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IMPRIMEURS DE LA SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS

6 , rue des Poitevins, 6

Par M. Édouard SIMON,

Depuis un quart de siècle l’industrie française traverse une crise redoutable. Vous avez pu apprécier, Messieurs, la situation faite aux spécialités textiles, par le tableau sommaire qui vous a été présenté en 1881 b Les doutes émis alors sur l’efficacité des traités de commerce ne se sont pas dissipés ; ces instruments diplomatiques semblent plus que jamais des anachronismes économiques, à une époque où quelques années suffisent pour exécuter des travaux tels que le percement du Saint-Gothard et déterminer le déplacement des grands courants commerciaux.

Le compte rendu des négociations poursuivies par la France et rapportées par l’ancien Directeur général des Douanes 2 montre encore que tout pays désireux de signer des contrats à longue échéance, doit souscrire des concessions dangereuses pour son industrie et pour son commerce.

D’autre part, les termes de ce que notre Président a heureusement ^ défini X équation de /’ industrie privée , se trouvent dans une sorte d’équilibre instable, en raison de la variabilité de l’un des éléments les plus intéressants, le taux de la main-d’œuvre.

Par le fait d’une spéculation qui, dans les grandes villes, multiplie les travaux de construction sans toujours tenir compte des besoins réels, des ressources disponibles, la demande dépasse souvent l’offre et fait hausser les salaires dans des proportions considérables, tantôt d’un commun accord entre patrons et ouvriers, plus souvent à la suite de grèves.

t. Situation générale des industries textiles , par Édouard Simon. — Séance du 7 octobre

2. Journal des Économistes , 1882. — Négociations commerciales , par M. Léon Amé.

L’élévation des salaires est une conséquence naturelle, fatale du mouvement auquel nous assistons, auquel nous participons plus ou moins et qui entraîne le renchérissement de toutes choses ; elle ne serait pas un sujet de très graves préoccupations, si les économies réalisées correspondaient à l’accroissement du prix de la main-d’œuvre.

A part des exceptions heureusement nombreuses, l’esprit d’épargne, cette qualité éminemment française, ne croît pas chez l’ouvrier proportionnellement à ses ressources ; la facilité du gain l’incite plutôt à une dépense exagérée et, en fin de compte, les chômages partiels le trouvent souvent désarmé contre la misère. De là des souffrances pour lui et les siens, une disposition particulière à considérer comme un ennemi l’employeur dont il dépend et l’adoption de théories socialistes absolument étroites.

Dans les villes exclusivement manufacturières, où la concurrence étrangère se fait rudement sentir, les causes de mécontentement sont différentes. Les salaires ne croissent pas toujours aussi rapidement que les charges ; là encore le terrain est bien préparé pour les illusions économiques.

La Société des Ingénieurs civils ne voudra pas laisser de côté une question qui intéresse l’avenir de la France. Nous essayerons d’ajouter quelques documents nouveaux à l’étude succincte des sociétés coopératives anglaises' . Le succès de ces Sociétés constitue, en effet, pour la Grande-Bretagne, l’un des gages les plus certains de puissance industrielle et de paix intérieure.

Le terme anglais coopération désigne plus spécialement ce que nous entendons par le mot association . Les Sociétés coopératives anglaises sont des associations fondées avec le concours de faibles souscriptions individuelles. Ce ne sont point des Sociétés exclusivement ouvrières, mais des groupements de petits capitaux, formés pour l’achat des objets de consommation, dans des conditions de qualité rarement obtenues du commerce de détail.

La différence entre le prix d’acquisition et le prix de vente, basé sur le taux du marché local, doit laisser une marge suffisante pour donner lieu, tous frais, payés, à une répartition de bénéfices proportionnelle à la somme versée par l’acheteur. Ces bénéfices constituent une épargne qui, totalisée par trimestre, est portée au compte de chacun.

1. Les Sociétés coopératives en Angleterre, par Édouard Simon. — Séance du 6 octobre

Les Sociétés coopératives de consommation débutent le plus souvent par le commerce d’épiceries; on sait à quel luxe de falsifications donne lieu cette spécialité, à quel prix s’élèvent les denrées de première nécessité dans les centres ouvriers, où le marchand estime parfois les défauts de payement au tiers du chiffre de ses ventes. Disons, à ce propos, que les bonnes Sociétés coopératives anglaises exigent le payement comptant de tous achats.

Avec l’accroissement du capital social, produit par l’accumulation des souscriptions et des intérêts, se développe la marche des affaires. Aux articles d’épicerie s’ajoutent successivement la boucherie, les tissus, les chaussures, les confections, etc. Il n’est pas rare qu’une Société coopérative de consommation prenne une part importante dans la création de moulins à blé ou devienne même propriétaire d’une meunerie, si le nombre de ses membres lui permet de compter, pour la boulangerie, sur un débit de farines suffisant. De Société de consommation, l’association devient ainsi société de production.

Les bénéfices augmentant encore avec l’importance des transactions, la Société bâtit ou achète des maisons qu’elle loue ou qu’elle vend.

Lorsque la concurrence permet un prix de revient rémunérateur, la Société entreprend elle-même la fabrication des chaussures, de la bonneterie, la confection des vêtements; elle devient directement, ou indirectement en souscrivant des parts d’associations similaires, filateur, tisseur, etc.

Bien des écueils sont à éviter dans une semblable organisation. Il convient de mesurer exactement l’étendue des ressources, la puissance d’absorption du marché, l’importance des compétitions locales et étrangères, la valeur des concurrents ; il faut être négociant, en un mot, et négociant habile. Les Sociétés coopératives anglaises le savent et, dès le principe, ont eu pour objectif une organisation générale comparable à celle des Tradé s-Unions.

Beaucoup de Trade-Unionistes sont, d’ailleurs, membres de Sociétés coopératives, mais pour leur compte personnel. Les coopérateurs envoient des délégués aux Congrès annuels des Trcide s-Unions, les Unionistes se font également représenter aux Congrès des Sociétés coopératives, là se bornent les relations entre les deux grands organismes de la démocratie anglaise.

Le but poursuivi de part et d’autre est tout à fait différent. Les Trade s-Unions s’occupent exclusivement des rapports entre le capital

et le salaire, entre les patrons et les ouvriers. M. Marcel Barthe, rapporteur au Sénat du projet de loi relatif à la création des syndicats professionnels, a défini le rôle des Trade s- Unions dans les lignes suivantes :

« J’ai ici à établir la différence immense qui existe entre les Trade’ s- Unions anglaises et les syndicats professionnels révolutionnaires.

« En Angleterre, chaque Trade-Union choisit dans son sein des hommes intelligents, expérimentés, qui se tiennent au courant du mouvement industriel, qui savent parfaitement combien se vend un produit ; et, quand ils pensent que le bénéfice du patron excède la part qui peut raisonnablement lui revenir, ils demandent une augmentation de salaire, et s’ils ne l’obtiennent pas, ils provoquent une grève. Mais avant d’en venir à cette extrémité, ils se demandent combien coûte le produit industriel qui est l’objet de leur préoccupation. Ils calculent le prix de la main-d’œuvre, celui des matières premières, l’intérêt légitime du capital, la rémunération due au patron pour son administration et sa direction, ils font entrer en ligne de compte les aléa du commerce et s’ils trouvent que ces déductions faites, il reste encore aux patrons un bénéfice qui parait excessif, ils vont les trouver et ils leur disent : Nous pensons que votre bénéfice dépasse ce qu’il est raisonnable que vous receviez; vous devez augmenter notre salaire. Des négociations s’engagent; elles durent quelquefois longtemps; car les Trade’ s-Unions anglaises sont très puissamment -organisées. Le plus souvent une conciliation s’opère. S’il n’y a pas de conciliation* la grève est déclarée. Mais, comme en définitive aucune pensée politique n’a présidé ni à la formation des Trade s-Unions, ni à la grève née d’un différend entre patrons et ouvriers, le pays n’éprouve aucune inquiétude1. »

On pourrait ajouter que les Trade’ s-Unions sont attentives à toutes les questions qui se débattent entre patrons et ouvriers, non seulement en Angleterre, mais dans les autres pays et viennent souvent en aide aux grévistes étrangers, surtout lorsque la continuation du chômage peut être favorable à l’industrie anglaise.

Le but de la coopération est plus vaste et consiste dans l’émancipation progressive des classes pauvres.

Le premier congrès coopératif fut tenu à Manchester, en mai 1831,

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