Stock, éditeur
verains maitres, et il développe cette théorie dans quatre ou cing recueils de pure technique dramatique. C’est précisément l’un de ceux-la qu’il vient de publier, et qui forme un résumé, un bréviaire de ses idées essentielles. Le dramaturge russe tente de nous démontrer ceci : instinct de transfiguration théatrale est & la base de presque toutes les actions humaines, et on le retrouve dans toute la nature (plantes, insectes, animaux). Ainsi, le chat joue avec la souris, s’offre le spectacle des transes de la victime (elle-méme simulant la mort, afin d’y échapper). Ainsi, des plantes comédiennes font semblant d’étre pierres, tourbe, etc. Ainsi, d’autres bétes, végétations, affichent leur instinct cabotin. Quant aux humains (surtout en bas Age), civilisés et sauvages, ils s’affirment des étres essentiellement théatraux. Evreinoff appuie sa thése d’une centaine d’exemples (parfois un peu spécieux) et va jusqu’a vouloir nous insinuer que le réve est « un drame de notre invention, un thédtre monodramatique ou l'on se voit soi-méme comme dans un immense film », La vie, elle, l’écrivain la nomme « un spectacle sans fin ». Ce qui ne nous apparait point une découverte bien sensationnelle. A parler franc, le petit essai théorique de notre confrére russien renferme pas mal de lieux communs, de truismes, de vérités premiéres semblables A ceux-ci; nous confond parfois par ses naivetés, camouflées en audacieux paradoxes! Tout ce que nous lisons, ici, il ~n’est pas un de nous qui ne l’ai dit, formulé, en causant familiérement, mais sans y attacher d’autre importance, et peut-étre cette série de nota-
tions, d’observations courantes ne méritaient-elles point l’honneur de l’impression. En revanche, elles témoignent chez l’auteur d’un culte fervent, d’un vibrant amour pour « les choses du théatre », but supréme de la vie, centre de l’Univers. Ceci nous inclinerait 4 une sympathique indulgence et cette passion nous l’éprouvons nous-méme avec trop de violence pour savoir mauvais gré a M. Evreinoff d’un ouvrage qui, sur ce point du moins, correspond 4 notre ferveur, la traduit de fagon continue et, somme toute, assez touchante.