LE RÊVE
L’entretien du baron et du chevalier fut très-court. — Roland remit la somme promise à celui qui venait de lui servir de bravo, et s’engagea de nouveau à lui compter à l’époque convenue, c’est-à-dire unmoinsplus tard, le reste du prix du sang.
11 le congédia aussitôt après, et se rendit à l’hôtel de la rue Culture-Sainte-Gatherine.
Le bruit de l’événement accompli dans la matinée s’était répandu rapidement. — Lascars trouva l’hôtel plein de gens de loi, venus, les uns pour prendre des informations au sujet de la mort violente de Philippe Talbot, les autres pour mettre les scellés sur tous les meubles et sur tout les papiers, dans l’intérêt des heritiers encore inconnus.
Le baron se mit en rapport successivement avec les uns et avec les autres.
Aux premiers il s’empressa de donner les détails relatifs au duel de Vincennes ; il leur certifia en outre que les choses s’étaient passées loyalement, d’une façon tout à fait irré-
LE MODUN RODGE
prochable, et le comte de Guibray, présent à l’bôtel, conlirma ce témoignage, que son honorabilité connue rendit d’un grand poids.
Aux gens de loi Lascars produisit le testament de Philippe Talbot ; — il leur déclara sa qualité d’exécuteur testamentaire, et en cette qualité il assista à l’apposition des scellés, formalité légale qu’il était impossible d’éviter, et qui d’ailleurs ne pouvait lui causer aucun préjudice, car c’est seulement comme mari de Pauline Talbot, légataire universelle, qu’il comptait rentrer en maître à rhôtel.
Nos lecteurs se souviennent que peu d’instants avant le duel dans lequel il devait succomber, Philippe Talbot avait remis à Lascars une enveloppe sans suscription, renfermant un bon au porteur de cent mille livres, destiné à mademoiselle Hermine, de l’Académie royale de musiqueet de danse.
Roland, craignant sans doute que la nymphe d’opéra ne fit de cette somme un usage inconsidéré, jugea très à propos de la garder pour lui, et jamais la blonde danseuse n’entendit parler du fidéicommis confié à la loyauté du gentilhomme...
Cette déception fut tellement pénible à mademoiselle Hermine, qu’elle en faillit faire une maladie, et qu’après avoir maudit, avec une éloquence étonnante, la mémoire de son oublieux protecteur, elle se brouilla avec La Morlière.
Hâtons-nous d’ajouter qu’au bout d’un peu moins d’une semaine elle était déjà consolée, et qu’avaiit la fin du mois la protection d’un richeet galant étranger lui faisait oublier amplement ce qu’elle avait perdu.
Le lendemain du duel eurent lieu les funérailles de Philippe Talbot. Elles furent magnifiques, et jamais obsèques de prince ne servirent de prétexte à d’aussi rares magnificences... — jamais somptueux cortège, accompagnant un cercueil au cimetière, ne se mit mieux en pleine révolte
~ litizf i by Googir
LE MODLIN ROÜGE 395
contre l’adage philosophique : »ne»iento, homo, quia pubis es]
Les nombreux parasites des soupers et des fêtes de monsieur de La Boisière tirent au char funèbre l’honneur de le suivre jusqu’au Père-Lachaise, mais ils trouvèrent convenable de charmer l’ennui du voyage en disant beaucoup de mal du défunt. — Ainsi va le monde! — volontiers l’humanité prendrait pour devise : — on ne doit la flatterie qu'aux vivants ... — et encore l’humanité ajouterait sans aucun doute : — quand ils sont riches...
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