DE LA BERGERIE
La bergerie est le bâtiment destiné à protéger les bêtes ovines contre l’intémpérie des saisons. Elle doit être assez vaste pour contenir à l'aise les animaux qu'on veut y renfermer, assez aérée pour que la chaleur ne s’y maiïntienne point à un degré trop élevé, et convenablement ventilée pour que les gaz ne puissent jamais y séjourner ; enfin elle doit être meublée de räteliers et d’auges propres à recevoir la nourriture du troupeau.
Pour les moutons en bonne santé, la chaleur est beaucoup plus à craindre que le froid ; c’est une vérité que l’on ne doit point se lasser de signaler en voyant combien est enraciné chez une foule de cultivateurs le préjugé contraire. Les cultivateurs entassent leurs bêtes dans des bergeries hermétiquement fermées, ei dont ils n’enlèvent les fumiers qu’une fois l’année, afin d’en augmenter la chaleur. Entrez dans ces étables, une vapeur épaisse et humide vous étouffe, les gaz délétères attaquent vos yeux par des picotements aigus, et vous suffoquent ; vous êtes forcés d'aller chercher à la porte l’air qui vous manque. Les étables fermées sont le plus mauvais logement que l’on puisse donner aux moutons. La vapeur qui sort de leur corps, et celle du fumier, infectent l’air et mettent ces animaux en sueur. Ils s'affaiblissent dans ces étables trop chaudes et malsaines; ils y contractent des maladies et leur laine y perd sa force. Lorsque les bêtes sortent de l’étable, l'air du dehors les saisit, arrête subitement leur transpiration et les met en danger. Je pense qu'il ne faut pas attribuer à d’autres causes les rhumes et la morve dont les bêtes à laine sont souvent affectées; je recommande donc de faire en sorte que la température des bergeries ne diffère guère de la température extérieure. Les éleveurs instruits sont bien convaincus que plus une bergerie a d’ouvertures, mieux les moutons s’y maintiennent en bonne santé, pourvu toutefois qu’ils soient à l’abri de l'humidité, de la bise et des rayons directs du soleil.
Examinons maintenant quel doit être l’ameublement d’une bergerie. Généralement on n’a pas encore adopté l'usage des râteliers et des auges pour distribuer aux moutons leur nourriture ; on la dépose par terre sur le fumier infecté et humide d'urine, une grande partie est foulée aux pieds et les animaux délicats n’y veulent plus toucher, ce qui occasionne une grande perte, surtout quand le fourrage est précieux. Aussi, partout où l’on attache du prix au bon entretion des moutons, les auges
se 192
et les râteliers sont considérés comme indispensables. Leur prix est peu de chose, la façon en étant facile et les bois nécessaires de peu de valeur, Un des râteliers les plus améliorés est le râtelier circulaire de Casgrain dont voici une description empruntée au Journal d'Agriculture
‘ Monsieur Eugène Casgrain, membre du Conseil d’agriculture de la province de Québec, est bien connu de tous nos lecteurs comme un des meilleurs éleveurs de moutons de la province. Après bien des essais, il est parvenu à faire un râtelier pour les moutons, que l’on peut appeler à juste titre un râtelier modèle, Monsieur Casgrain, qui n'aime rien tant que rendre service À la classe agricole, n’a pas patenté son râtelier, et a eu
NM
Fig. 1.—RATELIER MODÈLE POUR LES MOUTONS.
l'obligeance de m'en fournir une photographie qui me permet de le faire connaître aujourd'hui aux lecteurs du Journal.”
‘ Comme on le voit par la gravure 1, ci-jointe, le râtelier de monsieur Casgrain est circulaire, et se compose de deux rangées de barreaux, d'un bassin pour recevoir le fourrage, et
LIT ere:
RE