‹ Le mot et la choseChapitre 35 sur 56 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

GUSTAVE, accourant, EMMELINE, MADAME MELCOURT.

GUSTAVE

Eh bien I mesdames, vous ne serez jamais prêtes ! il va venir! Quel jour ! quel beau jour ! J'en perdrai la tête. Je vais pouvoir lire mon vaudeville à M. Scribe. (Frappant sur sa poche.) J'en ai vingt là, qui n'attendent qu'un mot de lui pour être joués. Je pourrai donc enfin voir marcher sur la scène les créations de mon cerveau, ces ravissantes jeunes filles, que j'ai empruntées au théâtre de Madame, et qui en ont fait la gloire.

AIR de la Catacoua,

Voyez ici, dans cette poche, / J'y porte tout un ahuanach

De jeunes filles sans reproche, Isabelle, Hermance, Yelva.

Tant d'autres que le Gymnase aime, Cécile, Agathe et Malvina,

Et Georgina,

Et Zanina, Et cœtera, cœtera, coetera I

MADAME MELCOURT, achevant l'air.

Et pourtant c'est toujours la môme Qui revient sous tous ces noms-là.

Eh! mon Dieu, madame, est-ce que tous les cœurs de jeunes filles ne se ressemblent pas, comme tous les dénoûments de vaudeville ? En ai-je déjà marié et béni, avec un couplet final, de ces amoureux tendres, sensibles, emportés mais discrets, et qui doivent à l'éducation que leur a donnée M. Scribe d'attendre sans trop d'humeur jusques à la dernière scène le couronnement de leurs flammes ou de leurs feux 1

AIR : Que Von est heureux près de celle,..

J'ai marié Gustave et Laure ;

J'ai marié Jeanne et Raymond;

A Caroline qui l'adore

J'ai marié le bel Edmond ;

J'ai fait plus de vingt bons ménages.

EMMELINE, à part et achevant l'air.

Il me semble qu'on devrait bien, Quand on fait tant de mariages, S'occuper un peu plus du sien.

(Haut et piquée.)

Venez, madame, je vous prie; M. Gustave a raison, nous avons autre chose à faire qu'à rester ici, où nous le gênons sans doute.

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