SCÈNE VIII
LA COMTESSE, PIERRE , BOETLY , JOSÉPHINE, cachée.
LA COMTESSE
Cette résidence est fort agréable, le parc est d'un excellent goût, et je ne vois pas qu'on doive plaindre celle qui l'habite.
PIERRE
Oui, c'est gentil, mais c'est peu de chose; si madame voulait se donner la p'^ine de passer aux Tuileries , elle trouverait ça bien plus majestueux.
BOETLY , bas à Pierre. ,
Taisez-vous donc !
LA COMTESSE, qui a tout examiné autour d'elle. Ce pavillon est très-élégant.
BOETLY.
C'est la bibliothèque , madame.
JOSÉPHiKE , cntr'oufrant la persicnne.
La voilà , elle est bien.
LA COMTESSE
On fait assez généralement l'éloge de l'impératrice Joséphine , elle est aimée dans ce pays.
riEHIlE.
Tiens , je crois bien... comme à Paris.... comme en province.... comme partout.
LA COMTESSE
Oui , on la dit bienfaisante.
UOETLY.
Oh ! je le sais mieux qu'une autre.
Air : Ses yeux disaient tout le contraire.
C'est moi qui porte quelquefois Les secours de l'impératrice, Mais avec soin, toujours je do's Me taire sur la hienfaitrice.
Elle espère en vain le secret , Car le malheureux la devine, Et pour lui toujours le bienfait Trahit le nom de Joséphine.
LA COMTESSE, avcc hésitation.
L'Empereur ne vient-il jamais à la Malmaison ?
JOSÉPHINE , à part.
Serait-elle jalouse ?
PIERRE
Faites excuse, nous avons le plaisir de le voir, ce grand homme; on dit qu'il aime assez la botanique, et je le croirais, car il se promène toujours sur mes plates-bandes.
LA COMTESSE
Et ses visites , se renouvellent-elles souvent ?
PIERRE
(j'est selon, il est des jouis, quand Sa Majesté a des chagrins domestiques, il vient les dissiper auprès de son ancienne épouse... je conçois ça, j'aimerais assez ma femme si j'en étais séparé.
LA COMTESSE
Des personnes bien informées m'ont assuré que l'empereur avait ici un appartement.
PIERRE
Certainement, c'est dans ce pavillon qu'il travaille , car il travaille toujours, quoiqu'il n'ait pas besoin tie ça pour vivre.
BOETLY.
Eh l>i('n I quand il est parti , ses livres , ses plans , son paj)ier , rien n'est dcran{;é ; c' >t l'impératrice qui veille à ça; seulement quand elle s'éloigne , lie confie la clef à sa première dame «l'honneur, madame de Chevreuse.
LA COMTESSE
Je désirerais voir cet appartement, et s'il était possible... Tenez, prenez , mon ami.
lOSÉPHlWE, à part.
Que va-t-il faire !
PIERRE
Un Napoléon I Le voilà donc ce héros... ô grand empereur, tu sais si j'admire ta personne, je ne déteste pas non plus ton image... Venez, Madame, je vas vous conduire.
JOSÉPHINE , à part.
Ce pavillon n'a pas d'issue, elle va me surprendre.
BŒTLY , bas à Pierre.
Mais qu'est-ce que vous faites donc ?
PIERRE
Puisque la clef est sur la porte... au fait, ça ne vous regarde pas, retournez à votre bergerie. {Bas à la comtesse.) Ne faites pas attention, madame ; c'est une femme que j'ai épousée comme ça dans les temps. (// va pour ouvrir la porte du paf^illon , Joséphine parait.) {A part.) Tiens , l'impératrice.
LA COMTESSE
Quelle est cette dame ?
BOETLY , vii'CTïient.
C'est madame de Chevreuse, la première dame d'honneur.
JOSÉPHINE, à la comtesse.
Pardon , madame , de ne pas vous avoir reçue à votre arrivée ; si vous eussiez daigné m'en prévenir , je me serais fait un devoir de vous faire les honneurs de la Malmaison. LA COMTESSE , troublée.
Serais-je connue de vous ?
JOSÉPHINE
C'est la première fois que jai l'honneur de vous>
LA COMTESSE
La comtesse de Halberg. {A part.) Elle ne me connaît pas.
JOSÉPHINE , à Pierre et Bœtlj.
Retirez -vous !
BOETLY , à part, à Pierre.
Tous voyez bien que vous alliez faire une bêtise.
PIERRE
C'est vrai... mais une bêtise pour 20 francs, ça se fait, c'est bien payé.