SCÈNE III MADAME MELCOURT, EMMELINE
EMMELINE
Vous Tépouserez, n'est-ce pas?
MADAME MELCOURT.
Vous y tenez ^
EMMELINE
C'est un si excellent homme.
MADAME MELCOURT.
Que ce sera sans doute un mari passable. Et puis cela donnera peut-être des idées à un certain M. Gustave, qui ne s'occupe pas assez de nous.
EMMELINE
Ahl il ne m'aime plus!
AIR du Rosier fleuri. '
Autrefois, j'ai cru qu'il m'aimait ; Comme pour lui mon cœur soupire l
Sans le penser, il le disait ; Je le pensais, sans le lui dire :
L'aveu que ma bouche taisait Dans mes regards il le lisait ; Pourquoi n'y veut-il donc plus lire r
MADAME MELCOURT, achevant l'air.
C'est qu'il est rare qu'on désire Relire un livre qu'on connaît.
Vous êtes trop bonne pour votre Gustave; il est trop sûr de vous. Croyez-vous que le colonel m'aimerait, comme il le fait, si je ne savais à propos piquer son amour-propre, irriter sa jalousie ? Il ne m'adore jamais plus que lorsqu'il me déteste et menace de me tuer. Quand M. Gustave croira qu'il a près de vous un rival, vous le verrez redevenir ce qu il était autrefois , empressé, galant, jaloux...
EMMELINE
Je ne veux pas qu'il le soit.
MADAME MELCOURT.
Jaloux de vous plaire. Il faut à Tamour, pour qu'il se conserve, un grain de coquetterie. Il est bon d'être un peu coquette, rien qu'un peu.
EMMELINE
Est-ce bien difficile ?
MADAME MELCOURT.
Mais non ; pas trop. Laissez-vous guider par moi, je réponds qu'avant quarante-huit heures votre infidèle est à vos pieds, désespéré et demandant sa grâce.
EMMELINE
Je suivrai vos leçons; mais l'épreuve ne durera pas trop longtemps.