SCENE V. il
ritable ange du paradis, avec une écharpe de mousseline et des brodequins de satin... En m'apercevant, elle sarrèteetme demande pourquoi j'ail'air triste. Moi,jeIui réponds naturellement que ma mère est malade et qu'il n'y a pas de pain à la maison... Pas de pain ! dit-elle, avec une petite voix qui se met à trembler, pas de pain, mon Dieu! et elle court vers sa mère, Mme Laroche, qui était à quelques pas, elle la ramène, elles entrent toutes deux, elles consolent la malade, et une heure après on ne manquait plus de rien dans la cabane. lagarcette, attendri.
Cristi, c'est bien, ça.
JULIEN
Oh ! oui, c'est bien ! Et pendant six mois, M. Henry, leur bonté ne s'est pas ralentie; gardes, remèdes, médecins , elles fournissaient tout, elles payaient tout... mais c'était inutile, ma mère avait souffert trop longtemps, voyez-vous; le froid, la faim, le chagrin, tout cela, à la longue, fait une maladie dont on ne guérit plus, si bien qu'un jour la pauvre mère m'a embrassé, elle m'a dit quelques mots tout bas, pour me recommander d'être un honnête garçon... puis ses yeux se sont fermés, M. Henry, et... ils ne se sont plus ouverts.
HENRY
Pauvre Julien !
JULIEN
Mais c'est alors, surtout, que Mmc Laroche et MllcJenny, ont montré tout ce qu'elles avaient de bon dans le cœHj ! D'ordinaire quand il s'agit de pauvres gens comme nous, on prend les morts qu'ils ont aimés, on les jette dans un trou de terre avec les autres , et tout est fini ; mais moi, ma mère a sa place au cimitière... quand je reviens d'un voyage, je sais où me mettre à genoux et
je puis dire : Me voilà, ma mère, je ne t'ai pas oubliée
et je suis toujours un brave garçon comme tu le voulais.
henry, lui prenant la main.
Ou i, un brave garçon , et ta reconnaissance 1 e prouve .
lagarcette, après avoir essuyé une larme dit avec
explosion.
Et tu n'as pas éreinté tout-à-1'heure ce gredin de régisseur?
JULIEN
J'avais commencé ; en trois coups de poing, je l'avais fait arriver à plat, mais on m'a interrompu au milieu du branle bas !
tous les marins, en rentrant.
Voilà le déjeuner. ,
LAGARCETTE.
Ma foi, il arrive bien, car les émotions, ça creuse.
l'esturgeon.
Posez ça là, les agneaux.
LAGARCETTE.
Nous allons fêter la cambuse.
henrv, sur le devant.
Ah î dis-moi, Julien, as-tu achevé les copies dont je t'avais chargé ?
JULIEN
Oui , lieutenant, le signalement du capitaine de YAriely la liste des navires qu'il a pillés, le rapport des commandans, tout est prêt.
HENRY
C'est bien ; tu me les remettras, car d'un instant à l'autre nous pouvons appareiller.
JULIEN
Partir déjà !
henry, en confidence.
Oh î cette foi, je ne partirai pas seul.