PIERRE BONNARD
Ce qui fait le fond de M. Bônnard, c'est le charme.
Il en a le don inné. Tout, dans ses enchevêtrements de lignes comme dans le choix de ses tons, le poursuit et le dit. Il le trouve dans l'enfant, dans la femme surtout, aux longues silhouettes gracieusement onduleuses. Il sait fixer, sans lui faire perdre son velouté vif, ce frêle kaléidoscope, ce feu d'artifice toujours imprévu — le papillotage. C'est le fouillis compliqué d'une civilisation sans cesse en mouvement, où tout a sa note de couleur et en joue. L'inattendu d'un coin de rue, le geste relevé d'une parisienne traversant, les mille détails menus et frivoles de sa toilette, devenant par son impeccable goût le régal de l'œil raffiné. En ces spectacles de grâce fugitive, qu'il faut saisir pour ainsi dire au vol, toujours M. Bonnard demeure éminemment coloriste. En même temps qu'il poursuit l'équilibre des lignes par leur contraste, opposant à de folles sinuosités des droites rigides.
Signalons encore une particulière observation, caracté-
ristiquement amusante de Tanimal — chats, coqs, chiens. . Ceux-ci surtout ont des silhouettes fiiciiement reconnaissablés chez M. Bonnard. Il comprend leur être intime manifesté par des poses baroques, des échines souples, tendues, des museaux en l'air, des courses folles dégingandées
Le sentiment inhérent à chaque scène M. Bonnard l'éprouve d'instinct, son faire s'en ressent, variant suivant les sujets traités. Cette différence se marque bien entre les œuvres faites à la campagne et celks de Paris. Dans les premières plus de simplicité, de calme, dans les autres plus d'acuité, de chatoiement ténu et nerveux.
En somme, M. Bonnard apparaît un très sensitif, un délicat de la couleur unie aux souples arabesques — toutes qualités d'artiste (i).
(r) Ces qualités se sont affirmées plus nettement encore dans une récente exposition des œuvres du peintre aux galeries Durand-Ruel (Du 6 au 22 janvier 1896}.