‹ Le mouvement de concentration dans les banques allemandesChapitre 9 sur 54 · LES · texte numérisé non relu

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Dans ce total les banques berlinoises représentent en 1S90 un accroissement proportionnel de ol 0 0 ; en 1904, de 59 0 0.

Quelles sont maintenant, au point de vue de la concentration, les conséquences de cette façon de concevoir et de pratiquer la banque, l'influence exercée par la technique môme du commerce do banque en xMlemagne ?

« Dans la banque, dit M. Bourguin, un mouvement d'intégration se poursuit parallèlement à celui de la concentration » (1). iNul doute qu'en Allemagne, le mouvement d'intégration particulièrement favorisé par les circonstances historiques et le caractère germanique luimême, n'ait par là singulièrement aidé à la concentration.

« Les banques allemandes, a-t-on dit, mènent de front les opérations les plus diverses avec autant d'énergie que si chacune d'entre elles formait l'objet unique de leur activité : elles profitent des opérations d'une certaine caté* gorie pour développer avec une plus grande intensité les opérations d'une certaine autre. »

a) L'activité de la Banque ainsi élargie et renforcée, décuplée en quelque sorte, va d'abord nécessiter un renforcement de ses moyens d'exploitation propres, d'où ces anfpnentalions successives du capital que déjà nous avons montrées ; premier élément de concentration.

(1) Bourguin, op. cit., p. 140.

« Les banques allemandes, écrivait en 1898 M. Raffalovich, semblent aujourd'hui en proie à une véritable manie de grossir leur capital, ce qui tient en partie à ce qu'elles cumulent des fonctions qui sont séparées dans d'autres pays » (1).

Ce n'est point seulement, en effet, le souci ou l'obligation de toujours maintenir une certaine proportion entre leurs ressources propres et leurs engagements envers les tiers, qui a dicté aux banques allemandes ces augmentations de leur capital-actions : on verra que ce n'est point là qu'il faut en rechercher la raison première, si l'on se reporte aux tableaux que nous avons donnés (p. 54) et qui indiquent à côté du chiffre des dépôts et des comptes créditeurs le montant des ressources propres : c'est au contraire uniquement ce souci qui paraît avoir inspiré les élévations du capital de nos grandes sociétés françaises de crédit :

Crédit Lyonnais :

millions

Ressources provenant des tiers 179

Comptoir National d'Escompte :

1889 . capital 40 Ressources provenant des tiers 140

(1) Rafîalovich, Marché financier, 1898-1899. '

millions

capital 50

Société Générale :

millions 1878 . capital 120 Ressources provenant des tiers 272

Mais il faut voir que les dépôts jouent dans ces établissements un rôle prépondérant : c'est eux — et eux seuls peut-on dire, si l'on considère les ressources propres comme étant surtout un fotids de (jaranlie — qui forment la base des opérations courantes de ces banques, la source normale et principale de leurs profits :

« Nous ne négligeons pas les affaires financières, disait le rapport du Crédit Lyonnais en 1880 ; nous les accueillons volontiers quand les circonstances nous les présentent. Mais nous ne voulons pas dépendre d'elles ; nous voulons avoir notre revenu annuel assuré par les bénéfices ordinaires de banque, w

Le rapport de 190i tenait le même langage . « Les bases de la gestion du Crédit Lyonnais sont toujours les mêmes : conserver aux disponibilités leur abondance afin de donner une base solide au crédit de l'entreprise, n'admettre dans l'actif d'autre immobilisation que celle résultant des immeubles sociaux, contrôler sévèrement les risques et les diviser le plus possible en évitant les gros engagements. »

Tout au contraire, les interventions plus nombreuses et plus hardies des banques allemandes dans l'émission des valeurs induslricUes et dans la spéculation a eu pour conséquence naturelle d'attribuer aux ressources propres un rôle plus important. En 1904 par exemple, dans les banques berlinoises, nous voyons le capital et les réserves fournir près de 30 0/0 des ressources mises en œuvre : pour nos trois grandes sociétés de crédit, cette proportion

était à peine de 18 0/0 : dans les banques anglaises, capital et réserves représentent 8 ou 9 0/0 des moyens de crédit (d).

De plus, cette situation qui oblige les banques allemandes à rechercher les affaires à gros bénéfices, ne va pas sans des risques plus élevés auxquels échappent plus facilement les grandes banques. Quand en effet les dépôts atteignent dans une banque un chiffre considérable, les probabilités de remboursement ne s'écartent guère d'une certaine moyenne. Il devient alors possible de consacrer sans imprudence une partie des ressources disponibles à des opérations de plus longue haleine, moins facilement liquidables, mais à rendement plus élevé. Cet avantage des grandes banques n'a pas peu contribué à précipiter le mouvement de concentration.

b) Quand les grandes banques développèrent leurs opérations de banque proprement dites, — poussées par la nécessité qui s'imposait à elles chaque jour davantage, d'emprunter pour pouvoir prêter^ — elles purent, assurées ctautre part de larges bénéfices^ faire sentir plus âprement leur concurrence aux petits banquiers, en offrant à la clientèle des conditions spéciales, plus avantageuses ; cette nécessité les conduisit également à multiplier le nombre des caisses de dépôts ; il n'est pas douteux en effet que « le système d'exploitation par agences ne soit la condition indispensable pour développer presque à l'infini les dépôts (2) ». Entrées dans cette voie, oii les poussait encore l'influence particulière de ces lois de finances et du Bôrsengesetz que nous aurons à étudier, elles se sont attachées

(1) V. Aupelit, Vie Financière. Revue Economique Internationale^ tnai-juin 1904.

(2) Saurel, op. cit., p. 77.

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à développer les dépôts, les comptes courants et les services de Girokontos qui ont pris en Allemagne une place considérable : nous n'avons pas besoin de démontrer comment ces deux dernières catégories d'affaires ne peuvent prospérer que si on les pratique sur une grande échelle : la compensation n'a do but que lorsqu'un grand nombre de maisons y prennent part.

C'est pour élargir leur cercle de compensation, concentrer les opérations de paiement, ne régler que des soldes, réaliser ainsi de notables économies de frais généraux, timbre, commissions, que nous voyons les grandes banques étendre leur réseau de succursales et de bureaux, s'allier entre elles. 11 faut également noter dans cet ordre d'idées que ^acc^s direct au lieu de compensation, c'està-dire à la Heichsbank, exige qu'on y maintienne un solde de compensation [Girosaldo) tr^s considérable et seuls de très grands établissements peuvent satisfaire à cette exigence (1).

Le mouvement d'expansion causé par le développement des affaires régulières de banque est ainsi venu doubler celui qu'avait déjà nécessité, pour les grands établissements, intéressés aux entreprises industrielles, le besoin d'avoir de solides attaches et des rapports étroits avec ces entreprises, sur les lieux mêmes de leur activité, — comme aussi pour pouvoir plus facilement écouler aux guichets de leurs succursales ou des banques alliées, les innombrables titres industriels émis par eux. INous donnons plus loin lénumération dos participations possédées par les cinq grands établissements, clieis de groupes, dans les deux régions industrielles de la Prusse Rhénane

(i) Fleischhaoïmer, art. cite.

et de la Silésie. Disons seulement en passant, qu'ils y possèdent 21 participations et 70 filiales représentant un capital-actions de 482.140.800 marks.

c) Enfin nous avons note la progression remarquable suivie dans les grandes banques allemandes par les ci^édils (ï acceptations qui représentent « un capital, que ni les actionnaires ni les déposants n'ont fourni, qui n'est renfermé dans aucune caisse ni dans aucun portefeuille (1) », capital créé de toutes pièces, peut-on dire, par les banques elles-mêmes, et qui repose uniquement sur le crédit. Or le crédit d'une banque est une chose essentiellement subjective, il est fait de la confiance que met on elle un plus ou moins grand nombre de personnes : « la publication des bilans qui sert aux banques d'annonces perpétuelles » (2), l'étendue de leurs relations sans cesse affirmée, les innombrables moyens qu'elles emploient pour frapper les yeux et l'imagination du public, établissent et font connaître le crédit des grandes banques. On voit comment les grands établissements berlinois savent en tirer un large parti.

Sans doute, un grand nombre de ces éléments techniques particulièrement favorables aux grands établissements et facteurs de leur supériorité sur les petites institutions, ne sont point spéciaux aux banques allemandes. Uiie plus large compensation de risques, par l'elTet de la loi des grands nombres, une action plus étendue sur le public, grâce à leurs agences et correspondants, grâce aussi à la puissance de crédit attachée à leur signature, une utilisation toujours active de leurs capitaux par leur établis-

(1) Saurel, op. cil., p. 8:2.

(2) W. Bagehot, op. cit., p. 257.

semenl sur un grand nombre de places aux conditions ccononiiqiios différontos, ont permis aux grandes sociétés, en Allemagne comme ailleurs, de toujours travailler davantage, de travailler à moindres frais et avec plus de profits, d'étendre sans cesse leurs relations, d'y comprendre à la fois capitalistes, commerçants, industriels, communes et Etats même, d'accroître les branches de leur activité et le chiffre de leurs afi'aires. Ces dilTérents aspects de la supériorité des grandes banques sur les petites — cause générale de la concentration — ont été maintes fois exposés ; aussi nous n'avons point voulu en reprendre l'analyse et nous y attarder ; nous avons surtout cherché à indiquer dans quelle mesure, ce fait particulier à l'Allemagne, qui est la façon dont la Banque y est comprise et pratiquée, a favorisé le développement des grandes banques et leur a assuré une nouvelle supériorité dans la lutte de la concurrence, en leur offrant de multiples moyens d'exercer leur activité, — et souvent sur un terrain où il était difficile et dangereux aux moindres établissements de les suivre. Il nous reste à examiner ce que nous avons appelé la cause économique du mouvement de concentration.

R. — La cause économique.

11 est assez évident que c'est le développement économique général quia, non seulement favorisé, mais encore rendu possible la concentration. Le perfectionnement des moyens de transport (1) que M. de Bousiers appelle avec

(1) Le réseau des chemins de fer allemands qui n'était que de 25.942 kilomètres en 1875 atteignait près de 52.000 kilomètres en 1901 ; l'Ai-

juste raison « les pères de la concentration commerciale », l'extension des communications postales, télégraphiques et téléphoniques (1) ont permis de nouer des relations étroites entre les clients les plus reculés de la province et les grandes banques de la capitale.

D'autre part, l'avènement des grandes sociétés industrielles modernes a nécessité la création d'organismes de crédit et d'échange que ne demandaient point l'industrie à domicile ou le petit commerce local. En un mot, pour que la grande banque, comme la grande exploitation, prît naissance « il fallait qu'un système de relations développées, des Etats d'étendue plus considérable et une politique commerciale et coloniale heureuse eussent entraîné la formation de grands marchés facilement accessibles, que les bornes mises à l'intérieur aux relations du commerce et à la concurrence eussent disparu... il fallait ensuite que le commerce eût produil une bourgeoisie pleine d'audace et de confiance en soi, eût développé un esprit débordant d'initiative et d'entreprise commerciale... il fal-

lemagne possède en outre environ 15.000 kilomètres de voies fluviales navigables.

(1) Le réseau télégraphique allemand représentait:

1880 70.826,540 kilomètres

1900 128.315,000 — (non compris 37,715 kil.

de lignes de chemins de fer).

Le développement en kilomètres du réseau de fils téléphoniques représentait :

1890 114.260 kilomètres

1903 1.632.190 — (pour la France, seulement

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