage ('pais de brouillards qui n'esl pas sans influence sur les gelées de printemps. C'csl la crainte du paysan :
Brouillard en mars, ( ii ■]<'■(• en mai '.
Ccpendanl les pluies ne sonl guère plus fréquentes en hiver que dans les autres saisons. Le mois de fé\ rier constitue même un minimum pluviométrique. C'esl une période plus douce au milieu de la rigueur de l'époque. Au\ vents froids du Nord succèdent pour quelques jours à la fin de janvier les vents chauds du Midi. A ce moment de l'année, il n'esl pas rare de voir verdir les feuilles du groseiller:
l'Vm ré, é beau d l'ouvré,
A laiche tojo lai feulhe au grouzalé.
Parfois les arbres abrités laissenl pointer leurs premiers bourgeons. Le voyageur qui traverse alors le Morvan peul croire à une prompte éclosion des feuilles el des fleurs. Mais le printemps, pour le Haut-Morvan, esl encore 1res éloigné. Les bas pays, la cuvette permienne, plus abrités des vents, sonl moins échauffés par ceux du Midi qui soufflent alors; leurs bourgeons ne se gonflent pas. El cependant leur végétation esl quinze jours à trois semaines en avance sur celle des hauts pays. Quoi qu'il en soit, février esl un repos dans I hiver inclément. Les paysans commencent à entrevoir le printemps. Il» font d<» vœux pour son retour prochain:
A la Saint- Vincent (22 janvier).
L'hiver monte ou descend.
Malheureusement, l'hiver le pins souvent continue de monter; les travaux de La terre demeurenl impraticables. Les pluies, quand elles n entraînenl poinl dans Les fond» La mince couche de terre arable. transforment le sol en boue. L'humidité favorise les insectes, Les mulots et les mauvaises herbes, mais interdit les Labours el les fumures. La gelée soulève, égrène l;i terre et la rend semblable à du sel. Elle déracine les pousses tendres des jeunes blés. Le bétail maigrit dans lo étables trop étroites, nourri d'un fourrage où les genêts ;i balai et les fougères entrent pour La plus grande part. Seuls les bois donnent du travail. Sur les Bommets des collines, la forêt
i l.i- proverbes Boni empruntés ;'i >l<- Cbambure: i5o.
LE CALENDRIER RI STIQUE Ta
éclaircit ses peuplements. Ses arbres transformés en moulée sont descendus aux ports des rivières. Enfin, autour de son héritage, le paysan façonne ses haies à la manière de ses ancêtres.
En hiver, le climat du Morvan est un climat de montagne : il ressemble à celui du Massif central. La saison est dure aux malheureux. Tous ne mangent pas à leur faim. Ce n'est qu'aux beaux jours du printemps qu'ils trouveront du travail, qu ils se procureront les ressources nécessaires à la vie.
En hiver, qui perd sa place la perd.
C'est là un dicton de pays froid, demauvais pays.
Le Printemps.
Le printemps est chaud et court. Il arrive tard et brusquement. La température est aussitôt très élevée. La moyenne journalière est de 2 2° à 2 5° à l'ombre et à midi ; mais on a noté aussi 2 5° fin mai à Quarré-les-Tombes, à Châleau-Chinon et à Arleuf. Les variations journalières sont également plus fortes. Une amplitude journalière de iq° est chose courante. Aux confins du Morvan, dont le climat ressemble à celui de la Terre-Plaine et de l'Auxois, les oscillations ne sont pas négligeables. A A vallon, à Précy-sous-Thil, on a enregistré, en mai, des différences de i5°et même de 2O0. L'apparition des premiers bourgeons se ressent du prolongement des températures rigoureuses. Ils sont plus précoces près des marges, sur la Zone bordière, où le soleil réchauffe le calcaire du substratum : ils apparaissent dans la première semaine de mars à Saulieu, Rouvray, Précy-sous-Thil ; seulement dans la dernière semaine du même mois sur le Bas-Morvan, à Luzy, la Rochemillay, Ghissey-en-Morvan, Quarré-les-Tombes, Lormes ; enfin plus tard encore, dans la première quinzaine d'avril, dans le Haut-Morvan, à Ghâteau-Chinon, et Glux-en-Glaine. La feuillaison suit la même progression. Les premières feuilles paraissent à Saulieu et à Rouvray à la fin de mars ; à Luzy, à Chissey-en-Morvan, à Quarré-les-Tombes et Lormes vers la fin d'avril ; clans le Haut-Morvan au commencement de mai. Si les lilas fleurissent presque en même temps que sur les marges, les bouleaux ne commencent à se teinter de vert qu'au commencement d'avril, les chatons des saules apparaissent plus tard encore : les chênes et les hêtres ne portent leur première frondaison que
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dans la première quinzaine de mai. Entre Dijon el Saulieu, la différence d'altitude est de 271 mètres, el le relard de la végétation alteint dix jours; entre Nevers et Ghâteau-Chinon, la différence des altitudes est de /j23 mètres et le retard de la végétation atteint seize jours1. En moyenne on peut établir qu'en Morvan. les bourgeons cl les premières feuilles sont en retard de 1 5 jours sur les essencesimilaires des marges. Les travaux des bois sont toujours terminés dans le bas-pays depuis longtemps, quand ceux de la forêt morvandelle durent encore. Vers le milieu d'avril seulement, les charbonniers, les éeorcheurs et les bûcherons allument les feux avec les hordes, les feuillages qui constituaient leur cabane. Un mois. après le commencement astronomique du printemps, le bourdon fait entendre son ronron, (le prolongement de l'hiver est préjudiciable à toute la sylviculture. Bien souvent jusqu'en mai, les chaleurs se heurtenl ;i la gelée. Les cerisiers, les erriottiers, les pommiers lieurissent avec exubérance au début des chaudes températures printanières : mais ils portent raremenl des fruits nombreux et savoureux. Les derniers froids arrèlenl leur développement et. quand ils subsistent, il- soûl ridés avant d'être mûrs. Nulle part plus qu'en Morvan les Saints de glace (1 1-1 3 mai) ont une influence si néfaste.
Au printemps commencent les pluies. Le paysan les attend avec impatience, car elles sont toujours bienfaisantes; elles marquent la fin du froid et de la gelée :
Plcue d'Aivri el rousée d'mai A aillon pu qu'ehairiot d'roué.
Les grandes averses tombent en juin dans le Ilaut-Morvan, plus lard, fin juillet, dans le Bas-Morvan près de L'A val Ion nais. Entre les grande- précipitations qui marquent le printemps el la rigueur de 1 hiver qui se prolonge lard, le paysan n'a pas de temps à perdre. Il lui faut aménager les prés qui récevronl le bétail à la fin d'avril ou au commencement de mai, suivant la température : il lui faut surtoul préparer les champs qui recevront les semailles de printemps, les tremiers. Dans ces terres maigres, légères, où l'épaisseur d'humus est infime, bous un climat toujours rigoureux et qui varie brusquement, le retard d'un jour dans les ensemencements peut être préjudiciable pour la récolte de toute l'année.