SCENE V
LAGARCETTE, JULIEN, HENRY.
julien, qui a reconduit Jenny.
Oui, Mlle Jenny, vous pouvez être sûre que je ferai tout ce qui vous sera agréable... (Revenant.) Et vous ne
voulez pas qu'on se fasse hacher pour une créature du
bon Dieu comme celle-là !
HENRY
Ah ! tu as raison, Julien, il suffît de la connaître pour l'aimer.
JULIEN
Et voilà dix ans que je la connais, moi, M.Henry, ce qui veut dire que voilà dix ans qu'elle me fait du Lien.
LAGARCETTE.
C'est vrai, ça date de mon voyage au pôle nord.
JULJEN.
Oui, je vivais alors ici avec ma mère dans une petite cabane au bord de l'eau, où personne n'a voulu aller demeurer depuis, parce qu'on dit que c'est trop mal sain ; mais pour nous ça avait un grand avantage... on ne payait pas de loyer, aussi nous y lestions.
HENRY
Pauvres gens !
JULIEN
Ah! oui, et surtout pauvre mère! car elle avait là déjà le mal qui la tuait, elle ne pouvait plus se lever, et elle manquait de tout.
LAGARCETTE.
Mille millions ! tandis que moi je mangeais ma ration dans les mers du nord sans rien savoir!...
JULIEN
Vous étiez trop loin, mon oncle, et moi, j'étais trop petit! tout ce que je pouvais faire, c'était de ne rien dire quand j'avais faim, et d'aller m'asseoir sur la porte. . . pour me distraire l'estomac... j'étais là comme ça un soir, quand je vois passer une petite demoiselle que j'avais encore jamais vue, mais fraîche et jolie!... un vé-