r. h. V . O1 IO
L'Yonne et la Cure régularisées par leurs étangs onl un débit semi artificiel. Le Cousin el le Serein sont plus livrés à eux-mêmes. La topographie des contrées où les rivières prennent leur source a également une grande importance. L'Yonne, grossie dès son début par la retenue des étangs de Belle-Perche et par de nombreux ruisseaux. s'échappe presque aussitôt entre le Grand Montarnu el les roches de Monlsaulnin, vers le fond qui sépare les crêtes limites de la cuvette de Ghâteau-Chinon à l'Ouest et celle d'Arleuf à l'Est. Aussi, prendelle de suite une allure torrentielle. La Cure, au contraire, ainsi que le Cousin, circulent d'abord à de faibles pentes, à travers des étangs. Elles ne se précipitent en torrent qu'en pénétrant à travers les rides des plissements alpins. En conséquence, les crues ne se comportent pas delà même façon. Celles de l'Yonne proprement dite suivent immédiatement les précipitations qui se sont produites sur les sommets de son bassin, et elles cessent avec elles. Mais la rivière d'Arleuf, la Houssière, le Chalaux. la Cure, recueillent au contraire pendant quelque temps les eaux pluviales dans des poches successives, dans les cuvettes nombreuses qui constituent leur haut bassin. Ces réservoirs remplis, la crue relardée se produit avec d'autant plus de violence et se soutient d'autant plus longtemps que le goulet d'échappement est plus fortement en pente, plus éloigné et plus étroit. Les crues du Cousin sont les plus puissantes et les plus tardives parce que le goulet qui leur livre passage est très distant du début de la rivière et qu'il s'étrangle en gorges resserrées el tortueuses entre le Moulin Join et Pontauberl.
Les tenues différentes des eaux morvandelles sont de grande importance non seulement pour le régime de la Seine, qui ne reçoit des affluents torrentiels que du massif ancien, mais aussi pour la navigation de 1 Yonne supérieure, qui constitue avec son svstèmc annexe de canaux, entre Paris. Lyon el la Méditerranée, une voie d'eau de premier ordre. Les ruisseaux du Gàtinais et de la Puisave n'ont qu'un débit très irrégulier et sans influence sur celui de l'Yonne. Les hautes eaux du fleuve restent subordonnées surtout à celles de ses affluents principaux : la Cure, le Cousin, le Serein et l'Armançon. Les crues annoncées à Sens sont évaluées par le service hydromé- Iriquc des Ponts el Chaussées au moyen d'observations faites sur 1 Yonne à Clamecy, sur le Cousin à A vallon, sur l'Armançon à Aisv'. Les crues de la Cure arrivent dans l'Yonne en avance dune
i. Manuel : 82, p. 1S0; Lemoine et Lefèburc de Fourcy : 80, p. 33 it V. des Ponts et < lhaussées : 7/.
94 LES EAUX DANS LE MILIEU II l MAIN
demi-journée sur celles de la rivière principale ; celles du Serein cl de l'Armançon sont au contraire en retard. En septembre 18C6, du 22 au 24, il tomba sur le bassin supérieur de lionne entre 81 et 1 5 1 millimètres de pluie. L'Armançon, à Aisy, débita 800 mètres cubes à la seconde : le Serein, à Guillon. 5oo mètres cubes ; la Cure, à Saint-Père. 5oo mètres cubes ; lionne, à Clamecy. 000 mètres cubes: soit au total 2 3oo mètres cubes pour un bassin de 3 5 1 1 kil. carrés. Cependant, la Seine, dont le bassin n'a pus moins de 43270 kil. carrés, n'a débité à Paris que 1 25o mètres cubes parce que les crues ne sont passées que successivement. Pour qu'il y eût grande crue à Paris, il eût fallu que les pluies eussent duré 3o lieures de plus, le 25 et le 26 septembre. Belgrand. qui se trouvait aux confins de la Bourgogne et du Morvan, constata que les affluents les plus violents avaient atteint leur maximum le 24 septembre et qu ils étaient rentrés, le 26 au malin, dans leur lit1. En général, les eaux du Morvan arrivent à la Seine 12 à 18 heures après leur passage à Gravant. En crue, elles passent à Paris trois jours et demi après avoir quitté le massif ancien. Les crues de l'Yonne, les i4 et i5 février 1876, arrivent le 18 à Paris ; la Seine monte de 2m,jb. La crue du 28 février arrive le 2 mars. Le i3 mars, lionne à Clamecv monte à 2,n,io ; le Cousin à Avallon marque im.()4 et ce n'est que le 17 mars que la Seine atteint sous le pont d'Austerlitz la cote de 6m,6Q a : soit une vitesse moyenne de cinq kilomètres et demi à l'heure.
Cependant, des vallées profondes à pentes raides, un sol imperméable et souvent dépouillé de ses parties meubles, une nappe aquifère qui dissémine les sources et rend les régimes des cours d'eau très dépendants du climat, imposent à l'hydrographie morvandelle des crues brusques, «ourles et fréquentes. Le fait qu'aucun reste de la faune du quaternaire n'a été retrouvé dans le bassin morvandeau <1<' l'Yonne, tandis qu ils sont nombreux dans tout le bassin de la Seine, montre assez que la chasse d'eau très violente ne se prêtait pas au dépôt et à la conservation de la matière organique3. La Cure et le Cousin, encaissés eu d'étroites vallées déboulent rarement, bien que les eaux fluviales ruissellent facilement sur l<- substratum imperméable. Dès que la pluie cesse, les sources sonl trop faibles et trop mal alimentées pour soutenir l;i crue qui
1. Belgrand : 76, p. taoel V.. des Ponts et Chaussées : ;/. |>. 6aii. ■a. Allard : 6g, p. 63i .