INTRODUCTION A LA SECONDE ÉDITION
Un article écrit par monsieur J. C. Chapais, officier spécial du département d'agriculture, dans le journal d'agriculture officiel, pour annoncer au public agricole la seconde édition de mon traité sur le mouton, m'a paru faire si bien ressortir l’utilité de la race ovine en agriculture, que j'ai décidé de le faire servir d'introduction à mon ouvrage, avec la permission de l’auteur : NES,
Il nous a été donné de parcourir le manuscrit d’une seconde édition, en préparation, du traité de M. Eugène Casgrain sur le mouton, 3
Il y a huit ans que l’auteur .dù traité dont nous venons annoncer aux cultivateurs canadiens la deuxième édition mettait pour la première fois, devant: le'public, un ouvrage essentiellement canadien sur l'élevage du,mouton.
Depuis longtemps, la nécessité d'un tel ouvrage se faisait sentir. Pour le mouton comme: pour les autres animaux de la ferme, comme pour toutes les opérations de culture, la rigueur du climat canadien met le cultivateur dans des conditions bien différentes de celles du cultivateur des autres pays. Pour cette raison les ouvrages publiés à l'étranger, sur l’agriculture et ses diverses branches, surtout celle de l'élevage, lui sont de peu d'utilité, et l'exposent même à des erreurs grossières.
Il n’y a que l’expérience acquise par nos agronomes qui puisse servir de guide sûr au cultivateur canadien. Or, si quelqu'un possède, au sujet de la race ovine, une expérience pratique, sûre et indiscutable, c’est bien monsieur Eugène Casgrain qui a fait de l'élevage du mouton une spécialité pendant près de trente ans.
En lisant son travail que, à la sollicitation d’un grand nombre de cultivateurs, il va publier en seconde édition, avec des ajoutés considérables, et des gravures qui en rendent le texte bien plus facile à interpréter, le cultivateur sera certain de trouver des principes et des exposés pratiques basés sur une expérience
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éclairée. Cette expérience a valu à l’auteur une réputation bien méritée qui a même engagé nos hommes d'Etat à lui donner un siège dans le Conseil d'agriculture de la province de Québec.
L'ouvrage de monsieur Casgrain est d'autant plus utile qu'il a trait à l’un des auxfliaires les plus précieux du cultivateur, dans la culture. Pour nous convaincre de cet avancé, voyons un peu quel est le rôle du mouton dans l’économie rurale,
Lo mouton est l’auxiliaire du cultivateur à quatre titres différents, aussi importants les uns que les autres. Ii est, nremièrement, producteur de viande; deuxièmement, producteur de laine; troisièmement, consommateur de choses que lui seul peut utiliser, et quatrièmement, améliorateur du sol.
PRODUCTEUR DE VIANDE, le mouton tient le troisième rang
our l'alimentation de ‘nos marchés. Avant lui viennent le uf et le porc. Quoique*vé#ant en troisième lieu, il n’en est pas moins recherché pour ga. Tous les cultivateurs qui se sont donné la peine d’élevet, un beau troupeau de moutons, d’une race ne produisant p48”frop de graisse, mais une viande entrelardée, telle que cell. dés southdowns et des shropshiredowns, savent quel beau ; prôfit les agneaux de ce troupeau donnent à l’automne. ...
Autrefois, dans notre paÿs,.le mouton n'avait de valeur que pour la laine, et quelle valeur encore ! On gardait une race de moutons dégénéree faute de goin et de sélection, se reproduisant toujours entre parents, présentant plus d'os que de chair, et n'offrant qu'une laine grossière qui contenait presque la moitié de poil ou de jarre. Aussi, la viande de ces moutons était elle peu recherchée. °°°”
Aujourd’hui, les choses sqnt,changées. On commence à comprendre que le mouton mérite d'attention du cultivateur comme facteur dans la production de la viande sur la ferme. ln croi. sant notre race canadienne, qui a le mérite d’être sobre et rustique, avec les belles races étrangères, choisies au point de vue de la viande, on est sûr d'obtenir d'excellents produits qui se vendent toujours bien sur nos marchés.
PRODUCTEUR DE LAINE, tel a été pendant longtemps le seul mérite du mouton, aux yeux de nos cultivateurs, et encore, ce mérite était peu appréciable, vu la mauvaise qualité de la laine. Comme on gardait le mouton pour la laine, les agronomes ont enseigné aux “ultivateurs que, pour avoir de bonne laine, il fallait améliorer le troupeau par les croisements et les bons soins. Le résultat a été merveilleux. En voulant améliorer le mouton pour la laine, il fallait inévitablement l’améliorer pour la viande, et aujourd’hui, ceux qui ont voulu
un double résultat, celui d’avoir et de la belle laine, et surtout de bonne viande. De sorte que, maintenant, le mouton qu'on voulait améliorer au point de vue de la laine principalement a correspondu aux soins donnés à cette effet, mais s'est amélioré en même temps à un plus haut degré, au point de vue de la chair de boucherie.
Chez ceux qui ont travaillé à réaliser ce progrès, le mouton au lieu d'être avant tout producteur de laine, ne l'est plus qu’en second lieu, mais à un bien plus haut degré qu'autrefois. Malheureusement, il y a encore beaucoup à faire dans cette voie. Les cultivateurs ont double intérêt en cherchant à retirer une plus belle laine de leur troupeau. Autrefois, nos éleveurs ont jeté les yeux, pour produire de meilleure laine, sur les moutons à laine longue, mais,, ceux-ci, tout en donnant Ï d'assez bons résultats, ne se soat pas montrés assez rustiques pour nous. Les résultats obtenas vont été beaux, mais de peu de durée. En outre, le progrès de l’industrie fait qu’aujour- 4 d’hui les laines longues sont dépréciées et remplacées avantageusemont sur nos marchés pa les laines courtes. Tout est
our le mieux pour nous, sous ce rapport, car los moutons à aine courte conviennent mieu:t à notre climat, et produisent une meilleure viande pour le mu::hé. Nous avons donc tout à gagner, tant sous le rapport de lu laine que sous celui de la viande, à jeter notre dévolu sur les races à laine courte, telles
ue les southdowns, les shrupshiredowns, les hampshireowns, etc.
CONSOMMATEUR DE CHOSES QUF LUI SEUL PEUT UTILISER, le mouton trouve, à ce titre, sa place sur presque toutes les fermes. Dans les pâturages, la cheval prend l'herbe la plus longue, puis la vache passo derriere lui et rase l’herbe de plus près et enfin le mouton vient en dernier lieu et broute jusqu’au dernier brin d’herbe, qui, sans lui resterait sans valeur immédiate. En outre de cela, il y a sur presque toutes les terres, des terrains où la charrue ne peut passer, qui poussent une herbe rase, excellente en qualité, mais qui, par sa nature et son peu de longueur, ne saurait convenir aux autres animaux. Tels sont les terrains rocheux, montagneux, les pentes abrup-
De tes de certains coteaux qui offrent des pâturages excellents ! | pour les moutons, tandis que les autres animaux de la ferme y pl mourraient de faim. }
Que de richesses sont ainsi perdues chez nos cultivateurs. Telle ferme, en pays montagneux, a peine à nourrir au pâturage quelques vaches étiques qui sont obligées de faire chaque jour une marche forcée de plusieurs milles, sur un champ
— D — écouter les conseils des experts en cette matière, ont obtenu |
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couvert d'une herbe maigre, afin de trouver leur subsistance, tandis que les mêmes champs offriraient à des moutons un bon pâturage qui assurerait au propriétaire un produit rémunérateur en viande et en laine. Qu'on y songe donc, et qu’on étudie, à ce point de vue, nouveau pour un trop grand nombre de nos cultivatours, l’amélioration à apporter au mode de culture suivi jusqu'à présent.
AMÉLIORATEUR DU 80L, le mouton rend de grands services sur la ferme, là où son rôle est bien compris. En Angleterre, sur certains terrains, légers, peu consistants, on sème des na. vets qu'on fait manger sur le champ, à l'automne, par les moutons, (Jes derniers laissent, en retour, leurs déjections qui engraissent le sol, ils piétinent la terre avec cette énergie spéciale qui caractérise le mouton, et, au printemps suivant, le cultivateur a un sol raffernañ, éngraissé, qui est prêt à recevoir une semence qu'il n’auraitjff faire valoir autrement. Aucun travail de la part du cultivateg ne saurai‘ égaler en efficacité celui fait par un troupeau dé moutons, rar an terrain de ce genre. n supposant méme:qu'il pourrait avoir le même effet, il offrirait encore le ‘tlfähvantage do coûter plus cher pour la main-d'œuvre, en oùtra de la dépense qu'il y aurait à encourir pour charroyer eb-ensuite épandre l'engrais. Le mouton fait ces deux opérations à la fois, tout en se nourrissant, et qu'on n'aille pas croire Qu'il les fait à demi. Le meilleur rouleau ne saurait avoir l'effébque produit sur le sol le sabot du mouton. Pour ce qui esb-de l’engrais laissé sur le champ par l'animal, on voit que lesagronomes français estiment qu’un mouton fume dans une nuit, d'une manière efficace trois pieds carrés, ou neuf pieds de terrain en superficie. Malheureusement c’est là un des mérites d@’ mouton qui n’est pas apprécié chez nous. Tee
Il est une cinquième valeur à retirer du mouton, dont nous parlerons peu, parce qu'elle n’entrera jamais. croyons-nous, avec profit, en ligne de compte chez no; cultivateurs. C'est la valeur du lait de brebis pour l'alimentation. On voit, en France surtout, que le lait de brebis sert à la confection de certains fromages fort recherchés, tels que ceux de Roquefort, par exemple. Le lait de brebis contient sept et demi pour cent de beurre et six pour cent de caséine. Une brebis du Larzac donne, après avoir allaité son agneau, cinquante-cinq pintes de lait ou vingt-quatre livres de fromage en cent soixante jours.
Il serait oiseux d’en dire plus long, ici, sur l’utilisation du lait de brebis pour l'alimentation, car pour l’exploiter à ce point de vue, il faudrait que nous modifierions l'élevage du mouton, de manière à développer ses aptitudes pour le lait, au
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lieu de les pousser vers la production de la viande et de la line. En effet, on voit que, dans le Larzac mentionné plus haut, une brebis ne produisait autrefois que douze livres de fromage, tandis qu'elle en donne maintenant vingt-quatre, par suite de l'amélioration au point de vue du lait, dont la race ovine a été là, l'objet,
En face du rôle important que joue la race ovine dans l’écomie rurale, rôle que, nous l'espérons, nous avons fait ressortir dans ces quelques lignes, de munière à ce qu'il soit bien compris de tous les cultivateurs canadiens, il est à espérer que Ceux qui prennent quelqu'intérêt aux choses agricoles verront avec plaisir la publication de la nouvelle édition de l'ouvrage de monsieur Casgrain sur le mouton, édition qui contiendra certaines donñées nouvelles, fruit des expériences faites par l’auteur depuis qu'il a publié sa première édition.
J. C. CHapaiïs.
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