LA SOCIÉTÉ. 2Ô
fort embrouillées et exigeaient une main d'homme. Mon ami quitta résolûment la basoche et reprit la maison de son père.
— Aujourd'hui, ajouta-t-il, tout va bien, je gagne beaucoup d'argent, j'ai acheté à ma mère une petite propriété où elle vit heureuse à nourrir des lapins et des poules; j'ai doté mes deux sœurs et les ai mariées, comme elles le désiraient, l'une à un professeur du collège, l'autre à un employé du télégraphe; elles sont de la société, et moi, je n'en suis plus.
Je pris la parole à mon tour et lui contai ce que j'avais vu dans un méchant bourg de Bretagne, où j'ai vécu six mois. J'habitais dans la même maison qu'une pauvre femme, veuve d'officier, qui vivait très maigrement de la maigre pension de retraite que lui avait laissée son mari. Elle avait une fille de dix-huit ans qui n'était ni bien jolie, ni bien spirituelle, et qui attendait, en se brodant des manchettes et des cols, le moment de coiffer sainte Catherine. Mais toutes deux se consolaient : elles allaient dans le monde ; elles étaient de la société, A côté de ces deux dames demeurait un marchand de grains qui faisait de bonnes affaires. Il voyait la jeune fille tous les jours ; il s'en éprit et la demanda en mariage. Elle le refusa net ; non point qu'il y eût rien à dire contre lui; il était d'une figure agréable, et passait pour un homme intelligent et probe; mais il n'était pas de la société. Elle a épousé depuis un employé de l'octroi ; elle mange toute l'année des pommes déterre, et a
l'inestimable avantage de danser trois fois par an à la mairie. Elle est de la société.
Dans une ville de trente mille âmes, un préfet, homme d'esprit, avait invité à ses grands bals trois ou quatre des principaux commerçants de Pendroit. Les dames de la société se coalisèrent pour faire bande à part ; l'une d'entre elles refusa de danser devant ce qu'elle appelait une marchande; et ce fut la femme du préfet qui, pour éviter un scandale, fit vis-à-vis. Ce fait paraîtra sans doute peu croyable à des Parisiens ; je l'ai vu pourtant, et je suis sûr qu'il est bien peu de gens qui, après une année de séjour en province, n'aient pu être témoins de scènes pareilles.
On m'assure que ces préjugés reculent tous les jours et finissent par disparaître. Je le souhaite; car la province y perd plus qu'elle ne saurait le croire. Ce sont eux qui entretiennent ce goût des jeunes gens pour ce qu'on appelle si niaisement les professions libérales, et couvrent la France d'aspirants fonctionnaires ; ce sont eux qui font que, dans une petite ville, où tous les gens comme il faut devraient se serrer les uns aux autres contre l'ennui, qui est l'ennemi commun, il s'établit trois ou quatre salons qui se détestent et ne veulent pas se voir. Avec ces préjugés tombera le mot qui les représente, et nous ne regretterons pas le jour où il n'y aura plus, d'un bout à l'autre de la France, que de la bonne compagnie.
L est difficile de définir l'amour, disait un moraliste au commencement du xvii^ siècle. « Ce qu'on en peut dire est que, dans Tâme, c'est une passion de régner; dans les esprits, c'est une sympathie ; et dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce qu'on aime, après beaucoup de mystères. »
Je crois bien que La Rochefoucauld a rassemblé dans cette spirituelle définition tous les éléments dont se compose l'amour. Mais le rang et l'importance qu'il attribue à chacun d'eux ont plus d'une fois varié dans le courant des siècles. Il en est de l'amour comme de toutes les choses de ce monde : il est un et changeant. Les traits généraux qui le constituent persistent toujours les mêmes à travers les révolutions des âges; mais il a ses accidents de physionomie qui le modifient suivant les lieux, les temps et les hommes, et qui en renouvellent incessamment l'aspect.
Il est clair qu'il y eut des époques où l'on tint fort peu de compte, en amour, de la sympathie dans les esprits, où ce désir de posséder la personne que l'on aimait ne fut si caché ni si délicat que La Rochefoucauld veut bien le dire, où la femme ne fut guère pour l'homme qu'un instrument de volupté.
Le moraliste du xvii*^ siècle n'a défini que l'amour de son temps. Tout le monde sait qu'alors ce qu'il nomme si ingénieusement une envie de posséder n'occupait, dans la passion, que la dernière et la moindre place. Il était du bel air de la cacher, de l'envelopper en quelque sorte d^un subtil brouillard de sentiments raffinés; on levait les mystères l'un après l'autre et d'une main délicate : les écarter d'un seul coup eût marqué l'empressement le plus odieux et le plus brutal. C'était le siècle, on s'en souvient, où la belle Julie faisait languir quatorze ans le plus honnête homme du royaume, M. de Montausier. Quatorze ans de mystères, cela ne paraissait point trop long à ces amants modèles.
— Eh quoi ! s'écriait mademoiselle Cathos, débuter' par où l'on finit d'ordinaire, et commencer par le mariage I
Quelques femmes avaient encore renchéri sur ces subtilités. Elles prétendaient tout uniment supprimer de l'amour ce dernier point^ qui leur semblait une insulte à la pudeur de leur sexe. Elles voulaient être de purs esprits; du corps, il n'en était plus question. On se rappelle les théories d'Armande dans les Femmes savantes :
Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée
Du commerce des sens nette et débarrassée !
Et vous ne goûtez point dans ses plus doux appas,
Cette union du cœur où les corps n'entrent pas î
Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière,
Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière ;
Et pour nourrir les feux que chez vous on produit,
Il faut un mariage et tout ce qui s'en suit.
Ah! quel étrange amour ! et que les belles âmes
Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes!
Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs.
Et ce beau feu ne veut que marier les cœurs.
Comme une chose indigne il laisse là le reste.
C'est un feu pur et net comme le feu céleste ;
On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs,
Et l'on ne penche point vers les sales désirs.
Rien d'impur ne se mêle au but qu'on se propose.
On aime pour aimer et non pour autre chose.
Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports,
Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait des corps.
C'est une folle qui parle ; mais cette folie n'était qu''une exagération des idées du temps. La Rochefoucauld semble demander grâce pour le corps ; les précieuses le supprimaient. C'était l'esprit d'un siècle qui était profondément chrétien.
Le christianisme s'est toujours défié de la matière. Il n'a pu l'anéantir complètement ; il l'a presque réduite à rien. Il lui a bien fallu admettre le mariage et tout ce qui s'ensuit. Mais il a ouvertement enseigné, ou du moins il a fait entendre qu'on en devait proscrire cette
enine de posséder, qui s'adresse uniquement au corps. Il l'a déclarée éminemment dangereuse, et quand il a voulu désigner d'un mot les personnes qui en étaient travaillées, il est allé chercher dans la langue latine un terme qui enfermait une idée de péril; il a dit d'elles qu'elles étaient lubriques.
Il ne faut pas croire que le mot lubrique eût alors le sens répugnant qu'il a pris de nos jours. Il ne s'en dégageait point encore cette engloutissante odeur de sacristie que nous y sentons d'une façon si désagréable. Lubrique n'avait d^'autre signification que celle qu'il tenait de son étymologie ; il voulait proprement dire : glissant (lubricus). Quand Boileau parlait
De tous ces lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa des sons de sa musique,
il entendait uniquement par ce mot lubrique ce que nous exprimons, dans la langue contemporaine, par le terme hasardeux. Dire d'une personne qu'elle était lubrique, ce n'était donc point lui adresser la grossière injure qu'on y verrait aujourd'hui ; c'était, en quelque sorte, lui crier : « Prenez garde ! vous êtes sur une pente qui mène à un abîme. Quand on s'abandonne à V envie de posséder, ou, pour parler un langage plus ecclésiastique, aux désirs de la chair, on va, toujours glissant, jusqu'au fond. »
Lubrique et lubricité n'existent plus aujourd'hui que
dans le dictionnaire des sacristains. On n'oserait pas les prononcer dans la bonne compagnie. Ces termes traînent à leur suite des idées révoltantes, qui soulèvent le cœur de dégoût. On ne les a gardés dans la langue générale que pour exprimer ce qu'ont de plus ignominieux les habitudes du vice chez d'immondes vieillards.
Et pourtant cette envie de posséder, qui est naturelle à la femme comme à l'homme, et qui est, après tout, un des éléments de l'amour, il fallait trouver pour la rendre un nouveau terme qui n'emportât point avec soi d'idée ignoble. Ce mot était plus difficile à rencontrer qu'on n'imagine. Dans quel ordre de pensées allait-on le prendre ?
Le spiritualisme chrétien avait beaucoup perdu au xviii^ siècle. On n'en était pas encore à la réhabilitation de la chair ; mais tous les hommes auraient volontiers répondu avec Clitandre :
Pour moi, par un malheur, je m'aperçois, madame,
Que j'ai, ne vous déplaise, un corps ainsi qu'une âme.
Je sens qu'il y tient trop pour le laisser à part.
De ces détachements je ne connais point l'art ;
Le ciel m'a dénié cette philosophie,
Et mon âme et mon corps marchent de compagnie.
Quelques-uns même auraient donné le pas au corps sur l'âme, et le nombre en allait croissant tous les jours. La satisfaction des sens, qui n'avait été qu'une des tristes nécessités de l'amour, en était devenue le point
lumineux. Le désir de les satisfaire devait donc s'exprimer par un mot qui n'enfermât point de blâme, comme celui qu'on délaissait.
Mais il était impossible, d'un autre côté, qu'il présentât à l'esprit des idées flatteuses et riantes. Les femmes ne sont plus des Armande, ni même des Julie ; elles n'imposent plus à l'homme qu'elles aiment un noviciat de quatorze ans. L'attente leur paraîtrait, sans doute, aussi longue qu'à lui ; mais elles n'en veulent pas convenir. Un secret et indéfinissable instinct de pudeur écarte de leurs yeux cette idée extrême de la possession. Elles prétendaient autrefois au rang de purs esprits; il faut leur donner de Vange, à présent, pour leur plaire. Armande ne voulait que des sentiments subtilisés ; madame de Mortsauf ne souffre que des aspirations éthérées. Au fond, c'est toujours la même chose. Les femmes mêmes qui ont des désirs ne sont pas ravies qu'on leur en parle, et le seraient moins encore s'il n'y avait dans la langue, pour les exprimer, un mot fleuri, et qu'il n'apparût à l'imagination qu'escorté d'idées aimables.
Il est bien curieux de voir par quel chemin on est arrivé à celui qui a eu l'honneur d'être choisi entre tous.
Tout le monde sait ce qu'on entend par un pays tempéré. C'est un pays où le froid et le chaud, l'humide et le sec se mêlent dans des proportions à peu près semblables. Température et tempérament ne veulent pas dire autre chose que mélange. L'un s'applique aux climats,
mais nous n'en avons que faire ici ; l'autre, aux hommes. Le tempérament, c'est proprement ce mélange d'humeurs et de forces qui fait qu'un corps est constitué d'une certaine façon plutôt que d'une autre. Si c'est le sang qui y domine, on dit, et avec raison, que le tempérament est sanguin; on l'appelle nerveux, si ce sont les nerfs. Il y a des tempéraments ardents, il y en a de mous. Mais par lui-même et privé de toute épithète qui le caractérise, tempérament n'a point de sens. Qu'estce qu'un mélange dont on ne connaît point les éléments r Si l'on vous demandait : « Voulez-vous boire ce mélange ? ))
— (( Un mélange de quoi ?» répondriez-vous aussitôt.
Le mot, pris dans cette acception, est excellemment fait ; les médecins ont prétendu, dans ces vingt dernières années, lui substituer le terme à'idios/ncrasie, Idios/ncrasie a du bon : il donne un air savant à celui qui le prononce. Mais qu'avions-nous besoin de ce magnifique vocable avec sa physionomie pédante? Il dit en grec ce que l'autre disait en latin. Il signifie mélange de choses qui forment un tout particulier. C'était juste la signification du mot tempérament.
Voilà donc un mot qui, réduit à son seul sens, n'apporte à l'esprit aucune idée, ni agréable, ni déplaisante. Vous pouvez parler du tempérament de madame la marquise sans la désobliger ni lui plaire. Elle a un tempérament par cela seul qu'elle existe. Ses humeurs et ses forces sont nécessairement mélangées d'une certaine
sorte, et la constituent ce qu'elle est. C'est par ce mot que les hommes du xviii'^ siècle ont commencé de désigner cette envie de posséder dont nous parlons, et comme on pouvait, sans faire rougir personne, discuter sur le tempérament de madame la marquise, ils ont été conduits à dire qu'elle avait du iempérament.
Il y a loin de tempérament à lubricité. L'un a été fait par des prêtres, et l'autre par des gens du monde. Et, pourtant, voyez comme tous deux naissent d'une même façon d'envisager la femme ! Les prêtres lui crient :
— Votre vertu, madame, est tout entière dans votre pudeur ; pour peu que vous cédiez sur cet article, vous êtes infailliblement perdue.
Les gens du monde viennent ensuite et disent à leur tour :
— Ces humeurs et ces forces, dont l'accord vous fait ce que vous êtes, ont en votre personne un point central où elles se mêlent, et que nous appellerons d'une manière plus spéciale : le tempérament. Vous êtes toute en ce petit coin de vous-même ; c'est lui qui est la maîtresse partie, de qui dépend tout le reste.
Prêtres et hommes du monde ont, au fond, de la femme la même opinion ; mais ils la regardent sous des jours différents, et les mots dont ils se servent portent pour ainsi dire la marque de leurs préoccupations.
Les prêtres songent plus à la morale; les gens du monde, à la physiologie. Les uns sont spiritualistes, les autres penchent plus volontiers vers la matière. Au
xvii^ siècle, le mot qui exprime ce désir ou, si l'on aime mieux, l'expression de La Rochefoucauld, cette envie de posséder ce que l'on aime, met en garde contre elle, et en détourne. Le terme qu'on lui substitua au xviii^ ne traduit qu'un fait, sans montrer s'il est regrettable.
Je crois que tempérament n'a été employé au sens dont je parle que dans le courant du xviii® siècle. Je n'en suis pas bien sûr ; je n'ai d'autre preuve de mon opinion qu'une lettre de Voltaire, où il assure que ce sens est nouveau, et s'en moque avec beaucoup de grâce et d'esprit. Si l'on en trouve des exemples antérieurs, il est évident que Voltaire se sera trompé, et moi après lui. Mais la date ne fait rien à l'affaire; les réflexions que le mot lui-même m'a inspirées ne m'en paraissent pas moins justes.
Je doute qu'il dure bien longtemps encore. Il s'écrivait beaucoup au siècle dernier, et je l'ai trouvé plusieurs fois dans les œuvres de Diderot, de Chamfort et de Duclos. Je ne crois pas qu'un romancier oserait s'en servir aujourd'hui. Je Tai cherché vainement dans les livres où il eût été le mieux de mise ; ni madame Bovary, ni Fanny n'avouent qu'elles ont du tempérament, elles se contentent de le prouver. Elles témoignent d'une envie fort peu cachée et fort peu délicate de posséder ce qu'elles aiment, sans le moindre mystère ; mais elles ne connaissent pas de nom pour cette envie-là.
Ce nom est commode dans les conversations entre hommes. Il dispense de circonlocutions qui ne sont pas
28o LE MOT ET LA CHOSE.
toujours d'un emploi facile. Mais il n'est pas souhaitable qu'il reprenne jamais pied dans la bonne compagnie.
Nous voyons déjà poindre, pour signifier la même chose, un terme dont la fortune a été singulièrement rapide. Il est sorti des livres de médecine, et convient tout à fait à un siècle matérialiste qui ne voit dans l'homme qu'un sujet d'études physiologiques. C'est le mot h/stérique. On trouve aujourd'hui de l'hystérie partout. Ces troubles délicieux d'une jeune fille qui ne forme que des désirs vagues et pleure sans savoir pourquoi : hystérie. Ces langueurs de la femme de trente ans, qui s'ennuie et qui rêve : hystérie. Les aspirations tumultueuses de la femme de quarante ans qui s'élance dans l'avenir en retournant la tête : hystérie. Nos docteurs ont peuplé le monde d'hystériques. Ce mot n'est point agréable, il porte avec lui je ne sais quel parfum d'hôpital. Il est pourtant le bienvenu. Il se dégage peu à peu de ce cortège d'idées médicales dont il était entouré à sa naissance. Il finira par prendre une tournure tout à fait mondaine; il aura son beau temps, qui sera court sans doute ; puis il ira rejoindre tempérament et lubricité dans la fosse commune. Les termes qui expriment de vilaines choses contractent une si repoussante odeur, qu'il est impossible de vivre longtemps avec eux. Le succès ne les désinfecte que pour un instant; le dégoût monte bien vite aux lèvres qui s'en servent ; on les rejette sans plus de façon. Ce sont, dans la langue, ceux qui se renouvellent le plus vite.
Au vieux temps où l'on aimait
Chanter, boire et rire, Basselin improvisait,
Sans savoir écrire.
De bons couplets bien ciiantants, Que l'on répéta longtemps
Dans le val de Vire, O gué
Dans le val de Vire.
Là fut jadis le berceau Du vieux Vaudevire ; Il naquit au bord de l'eau,
C'est cruel à dire.
Mais il n'en chanta que mieux L'amour jeune et le vin vieux, Dans le val de Vire,
O gué Dans le val de Vire.
C'était un enfant malin,
D'humeur indocile ; Il voulut voir un matin
Paris la grandVille ; Il laissa son nom normand Pour s'appeler noblement
Maître Vaudeville, O gué
Maître Vaudeville.
De la satire il y prit
Le goût et le style, Et charma par son esprit
La cour et la ville ; Il cribla de ses refrains Et frondeurs et mazarins,
Ce bon Vaudeville, O gué
Ce bon Vaudeville.
En ses chansons, du grand roi
Il refit l'histoire ; La Vallière et Villeroy,
L'amour et la gloire, Tout le grand siècle y passa.
Et sa perruque y dansa
Sur des airs à boire, O gué
Sur des airs à boire.
Au temps de la Pompadour,
Comme à cette école, De vin, de joie et d'amour
La France était folle ; D'un ton un peu plus salé Il se livra chez Collé
A la gaudriole, O gué
A la gaudriole.
Mais le théâtre à Paris
Est la grande affaire, Un matin il y fut pris
De belle manière ; Et sans crainte des sifflets Il débita ses couplets
Devant un parterre, O gué
Devant un parterre.
Pour théâtre, il eut longtemps
Celui de la Foire, Pour public, de bonnes gens,
Riant après boire ; Il chantait avec Panard A la franquette et sans art,
En narguant la gloire, O gué
En narguant la gloire.
Quand d'un théâtre à son nom
Plus tard il fut maître.
Il conserva même ton,
Même façon d'être ; Avec Merle et Désaugiers, Et tant d'autres chansonniers.
Il se vit renaître, O gué
Il se vit renaître.
Il chanta comme toujours, La gloire et les belles ;
Les vieux vins et les amours, Les amours nouvelles;
Il mit Horace en fions fions En avant les violons,
Et foin des cruelles, O gué
Et foin des cruelles.
Mais enfin Scribe arriva,
Scribe, Thomme habile ; De la scène il éleva
Le ton trop facile.
Veuillez tourner le feuillet, Vous verrez ce qu'il a fait
Du vieux Vaudeville, O gué
Du vieux Vaudeville.