SCÈNE VI
DUVERNET, CLORIJNDE.
CLORINDE
Mon Dieii , que c'est désagréable , je n'assisterai pas à la bataille..'... Tu m'avais pourtant bien promis que je te suivrais partout.
DUVERNET
Y penses-lu , ma sœur ?
CLORINDE
Certainement, mon frère...
Air : j4h\ s/madame me voyait.
Pour devenir un général J'ai l'àme assez noble , assez fièrc ^ J'aime le bruit, j'aime la guerre , Mon courage toujours égal A l'ennemi pourrait être fatal.
J'adore notre noble cause Et j'ai l'esprit national ; Me manque-t-il donc quelque chose Pour devenir un général ?
DUVERNET
Jusqu'à présent j'ai tenu ma promesse mais, écoutemoi, Clorinde ;... tu sais si je partage cet élan de patriotisme qui anime tous les Français... et qui même, dans ces temps glorieux, s'est emparé plus d'une fois du cœur d'une femme... mais, tout en admirant ton courage et ton dévouement , j'ai le droit d'exiger que tu n'exposes pas les jours à des dangers , qui ne sont faits ni pour ton âge ni pour ton sexe.
CLORINDE
Pourtant , mon frère , la liberté , que l'on attaque de toutes parts, a besoin de défenseurs.
DUVERNET
Elle en a trouvé assez en France... Sois tranquille, nous battrons bien l'ennemi sans toi...
Air : Vaudeville de V Album.
Les rois unis inondaient la frontière j Nous nous levons et chassons le Prussien \ De l'aigle noir reparaît la bannière, Nous combattons, et bientôt l'Autrichien
Fuira devant le soldat citoyen.
I,a lihcrtc qui chez nous prit naissance D'un tr<')nc même ci^t soutenu les droits , Mais quand les rois atlac{uenl su |)uissance La liberté sait renverser les rois.
CLOniKDE.
Me parler ainsi... et m'empècher daller me battre... Cependant , lu le sais, plus d'une fois avec toi, j'ai fait le coup de feu contre ces maraudeurs autrichiens qui venaient nous menacer jusqu'à Mortagne... Ah ! si mon père existait encore, il m'aurait permis d'assister à la bataille à ses cotés.
DUVERNET
Eh bien , moi, je te le défends... J'ai dû, pour ne pas l'abandonner seule dans une ville qu'on allait assiéger, l'emmener avec moi -, mais il faut , Clorinde, que tu sois raisonnable j... depuis assez long-temps je fais tes volontés.
CLORINDE
Au fait , tu es colonel, je dois me soumettre à les ordres... Ce qui me console ^ c'est que, de ce moulin, je pourrai voir les mouvcmens de l'armée, et entendre le canon... Et puis M. Anatole doit arriver aujourd'hui au
campa la léte de sa compagnie de volontaires parisiens
Je vais le revoir!...
DUVERNET
J'espère qu'il ne se fera pas attendre... il s'agit pour lui de prouver sa bravoure... J'ai sur toi les droits d'un père ; aussi je ne consentirai à ton mariage avec lui qu'après la victoire ,... s'il est digne de toi...
CLORINDE
Ah ! je réponds de son courage. ( Courant au fond. ) Mais j'entends des cris confus... Ce sont des volontaires parisiens !...
i5 SCÈNE VII.
Les MEMES, GEORGES et les Enfans de Paris, parés de rubans tricolores^ armés de fusils et de sabres, et portant des paquets de voyage au bout d'un bâton»
GEORGES
Air : Veillons au salut de T empire.
Enfans de Paris , bon courage , De la gloire c'est le chemin j Charmons les ennuis du voyage Par un refrain Républicain.
Liberté {bis), nous accourons à ta voix chérie, Liberté {bis), par nous tous tes droits seront conqiiisj Vaincre ou mourir pour la patrie , Voilà les enfans de Paris !
TOUS
Vaincre ou mourir, etc.
GEORGES
Même air.
Pour notre cause rien ne coûte ,
Bientôt chacun le prouvera ,
Car nous recrutions sur la route
Rien qu'en répétant ce mot-là :
Liberté {bis), nous accourons à ta voix chérie, Liberté {bis), par nous tous tes droits seront conquis j
Vaincre ou mourir pour la patrie ,
Voilà les enfans de Paris !
TOUS
Vaincre ou mourir etc.
DTIVERRET.
C'est bien , braves camarades , vous arrivez juste au moment où les hostilités vont recommencer... Votre p^trio-
lismc cl votre dévoueraciil répondent à ridée que j'avais con(^ue de vous... Que je vous embrasse !...
GEOnOES.
Oui , colonel... et si le baiser fraternel peut être afj;réal)le à ce jeune ollicicr , je le lui ollVe de tout mon cœur, au nom des braves que je commande...
ci.oRirvnK.
.T'accepte... au nom du courage et de la patrie, peuton refuser quelque chose ? ( Georges l'embrasse. A part. ) Fst-ce que tout le régiment va m'ombrasser ?...
, DUVERKET.
Ah ! ça , mais je ne vois pas ici celui qui devait vous commander.
GEORGES
Le citoven Anatole Dercy , n'est-ce pas ?... Chut , mon colonel... n'en dites rien aux autres chefs... mais le pauvre rrarcon... il est absent.