Les autres sociétés n’ont pas fourni d’état de situation
2. L’Irlande compte seulement quatre sociétés avec un total de 290 membres possédant 1,560 livres (29,000 francs).
en Italie, par le docteur Schulze-Delitzsch avec les banques populaires. On sait que le principe, sur lequel reposent ces banques, est la responsabilité illimitée de chaque sociétaire pour la totalité des dettes de la banque à laquelle il appartient. Les dépôts et les prêts consentis grâce à cette responsabilité mutuelle, aussi bien par les banques ordinaires que par les particuliers, donnent aux banques populaires la faculté de faire des avances très-supérieures aux sommes que permettrait leur propre capital1.
Les actions souscrites et payées par les fondateurs des banques populaires servent à créer la confiance, qui attire les dépôts et les prêts, à former des réserves placées en fonds d’Etat, à constituer ainsi un actif toujours réalisable.
Les dividendes, provenant non de grands profits sur le capital même de ces banques, mais de faibles bénéfices multipliés par de nombreuses transactions sur la masse flottante des dépôts, permettent aux actionnaires d’établir pour leur compte des Sociétés de consommation, de constructions, d’assurances, etc.
En vingt années, 480,509 individus ont, à la faveur de ce système, accumulé un capital de 135,919,000 francs, tandis qu’en Angleterre, trente-six ans après la fondation de la Société des Pioniers de Rochdale, 485,360 coopérateurs ne possédaient encore que 134,352,000 francs. Il semble a 'priori que la méthode préconisée par M. Schulze-Delitzsch présente sur le système coopératif anglais, des avantages économiques.
Quelle que soit la productivité des deux systèmes — et il est difficile d’établir une comparaison rigoureuse avec des peuples d’habitudes et de goûts absoluments différents — le régime coopératif, tel que l’ont adopté les Anglais, convient à l’organisation manufacturière de la Grande-Bretagne. L’esprit britannique se fût, d’ailleurs, montré rebelle à l’idée d’une responsabilité illimitée. En Allemagne, au contraire, où la grande industrie n'avait pas atteint au développement dont nous sommes témoins, le morcellement des forces productives, la subdivision du commerce se prêtaient bien à l’adoption des banques populaires.
1. H existait en Allemagne, en 1878, dix-huit-cent quarante-une banques populaires comprenant environ un million de membres et faisant un chiffre d’affaires évalué à 2,500,000,000 de francs, avec un capital-actions de 2 1 2,500,000 francs et un capital-dépôts et emprunts de 500,000,000 de francs.
Pourquoi les ouvriers français se sont-ils laissé devancer sur le terrain économique par les ouvriers anglais? La cause en est-elle au caractère national? Nous ne le croyons pas, mais pour répondre complètement à la question, il faudrait entrer dans une voie où nous ne devons pas nous engager ici. Il nous sera permis, toutefois, de noter qu’après 1848, des associations ouvrières, principalement celles qui ne firent pas appel à l’assistance de l’État, donnèrent des preuves de vitalité et d’aptitudes commerciales, que malheureusement les événements politiques entravèrent bientôt ces premiers pas et substituèrent à la liberté, c’est-à-dire à la responsabilité individuelle, l’élément autoritaire, l’intervention d’un contrôle plus ou moins intéressé dans les œuvres collectives, le socialisme d’État, en un mot, dont nous avons tant de peine à nous dégager.
Le principe coopératif n’est représenté, dans notre pays, que par des tentatives isolées et, cependant, l’esprit français n’est point réfractaire à l’idée d’association. Les établissements de M. Godin, à Guise, fournissent même un exemple pratique d’une forme de coopération particulièrement intéressante, en ce qu’elle est basée sur une égale répartition de profits entre le capital et le travail. Dans la fonderie de Guise, après prélèvement sur les bénéfices, du fonds de réserve et de l’intérêt de l’argent au taux ordinaire, le reliquat de la somme disponible se partage par moitié entre le capital social et le travail, intellectuel ou manuel (proportionnellement aux traitements ou salaires de chacun).
Ce mode de répartition serait facilement applicable dans des Sociétés coopératives de production, où le capital se trouverait fourni en majeure partie par les ouvriers eux-mêmes', et donnerait satisfaction à nos tendances égalitaires.
D’après les résultats des syndicats agricoles, qui se multiplient en vue d’objets déterminés, le moment paraît opportun pour l’extension, en France, des sociétés coopératives proprement dites. Ces associations feront disparaître bien des malentendus et fourniront aux ouvriers les moyens d’améliorer leur situation sous tous rapports, à la condition de ne point se départir des règles de prudence qui ont fait la fortune des associations anglaises et qui peuvent se résumer comme suit :
1° Participation de tous les intéressés, hommes, femmes et enfants
depuis l’âge de seize ans, à la constitution du capital social, formé de parts ou actions relativement peu coûteuses;
2° Dépôt obligatoire, pour chaque sociétaire, d’une somme immobilisée, à titre de garantie ;
3° Responsabilité limitée ;
4° Transactions exclusivement au comptant ;
5° Limitation du nombre des parts pouvant être réunies dans les mêmes mains;
6° Développement de l’instruction et de l’éducation des associés par les lectures, les conférences, les cours, etc.
A ceux qui doutent de l’avenir des associations dans notre pays et prétextent de la légèreté des Français, nous répondrons, en terminant, par les considérations suivantes empruntées à l’Essai, du comte de Montlosier, sur l’art de constituer les 'peuples :
« L’inconséquence et la frivolité de la nation ne sont pas, comme « on le croit, une chose qui lui soit naturelle, qui dépende de son « climat ou de quelque autre cause particulière et permanente; elle « provient de l’inconséquence même, de la versatilité de tout ce qui « existait... Donnez une bonne constitution à ce peuple, il deviendra « fort. Mettez de l’ordre dans son gouvernement, et vous en mettrez « dans ses idées. Le peuple français, dit-on, est peu sage ; donc il ne « lui faut pas de liberté. Et moi, je réponds : Donc il lui faut de la « liberté pour qu’il devienne sage. »
Pans. — lmp. E. CAFIOMONT etV. RENAULT, rue des Poitevins. 6.