Schaallhaus. Bkv
Les économistes allemands se sont mainte fois élevés contre la pratique condamnable des crédits par acceptation et des crédits en blanc : les premiers ont suivi une marche progressive, passant pour l'ensemble des banques allemandes de 379 millions en 1884, à 523 millions en 1890, 1.294 millions en 1900, et 1.399 millions de marks en 1904, dont 861 millions représentés par les acceptations des banques berlinoises. Les banques constituent ainsi
un fonds de roulement où leur crédit seul est enjeu et la clientèle spécule avec le crédit de ses banques.
Quant aux crédits en blanc (Blankocrediten), à découvert (ungedeckt), ils ont toujours joué dans les banques allemandes un rôle important: en 1900, plus de 31 0/0 des crédits accordés étaient à découvert : cette proportion semble avoir diminué dans ces quatre dernières années (1), mais les banques n'indiquent pas toujours dans leurs bilans la distinction, essentielle pourtant, entre ces crédits en blanc et ceux que couvrent de sérieuses garanties réelles. Sans doute ces crédits ne sont accordés qu'après mûr examen (2) et l'on ne saurait nier l'influence heureuse qu'eut sur le développement économique du pays ce libéralisme des banques en matière de crédit ; mais ceci ne va pas sans risques et sans dangers : nous le verrons lors de l'examen de la crise 1900-1901. Pour le moment, nous ne cherchons qu'à donner une idée de l'activité gé-
(1) Voir Bilans. — Deuxième partie.
(2) « Au lieu de se contenter d'un examen superficiel de la situation des personnes qui demandent un Blankocredit , plusieurs banques rhénanes exigent le bilan des dernières années ; si quelque chose leur paraît louche, si les chapitres leur semblent trop habilement composés pour les besoins de la cause, elles réclament les registres de comptabilité et les registres copies de lettres ; puis sans trop se laisser toucher par la richesse de la maison, elles étudient l'importance, non pas absolue mais relative, des diverses parties des comptes. Elles n'oublient pas non plus de rechercher si l'industrie ou le commerce en jeu est susceptible de se développer ou est condamné à végéter. Enfin, à. l'aide de ces éléments et par une étude attentive, elles arrivent à se faire une idée exacte de la situation présente et en même temps, pour ainsi dire, à prendre pied dans l'avenir. Comme elles imposent le plus souvent à leurs clients de leur remettre chaque année leurs bilans, elles suivent chacun et soit, conservent leur calme avec la certitude de ne point se tromper sur la situation réelle, soit se mettent à l'abri dans la mesure du possible » (Sayous, op. cit., p. 118).
néralo dos banques allemandes : nous voyons qu'elles sont d'importantes banques de crédit ; « c'est du banquier allemand plus que de tout autre qu'il est vrai de dire qu'il n'est plus un caissier doublé d'un teneur de livre, mais qu'il est un véritable marchand de crédit. C'est un commerçant, c'est un intermédiaire entre les capitalistes désireux de placer leurs fonds et les entrepreneurs du commerce ou de l'industrie cherchant à s'en procurer. Il est le trait d'union entre l'offre et la demande des capitaux » (1).
« Les plus grandes maisons s'intéressent au haut négoce et à la grande industrie : les maisons moins importantes an moyen commerce et aux petites fabriques, les maisons de troisième et de quatrième plan ont comme clientèle les moyens patrons » (2).
Il nous reste à voir comment elles sont également des Sociétés financières, des banques d'aiïaires, s'intéressant direclemcnl dans les entreprises industrielles et commerciales, non plus seulement par des ouvertures de crédit, mais par toute une série d'opérations sur titres, émissions, participations et commandites. C'est là, avons-nous dit, le trait caractéristique des banques allemandes: il a vivement frappé tous ceux qui ont porté leur observation sur l'activité économique de l'Allemagne.
« La part prise par les banques à la constitution du capital des sociétés sous forme de commandites ou de participations, écrivait M. R. Monod dans un rapport à la date du 14 juin 1901, les rend en quelque' sorte solidaires
(1) G. Blondel, op. cit., p. 484.
(2) Sayous, o'p. cit., p. 285.
les unes des autres. Pour un grand nombre d'établissements de crédit, la ruine des affaires industrielles ne constituerait pas seulement un ralentissement de leurs propres opérations financières, elle entraînerait une perte de capital énorme. On touche ici du doigt la hâte presque fébrile avec laquelle l'Allemagne a développé certaines branches de sa productivité et les inconvénients qui peuvent dans l'avenir en résulter pour elle. »
« Un trait distinctif de la méthode allemande, disaient MM. Fuller et Rowan dans un rapport à l'Institut of Bankcrs de Londres, est le lien étroit qui unit les entreprises industrielles et commerciales aux banques. Celles-ci ne se contentent pas de prendre dans les établissements de leur ordre des participations suffisantes pour exercer sur eux un puissant contrôle : elles suivent la même politique visà-vis des syndicats, comptoirs de mines, compagnies de chemins de fer, de tramways, etc..
a C'est un fait que le magnifique développement de leurs ressources nationales est dû dans une large mesure à l'initiative des banques qui, dans leurs bilans, font figurer ouvertement ces affaires et en discutent froidement les chances de succès : en Allemagne, le banquier est non seulement l'aide, il est le pionnier de leur commerce chez eux et au dehors. »
L'ensemble des titres, participations et commandites possédés par les banques allemandes représentait :
1883 247,406 milliers de marks
LES CAUSES fil
Pour les cinq grands établissements, chefs de groupe, nous avons, pour 1904, les chilTres suivants (1) :
Deutsche Bank. . .
Discontogesellschaft Uresdner Bank. . .
Darmstiidter Banlc.
A. Schaaffh. Bkv. .
(marks)
Titres Participations Commandites
A cette môme date, nous avions pour nos trois grandes Sociétés françaises de crédit :
Crédit Lyonnais, portefeuille, titres 8.637.922 francs
Société Générale — 46.473.153 —
— participations industrielles et
commerciales 2.030.120 —
Comptoir d'Escompte, portefeuille, titres [comprenant également rentes, obligations et valeurs diverses) 24,632.875 —
Nous aurons à étudier (voir B, Cause Economique) les dilTérentes modalités que prend ce concours direct des banques allemandes dans l'activité des établissements industriels et commerciaux. Pour l'instant, le tableau suivant des émissions d'actions de banque et d'actions industrielles donnera une idée de l'activité des banques allemandes manifestée dans la création des valeurs mobilières (millions do marks) :
(1) Pour l'analyse, voir 11= partie les monographies de ces difterentes banques.