‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 53 sur 232 · Angot : 60, p · texte numérisé non relu

Angot : 60, p

A la Saint-Georges (^3 avril) Sème ton orge.

A la Saint-Marc (a5 avril), Il est trop tard.

La persévérance du froid est particulièrement malfaisante pour le massif ancien. Les avoines se sèment en mars, clans la Terre-Plaine; en avril, à Quarré-les-Tombes, à Luzy et à Lormes. Les blés de mars devraient s'appeler blés d'avril dans le Bas-Morvan. Dans le Haul- Morvan, ils sont complètement inconnus. Le sarrazin ne se sème qu'en juin à Chissey-en-Morvan. Sur le massif ancien, la pomme de terre ne se plante que dans la première quinzaine de mai. La brièveté du printemps serait pour le Morvandeau un grave inconvénient s'il exploitait de grandes fermes. Mais il est surtout petit propriétaire. Le retard de la végétation sur celle des pays calcaires qui l'environnent lui est môme utile. La succession des climats suivant 1 altitude lui permet, une fois son ouche et son champ ensemencés, en attendant la maturation complète de ses céréales, de se rendre dans le bas pays, de s'y louer pour la fenaison ou la fauebaison, d'amasser quelque argent en y gagnant moisson.

L'Eté.

L'été est sec et chaud. Sa durée est normale. La concentration de la chaleur dans les vallées est souvent pénible. Au milieu du jour, tandis que sur les bailleurs l'air est encore frais, dans les bas-fonds la température est parfois insupportable. Cependant, elle dépasse rarement 3o° avec des amplitudes qui oscillent autour de io°. Ces chiffres n'ont rien d'excessif, d'autant plus que la transition du printemps à l'été est très douce. C'est la sécheresse et non la chaleur qui rend la saison fatigante. Juillet, août et septembre sont parmi les mois de l'année les plus pauvres en pluie. Après février, septembre marque un second minimum pluviométrique. Au Ilaut-Folin, il tombe en été moins du quart des précipitations annuelles. Cette proportion augmente en descendant vers les bas pays. La sécheresse estivale s'est accentuée dans le Morvan depuis ioo/i. Elle semble plus accusée que dans les parties moins élevées du bassin de la Seine. Point d'eau, point d'herbe, et les prés entrent pour une bonne part dans l'économie rurale. ( Test le désastre de l'élevage. Le sol imperméable du Morvan, s il n'est drainé par de nombreuses diaclases, est propice au ruissellement et à l'évaporalion de l'eau.

78 LE CLIMAT

Dans ces sols peu profonds, légers, i5 jours sans précipitations font aulant de mal qu'une sécheresse d'un mois sur 1rs terres compactes des marges. Cependant, un été sans eau favorise la venue de la pomme de terre, la treaffe. Sur les marges, les (erres calcaires se rétrécissent, se fendillent, le tubercule dépérit. Sur le massif ancien, il trouve toujours sa nourriture dans la fine poussière de l'humus. Sous ce rapport, les années sans pluies ne sont pas complètement mauvaises pour le Morvandeau. Elles lui permettent de regagner par les hauts prix qu'atteignent ces précieux légumes une grande partie des perles qu'il su hit sur l'élevage et la récolte des céréales.

L'été est la saison des orages. La chaleur solaire, augmentée par la réverbération sur une roche souvent dénudée, provoque des ascensions d'air chaud. La fréquence de ces phénomènes n'est pas >ans intérêt au moment des travaux champêtres. Cependant, ils sont les hienvenus. Ce sont les seules pluies qui tombent sur le sol avant les grandes précipitations de l'automne. Tout le souci du laboureur consiste à encadrer ses occupations entre les averses. La prédiction du temps prend ici une importance singulière. Les dictons sont nombreux qui prévoient la pluie :

Quand le temps est trop gai le soir, il pleut le matin;

et aussi :

An -en-ciel le matin Abreuve le moulin.

L'été est la saison des grands travaux de la terre. Les ouvriers des bois ont abandonné la forci: les bœutiers, les galvachers sont partis in Picardie avec leurs attelages, les champs concentrent tous les efibrts du p;i\ san.

Dan- le Bas-Morvan, la date de la fenaison est la Saint-Jean (a4 juin), car on n I habitude de laisser pâturer au printemps la majeure partie sinon la totalité des prés de fauche. Les prés qui ne sont pas mangés au printemps Boni une exception. Cette habitude est nécessitée par I étendue des pâtures qui esl trop restreinte pour la quantité du bétail à nourrir. La fauchaison de- trèfles précède ion jours celle de- loin-. Les travaux de- champs suivent aux diverses altitudes les époques de la végétation. Lu/\ pour la fenaison est en

avance de quelques jours -iw Chiddes, La Rochemilla) cl Millaj ; Saulieu et Rouvraj précèdent d'une semaine Quarré-lés-Tombes et

Chissêy-en-Morvan. Les foins sont l'objet d'une seule coupe. Les prés y sont maigres, l'herbe courte, le regain est inconnu. La fauchaison à Roussillon-en-Morvan, ù Saint-Prix, à Arleuf, a lieu à la fin de juillet, souvent au commencement d'août, six semaines après qu'elle est terminée dans le bassin de l'Alêne et aux confins de I" Vuxnis et delà Terre-Plaine. La persistance de l'hiver, la précocité des pluies d'automne, resserrent l'une contre l'autre la fenaison el la moisson. Le paysan ne connaît pas de repos entre ces deux

Fie. i3. La moisson du blé1.

(Les courbes réunissent les lieux où la moisson se fait à la même date : 200 — rg juillet, 20I1 — 2 3 juillet, etc.).

grandes époques de l'agriculture. Ce sont généralement les mêmes ouvriers qui fauchent et qui moissonnent les mêmes terres.

La date de la moisson (fig. 1 3) s'échelonne du 16 juillet à la fin d août. L'avoine est récoltée avant le blé. Depuis les amendements et le chaulage, le blé s'est accommodé sur le massif ancien de la rigueur des hivers, grâce à la chaleur des étés. Cependant, sa floraison est tardive. Elle a lieu en Bazois, sur la Terre-Plaine, en

1. Renseignements tirés des enquêtes locales et de : Angol, Ann. Bar. Centr. met., Mémoires, 1892, p. i5o.

au LE CLIMAT

Auxois, dans la première semaine de juin ; mais Luit jours plus lard à Lormes, Quarré-les-Tombes el Saulieu, cl à la fin du mois seulement à Arleuf, Chàlcau-Chinon et Glux-en-Glaine. L'époque de la moisson se trouve retardée d'autant. Le i5 juillet est une date moyenne à laquelle l'altitude fait subir de nombreuses corrections. Dans la vallée de 1 Alêne, dans l 'Avallonnais, sur les terres plus chaudes de la Zone bordièredés placages basiques, les récolles sont en gerbes au commencement d'août, c'esl parfois au commencement de septembre que les derniers grains sont engrangés. La sécheresse parmi tant de désavantages a eu au moins pour cflels utiles de l'aire disparaître les mulots et de tuer les mauvaises herbes. Si les pluies d'octobre ne sont pas en avance, le laboureur utilise le temps qui lui reste pour donner un premier travail à ses champs desséchés par la rigueur de l'été.

Labour d'été vaut deux labours d'automne.

L'Automne.

L'automne est court et très humide. Il arrive aussi brusquement après lélé que leprintemps après l'hiver. Les températures moj cimes oscillent autour de i5° en octobre. Les écarts quotidiens dépassent souvent 19° comme en avril et en mai. Le malin, les brouillards fréquents couvrent de leurs teintes grisâtres les fonds des prairies. Tandis que le soleil illumine sur les hauteurs les dernières frondaisons de la foret, une masse de vapeurs condensées, blanches comme la neige, ensevelit la vallée qui s'\ déroule en contre-bas. Les villages disséminés dans l'étendue ne marquent leur place que parla mince spirale de fumée bleuâtre qui s'échappe de leurs toits ou parles pointes des clochers qui piquent à travers celle nappe opaque vers l'azur déteint du ciel d automne. Le soleil brille lard, mais son intensité à midi est souvent doublée par l'absence de nuages. Quelque temps avant son coucher, il éclaire des panoramas dont la profondeur se double dans la pureté de l'air. C'est le bon moment des ensemencements. Il faut Be hâter, car c'est aussi l'époque des maxima pluviométriques. La terre fraîchement remuée a tendance à couler dans les bas-fonds. Le temps des gelées el des neiges n'est pas éloigné. La gelée est mauvaise pour le grain confié à la terre. Mais la neige est nourricière. Elle étend sur le> nouveaux labours un manteau d humidité confortable. Elle n'es! pas brutale connue

la pluie, elle mouille lentement et continuellement. Le paysan la voit venir avec espérance :

An de nei<?e, an de bien.

La crainte des gelées fait arrêter les emblavures. Les ensemencements de seigle se font dès le mois de septembre, mais la plupart du temps, les labours succèdent à la récolte des pommes de terre et sont retardés par les pluies d'automne. Les paysans estiment que les meilleurs blés sont ceux qui sont semés de bonne heure pour cire assez forts au commencement de l'hiver à l'époque des grandes «relécs. Là encore, l'altitude a son influence retardatrice. Dans le Haut-Morvan, où le blé l'ait suite aux pommes de terre, les derniers ensemencements ont parfois lieu au commencement des avents, tandis qu à la fin d'octobre, les travaux sont déjà terminés sur les confins de la Terre-Plaine. Pressé par l'hiver qui arrive vile, le paysan est affairé dans la multiplicité des travaux agricoles qui lui incombent. Le balivage de ses bois, la mise à 1 élable des animaux en novembre avant les gelées sérieuses, alternent avec les ensemencements et les foires, dont c'est la grande époque. Grains de semaille, provendes d'hiver, vente des bœufs de joug, acquisition de nouveaux sujets que l'on veut mettre à l'herbe avant l'hiver, achat de jeunes porcs, marchés de bois, tels sont les problèmes économiques qu il aura à résoudre au moment des jours les plus courts de l'année, avant que la terre s'endorme pour un temps. Puis, à la vie au grand air, à l'effervescence des transactions, succèdent le repos de la chaumière, les histoires des veillées et la lecture des vieux almanachs, jusqu'au moment où le cours du soleil ramènera les saisons meilleures et avec elles les mômes travaux et les mêmes peines.

Un hiver âpre et long, un printemps chaud et court, un été sec et moven, un automne bref et humide, telles sont les caractéristiques du climat morvandeau. Par beaucoup de points, il ressemble au climat du bassin de la Seine. Mais l'hiver, il a une grande affinité avec le climat du massif central. A ce point de vue, au un mis le iMorvan a des airs de montagne1.

i . AnL'ot : ï>8.

Llvainvilik. — Le Morvan.

3 a répartition des '-aux. — I. Los eaux d'alimentation ; les sources ; les puits. — II. Les eaux stagnantes; les marais et les tourbières; les étangs. — III. Les rivières et leur utilisation ; le régime des rivières ; l'utilisation de la force hydraulique.

De grandes précipitations atmosphériques, des terrains imperméables donl la structure finale tend vers la pénéplaine, imposent an Mon an un réseau hydrographique 1res chevelu cl qui se complique encore d'une infinité de marais, d étangs, de tourbières. « Le pays, écril Vauban, est fort entrecoupé de fontaines, ruisseaux ri rivières, mais tout petits, comme étant près de leurs sources1. » Au dehors, les canaux qui entourent le massif ancien sont alimentés, en partie, avec les eaux morvandelles: canal de Bourgogne, canal du Centre, canal du .Nivernais, canal latéral à la Loire, en attendant la mise en (liant 1er réclamée par les conseils généraux du canal Puisayc- Morvari2. Dans le Morvan même, les sources, les étangs, les rivières demeurent un des traits fondamentaux du paysage. Le ruissellciiiiiii des eau\ sur les cotes, qu'elles ne cessent de polir, leur dissémination à travers la campagne qu'elles fertilisent, la buée scintillante qu'elles évaporent aux rayons du soleil, imprègnenl la nature d'humidité et donnent aux hameaux, épars parmi les bois, le glacis bleuâtre des v ieus tableaux

Dan- mu' année moyenne, les roches éruptives ou anciennes du Morvan laissent écouler sur leur surface 76 pour 100 de la pluie tombée ( \ \ pour 100 dan- la saison chaude ; 98 pour 1 00 dans la

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