‹ Le mousse, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 28 sur 65 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

BALANDIER

Ah! j'en réponds... Je conduirai mes noirs comme des nègres, et s'ils regimbent...

JULIEN

Oh! vous n'avez pas ça à craindre, du moins sur l'habitation de MUe Laroche; ils vous connaissent déjà.

BALANDIER

Ah!

JULIEN

Oui, ils savent que vous êtes maître de danse, et ils ont pour vous une véritable vénération.

BALANDIER

Comment! est-ce que ces brutes auraient quelque penchant pour les arts ?

Les nègres, monsieur! la danse est leur vocation. Si on les exerçait à la polka et autres cancans polonais, ils feraient les délices de la bonne société. Aussi, tout-àl'heure, en passant, j'ai entendu le grand à qui vous avez parlé en visitant les caféières... vous savez ?

BALANDIER

Ah! oui, une espèce de colosse.

JULIEN

Et un malin... En voilà un qui a des goûts d'artiste.

BALANDIER

Ce grand-là ?

JULIEN

Je crois bien ; il apprend à jouer de la flûte pour s'accompagner en chantant... Eh bien ! je l'ai entendu qui faisait votre éloge à ses camarades, et tous ont dit que s'ils avaient le bonheur de vous avoir pour maître, ils vous emmèneraient dans leur prochain voyage.

*S ACTE r,

BALANDIER

Où vont-ils donc?

JULIEN

Chez eux... en Afrique.

BALANDIER

En Nigritie !... Je ne le leur permettrai pas.

JULIEN

Ah bien î ils s'en moquent pas mal ! Les nègres voyagent sans passe-port ; ils ont pour cela une manière très-économique et qui n'appartient qu'à eux.

BALANDIER

Bah ! comment s'y prennent-ils donc?

JULIEN

Oh! mon Dieu! c'est très-simple. Quand un nègre a la fantaisie de retourner chez lui, il fait son paquet de voyage : deux livres de manioc, un petit flacon de tafia et pas de linge. Il pose tout cela au pied d'un arbre, choisit la branche la plus solide, y attache une corde, fait un nœud coulant dans lequel il passe le cou, se lance, et... kouick... il part pour l'Afrique,

BALANDIER

En effet, j'ai entendu parler de cette stupidité des nègres ; et ils prétendent m'emmener avec eux ?

JULIEN

C'est décidé ; on vous donnera quatre compagnons pour vous montrer le chemin, et Tord-trois-chênes ouvrira la marche.

BALANDIER

Tord-trois-chcnes ?

JULIEN

Oui, le colosse, vous savez?... il s'appelait d'abord Fleur-d'amour, mais ils l'ont surnommé Tord- trois-

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