‹ Le mouvement de concentration dans les banques allemandesChapitre 10 sur 54 · kil · texte numérisé non relu

kil

(Statistiques du Bureau International des administrations télégraphiques à Berne).

lait enlin un développement parallèle de la technique )' (1)...

Mais c'est moins de cet ensemble de conditions générales que nous voulons parler ici que d'une cause plus particulière à l'Allemagne, tout à l'ait propre à expliquer la rapidité du mouvement de concentration et sur laquelle avec une largeur de vues et un sens critique assez rares chez de purs hommes d'all'aires, insistaient vivement les banquiers que nous avons eu la bonne fortune de pouvoir approcher et consulter.

« Prenez garde, nous disait à Francfort, le directeur de la succursale d'un grand établissement berlinois; quand vous interrogerez des banquiers sur la concentration et sur ses causes, on vous parlera surtout de la technique de la compensation, des lois sur le timbre et sur la Bourse. Ce ne sont pas là les vraies causes de la concentration. A mon avis, ces lois n'ont fait que soutenir une tendance générale qui se manifeste dans la banque comme dans toutes les autres branches du commerce et de l'industrie : cela est pourlant bien sensible chez nous : c'est la théorie des vases communiquants. »

Et d'une façon plus précise encore, un banquier de Berlin nous disait : « La concentration dans la banque est un fait qui ira toujours s'accentuant. J'en vois la cause première dans la connexion étroite où se trouvent, en Allemagne, le commerce, l'industrie et la banque, dans la nécessité où nous sommes de subvenir aux besoins toujours croissants d(> l'industrie et du commerce. Examinez les conditions actuelles de l'industrie électrique, des indus-

(1) V. Schmoller, Principes (Vécovomie politique, II, p. 521 et suiv.

tries du for ou du charbon par exemple ; il est évident que ce ne sont plus les mêmes qu'au moment oij nous avons aidé ces industries à se mettre en maiche ; elles ont aujourd'hui des besoins de capitaux et de crédit, auxquels ne peuvent plus suffire les banques moyennes dont les ressources, môme fortifiées par des dépôts, sont devenues insuffisantes ; la grande industrie nécessite de grandes banques aux capitaux considérables et disponibles. »

C'est en effet, suivant nous, dans cette connexion étroite^ dans celte union intime des banques allemandes et de l'industrie et du commerce^ qui fait des grands établissements des sociétés financières autant que des intermédiaires d'échange et de crédit, qu'il faut chercher l'explication de l'intensité et de la rapidité du mouvement de concentration dans le trafic de banque.

Sans doute, d'une façon générale, « Tunion de la banque et de l'industrie est imposée par le développement économique : d'un côté, les entreprises industrielles que les capitaux accumulés individuellement ne suffisent plus à établir, sont dépendantes des banques pour les capitaux nécessaires à leur fonctionnement ; de Vautre côté, les banques concentrant les capitaux que n'absorbent pas les emprunts d'Elat et qui ne trouvent plus d'emploi dans la petite industrie, sont obligés pour les faire fructifier de les mettre à la disposition des grandes sociétés industrielles » (4). Et Schaeffle avait montré déjà comment « nous sommes arrivés à ce point du développement économique, oii la grande industrie doit en grande partie compléter son capital par la réunion des petits capitaux fournis par les organes économiques particuliers qui ont pour fonc-

(1) P. Lafargue, Les Trusts américains, p. 103.

tion spéciale d'émetire les actions industrielles ; le développement des banques d'entreprises est parallèle à celui de la grande industrie ^k

Mais ce fait présente en Allemagne un caractère particulièrement original en ce sens que « ces banques d'entreprises » sont en même temps les banques ordinaires et qu'elles travaillèrent dès le débuts à la constitution des diiïérentos industries ; le rapport est ainsi plus étroit, Tinlluonce réciproque plus puissante.

<( Les banques chez nous, écrit iM. Blondel, assurément ne refusent pas leur concours à l'industrie, mais ce qu'elles ne pratiquent pas, c'est une véritable coopération, un consorlhim, comme disent les Américains, entre le producteur, le commerçant et le banquier. Cette entente est au contraire un des éléments de succès de nos voisins. Ce sont les banques allemandes qui ont avancé il y a vingtcinq ans, les sommes nécessaires à la transformation et à la construction des usines. Depuis lors, ce sont elles qui ont permis à ces établissements de se soutenir, de traverser les époques de crise, de se maintenir à la hauteur du progrès : elles ont contribué pour une large part à l'essor économique de l'Allemagne (1). »

(1) Blondel, op. cit., p. 482. « Les banquiers, dit M. Sayous, parlant de la transformation économique de rAlIemas"ne, furent plus que des intermédiaires ordinaires entre le capital et le travail ; ils dirigèrent ou soutinrent le mouvement avec une extrême fermeté. Ils transformèrent les possibilités et les puissances en des réalités et prêtèrent personnellement au commerce et à l'industrie l'appui qui leur était nécessaire. » Et M. Paul de Rousiers écrit dans son beau livre Hambourg et r Allemagne contemporaire, p. 231 : < Je comprends mieux après l'avoir constaté ce qu'on me dit à Hambourg et un peu partout en Allemagne, du rôle très fécond des banques dans les entreprises industrielles et commerciales : t Ici l'argent est confiant. Les banques nous soutiennent beaucoup. Pas de grandes affaires qui n'aient derrière elles un con-

74 PREMIÈRE PàRTIE. — CHAPITRE II

« Grâce à l'appui et au concours, que la haute finance lui a prêtés, l'industrie allemande a pris en peu de temps un développement gigantesque, — écrivait la Chroniqiie industrielle, maritime et coloniale du 6 janvier 1905. Il n'est point douteux que sans cette alliance, sans celte union des forces industrielles et des forces financières, l'Empire n'eût point réalisé ces merveilles dont nous avons été les témoins, »

Il est très visible en effet, qu'à part Berlin, qui s'est trouvée comme capitale de l'Empire dans une situation tout à fait particulière, la banque s'est, en Allemagne, beaucoup plus développée à l'ouest de l'Elbe qu'à l'Est de ce fleuve et cela d'une façon parallèle à la répartition de l'industrie et de la richesse en capital du pays.

La solidarité qui unit les banques aux entreprises industrielles et commerciales a revêtu des formes variées: les Banques ont parfois créé de toutes pièces des usines, surtout au début du développement économique de l'Allemagne : l'A. Schaaffausens'cher Bankverein fit ainsi construire pour son propre compte des fabriques dans la province rhénane. Dès 1851 (l'A, Schaaffhausens'cher a été fondé en 1848), son compte « participations dans les sociétés industrielles » atteint 434.706 thalers : il s'intéresse en 1851 à la Border Bergwerks und Hiittenverein, en 1852 à la Ilôrder Bergwerksverein, à la Kolnische Baumwolls-Spinnerei und Weberei. Dans la seule année 1856, la Darmstadter Bank participe à la fondation de la Wolls-

sortiutn de banques. Dans ce pays on a fait pour ainsi dire l'éducalion du capital », tels sont les témoignaf^es concordants que je recueille de toutes parts chez les armateurs, les industriels, les ne'gociants, les consuls et les économistes ; inutile d'ajouter que les banquiers n'y contredisent pas. »

manufaclur (Je Mannheim (capital 400.000 florins), de la Wurttembergische Kattursmanufactur(500.000 florins), de l'OIdenbiirgisch-ostindische Reederei (250.000 florins), de la fabrique de lainages et peignés de Markiissa (300.000 florins), de la Ludwigshiitle de Biedenkopf (360.000 tlialers) : elle participe avec le concours de laMitteldeutsche Gredit- Bank à la transformation de la Maschinenfabrik und Eisengiesserei de Darmstadl en une société par actions au capital de 200.000 lloiins, à la transformation de l'Heilbronner Maschinenbaugesellschaft.

De 1834 à 1870, le même établissement est intéressé à l'émission des actions et obligations de 33 sociétés de chemins de fer ; la Discontogesellscliaft aux émissions de 8 sociétés du même genre.

Plus souvent, en ces dernières années, les banques ont commandité les établissements industriels et commerciaux ; elles ont transformé les entreprises privées déjà existantes en sociétés par actions ou ménagé les augmentations de capital de ces sociétés, soutenant le cours des actions, rachetant souvent pour leur propre compte les titres qu'elles inscrivent dans leurs bilans sous le nom de valeurs possédées en propre [Eigcner E//eklen Koiilo).

Nous ne pouvons songer à donner ici l'énuméralion complète et détaillée des difl'érentes et multiples entreprises industrielles auxquelles se sont intéressées les grandes banques (1) ; si l'on se reporte au tableau que nous avons donné de l'émission des actions industrielles en Allemagne, on verra l'importance de l'activité déployée dans ce sens par les banques (p. 62) ; voici le tableau des sociétés par actions créées en Allemagne depuis 1870 et ce-

(1] V. 2" partie, le délail du compte consorlial des grands établissements-

lui du Konso)'iial Konùo des grandes banques : mieux que tous les développements, ils montreront les participations directes prises par elles dans les sociétés industrielles. Donnons seulement, comme détail, la liste des différentes émissions ou fondations auxquelles a participé la /)e?/^5C^e Bank en ces dernières années :

Actions ou obligations de chemins de fer . , . . 25

Entreprises de transport et de navigation. ... 27

Brasseries 15

Mines et industries métallurgiques 54

Industries textiles 24

» électriques 14

» chimiques 17

Construction de machines 32

Briqueteries 5

Entreprises diverses 45

On ne comptait pas moins en Allemagne, fin 1904, de 5.482 sociétés par actions représentant un capital de 815.270 millions de marks.

Il a été fondé en Allemagne de 1870 à 1904 :

Années

millions de marks

sociétés

par

actions

au cap

tal de

Années

millions de marks

sociétés pas actions au capital de 111,24

Or, de ce capital total, les grandes banques allemandes possèdent une part considérable comme le montre le tableau suivant :

Fin 1904

Deutsche Bank

Discontogesellschaft . .

Dresdner Bank

A. Schaaiïhaus. Bankv Darmstiidter Bank. . .

Valeurs possédées en propre

parlicipalions

consorliales

millions de marks

participât. durables commandite

2IJU.3

594,6 millions de marks Sans doute, de ces o9i,G millions de marks, il faut dé-

duire les parts prises parles grandes banques dans rémission des emprunts communaux ou d'Etats, ainsi que les participations prises dans les entreprises industrielles et commerciales étrangères ; il reste cependant un total de (.apitaux industriels et commerciaux allemands, concentrés dans les banques, plus que suffisant pour établir, d'une façon globale, l'étroitesse des rapports qui unissent en Allemagne l'industrie, le commerce et la banque.

Ils sont par exemple, particulièrement sensibles dans l'industrie électrique que le rapport de la chambre de commerce de Stuttgart de 1901 nous montre justement « en train de conquérir la première place sur le marché du monde ». Ces entreprises ont trouvé dans les banques leurs plus précieux auxiliaires ; aux 7 principaux groupes électriques correspondent en Allemagne,? groupes de banques, chargées de financer l'afTaire et possédant en portefeuille les actions d'entreprises anciennes achetées en vue de transformation ou celles des entreprises déjà transformées :

Page 1