‹ Le mot et la choseChapitre 16 sur 56 · HONNÊTE HOMME — HOMME DE BONNE COMPAGNIE — ESPÈCE — MALOTRU — COQUIN · texte numérisé non relu

HONNÊTE HOMME — HOMME DE BONNE COMPAGNIE — ESPÈCE — MALOTRU — COQUIN

en avaient. L'honnête homme était alors, à peu de chose près, ce que nous appelons, en notre langue, un homme de bonne compagnie ; et il n'y avait que les hommes de cour, en ce temps-là, qui fussent ou qui crussent être de bonne compagnie.

Il est vrai qu'à esprit égal, c'est Duclos qui le remarque en son livre des Considérations, les hommes de cour avaient un avantage sur le commun des hommes, celui de s'exprimer en meilleurs termes et avec des tours plus agréables. C'était, dans un homme qui n'avait pas l'honneur d'être né, une preuve d'esprit ou, tout au moins, d'éducation que de s'exprimer bien ; pour l'homme de la cour, c'était une nécessité. Il n'employait pas de mau-

A première condition, pour être réputé honnête homme au XVII® siècle, c'était d'avoir de la naissance, ou, du moins, de vivre sur un pied d'égalité avec ceux qui

vaises expressions, parce quMl n'en savait pas. Le sot de la ville disait sottement ses sottises ; le sot de la cour les disait encore avec élégance.

Il y avait donc des sots à la cour ? Pourquoi non r il y en a toujours eu partout! et tout homme de cour n'était pas un honnête homme. Il fallait encore, pour prendre rang parmi les honnêtes gens, posséder uue certaine instruction générale, qui mît en état de parler sur tous les sujets, sans en approfondir aucun, de peur d'ennuyer son monde et de tomber dans le pédantisme ; il fallait une certaine grâce légère d'esprit et de conversation, des manières aisées, également éloignées de la hauteur qui repousse et de la familiarité d'où naît le mépris; une attention exacte et sans apprêt à observer toutes les convenances ; en un mot, l'usage du monde, et du plus grand monde. L'honnête homme était un composé délicat et charmant des qualités les plus propres à rendre aimable le commerce de la vie entre gens de condition.

Le mot n'a point encore changé de sens au XV 1 1 1 ° siècle ; mais déjà des protestations s'élèvent. Duclos, le moraliste brutal et caustique de ce temps, dit sans façon que la bonne compagnie est indépendante de l'état et du rang ; qu'il ne faut pas plus la chercher à la cour que dans la bourgeoisie ; elle se trouve parmi ceux qui pensent et qui sentent, qui ont les idées justes et les sentiments honnêtes. Il y a, dans ces deux dernières lignes, une définition, sinon toute nouvelle, au moins plus large de Vhonnête homme. Penser bien et parler juste, tout est là pour Du-

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