‹ Le moulin de Jemmapes. Vaudeville historique en un acteChapitre 35 sur 37 · LE GÉNÉRAL , DESCARVILLE , AIDES-DE-CAMP · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL , DESCARVILLE , AIDES-DE-CAMP

aufond.

LE GÉNÉRAL

C'est VOUS qui venez de vous introduire dans ce moulin?

DESCAKVILLE.

Oui, général.

LE GÉNÉRAL

Qui êtes-vous ? Quelle est votre qualité?

DESCARVILLE.

Je suis venu... en amateur...

LE GÉNÉRAL. HJ^h^ 37J-. .Jij >>1 ,

Expliquez-vous ! ... ou je vous livre à toute la s^verite^d^es lois militaires.

DESCARVILLE. „.

Comment, monseigneur, vous voudriez me perdre, moi , un compatriote qui vous connais depuis si longtemps -, car ce n est pas la première fois que nous nous

voyons... ^^h^tm^ ^"^^^«^ « ^"^^m

Je ne me souviens pas de vous. ^ '/ ^" *"*'^

DESCARVILLE. °

J'étais pourtant, en 1786, chez M. le gouverneur du fort Saint-Michel , lorsque vous fîtes ce voyage en Normandie avec M. Pieyre , votre précepteur ^ vous étiez bien jeune, alors... Je me rappelle que, dans un élan d'humanité, vous brisâtes à coups de hache cette cage de fer dans laquelle, depuis le règne glorieux de S. M. Louis XIV, on enfermait , de temps en temps , les impudens gazetiers qui se permettaient d'avoir des idées libérales.

LE G^-NÉtVlL.

C'est (lu camp ennemi que vous nous êtes envoyé, et vous êtes Français?

DESCAUVILLK.

Oui, raonsei^ineur, et très-bon Français,... ancien officier du gobelet... Benoit-Léonard Descarville.

LE GÉNÉRAL, S'ivClUent.

lyavez-vous pas un fils dans Tarmce française ?

DESCARVILLE.

Hélas! oui... Georges.... Un mauvais sujet.... Non..., non ,... Je veux dire un excellent patriote....

LE GÉNÉRAL

Et c'est en ce moment , où votre fils vient d'honorer votre nom par des actions d'éclat, que vous voulez le flétrir par la trahison.

DESCARVILLE.

Je sers mon parti.

LE GÉNÉRAL

Mais savez-vous ce que veulent contre la France ces rois coahsés ?

DESCARVILLE.

Ils veulent rétablir ce qu'on a renversé.

LE GÉNÉRAL

Ils veulent l'humilier, l'asservir, et la partager.

Air : Ces pnslUlons , etc.

Mais s'ils osaient repasser la frontière , Nous attendrons sans trembler le combat. Chaque mnissn serait une barrière , Tout citoyen ilcvicndrait un soldatj Car ils voudraient, préparant des entraves , Nous panjurr tous comme de vils troupeaux, El remplacer par un peuple d'esclaves Un peuple de licroi.

DESCARVILLE.

Ah.! monseigneur, soyez bien convaincu que si j'avais su ce que je fesais.... mais leurs majestés n'avaient pas jugé à propos de me faire part de leurs intentions.

LE GÉNÉRAL

C'en est assez.... (Aux aides-de-camp qui se tiennent à V écart). Venez, Messieurs.

DESCARVILLE , à part.

Ah! si j,'en réchappe, je donne ma démission de coalisé.

LE GÉNÉRAL, qui a écrît sur ses tablettes. (A ses aides-de-camp). Je viens d'accorder un sauf conduit à cet étranger; veillez à ce qu'il arrive en sûreté à Mons.

DESCARVILLE , baS,

Que de reconnaissance!...

LE GÉNÉRAL , de même.

Ne me remerciez pas — C'est le prix du dévouement de votre fils..., du courage de Georges.... Avant le combat, vous n'auriez pu rien espérer.... Mais nous avons été vainqueurs...-, je puis être généreux... Retournez vers ceux qui vous envoient. . .

Air : Des Amazones.

Dites*leur bien que pour servir la Franc . Chacun de nous voudrait donner ses jours , Qu'elle n'a plus avec vous d'alliance.. . Si mon pays réclame mon secours. Ah ! contre vous je marcherai toujours ; Vous avez fui cette terre chérie Et déserté le poste de l'honneur ; Vous n'êtes plus enfans de la patrie, Ne venez plus troubler notre bonheur.

4o SCl^NE XVI.

LE GÉNÉRAL, LAADRIAU, avec un vieil habit, un chapeau d'uniforme, et un sabre au côte, puis GEORGES, et quelques voLO^TAIREs.

LANDRiAu , la main au chapeau.

Général !

LE GÉNÉRAL

Que me veux-tu?

LAKDRIAU.

C'est un vieux qui s'est mis dans les conscrits, qui vient vers vous en estafietle pour vous prévenir qu'il y a une rumeur dans le camp, d'où ce qu'on prononce votre nom dans

toutes les bouches...

GEORGES, accourant.

Ali ! je vous trouve , mon général...

LE GÉNÉRAL, à part.

Georges!... qu'il ignore toujours ce qu'a fait son père...

GEORGES

Si vous saviez !....

LE GÉNÉRAL

Qu'as-tu donc.^ pourquoi ce trouble.?

GEORGES , lui remettant un papier.

Lisez.... Un arrêt de proscription.

LE GÉNÉRAL, Usant.

Contre moi !

GEORGES

Tout à l heure, un envoyé de la convention entra dans le camp, et remit au général en chef une dépêche, qu'il lut, sans pouvoir nous cacher l'émotion qu'il ressentait.

AJk : faudrçillc. Hii prrmirr prix .

Alors tout le momie s'avance .

On entoure le gênerai , Chacun dan^i un morne iiilcncc Écoute cet arrêt fatal.

Tous vos jeunes compagnons d'armes , L'cœur serré, les r'gards abattus.

En ce moment versaient des larmes, Comm' s'ils avaient été vaincus.

LE GÉNÉRAL , finissant de lire.

Me proscrire!... Moi!... Toute ma famille!...; et ils disent que cette mesure importe au bonheur de la France...

GEORGES

Et, tout à l'heure, je me réjouissais en pensant que je combattrais désormais près de vous 5 que je pourrais payer de tout mon sang le service que vous m'avez rendu... Mais partout où vous irez, je vous suivrai •,... quelque soit votre sort, je le partagerai... Je veux vous consoler, vous servir.

LE GÉNÉRAL

Georges, y penses-tu.?... Il te reste une belle carrière à parcourir... D'ailleurs tu as deux dettes à acquitter envers la patrie...

GEORGES , à part.

Ah ! mon pèreJ mon père !

LE GÉNÉRAL

Tu peux te battre pour la France.... Et moi..., et moi, je n'ai plus qu'à faire des vœux pour elle.

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