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SCÈNE VIII VICTOR, LE DOMESTIQUE, puis SCRIBE

On est à table, monsieur Scribe.

VICTOR

C'est bien; ne dérangez personne : j'attendrai. (Le domestique sort.) Enfin! me voilà dans la place! Attention! Vous saurez qu'il y a trois jours mon patron me dit : <( Victor Durousseau, mon ami, M. Scribe a envie d'acheter une propriété près de Bourges; il ne peut pas la visiter lui-même ; il faudra que tu y ailles à sa place. » A ces mots, mon imagination travaille; je me rappelle les Deux Précepteurs; si, au lieu de n^e présenter sous ce nom de Durousseau, qui fait pauvre figure, je prenais celui de M. Scribe ? Les gens de Bourges ne le connaissent pas ; d'ailleurs, leur réputation est faite; ce sont des... provinciaux! Quels yeux ils vont ouvrir, quand on leur annoncera : « M. Scribe, de l'Académie

française ! » Quels dîners ils m'offriront ! Comme je vais

rire et boire à leurs dépens ! C'est cela, morbleu!

place, place, s'il vous plaît ! C'est moi qui suis Scribe !

AIR : J'ai longtemps parcouru le monde (de Joconde),

J'ai semé sur toutes les scènes, Aux yeux des gens émerveillés, Les grandes pièces par centaines.

Les vaudevilles par milliers; Je suis lu de l'Europe entière ; Schlegel me place avant Molière, Et l'Espagne a mis sur mon front Le laurier vert de Calderon.

J'ai pu prendre, sans qu'on en gronde, Durant quarante ans de succès.

Mon art d'intrigue à Beaumarchais, Mes mots plaisants à tout le monde, ^ Et mon style aux portiers français.

Grâce à la camaraderie.

J'ai vu la docte Académie, Pour le théâtre et les faiseurs Désarmant enfin ses rigueurs.

Couronner en moi le génie De mes cent collaborateurs.

Je les ai laissés à l'écart, Et du lion j'ai pris la part ;

Car .

J'ai semé sur toutes les scènes, Aux yeux des gens émerveillés, etc.

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