‹ Le mouvement idéaliste en peinture (volume 2)Chapitre 17 sur 19 · EMILE BERNARD · texte numérisé non relu

EMILE BERNARD

M. Emile Bernard apparaît complexe. En lui se rencontrent l'artiste et Tintellectuel, celui-ci de volonté forte. Très jeune il connut Gauguin, se préoccupa de Cézanne, fut Tami de Van Gogh. Il a vécu longtemps en Bretagne, en Italie, à Constantinople, au Caire où il est fixé pour le moment.

L'artiste possède une vision colorée des choses, un sens décoratif des aspects de pure réalité sensationnelle. Dans cet ordre nous indiquerons des natures mortes, divers paysages et portraits, enfin une abondante série envoyée récemment d'Orient. Des couleurs nettes s'harmonisent dans la clarté. Puis en d'autres œuvres l'intellectuel paraît, domine en maître. Tout un monde d'impressions surgit non de la vie usuelle mais de l'Art des musées. L'artiste devient le disciple des maîtres anciens, dans une abdication de sa modernité. Alors la cérébralité prime la sensation directe, lui imposant une simplicité cherchée, une naïveté primitive, presque d'enfant, rigoureusement voulue. Il s'ensuit un

caractère tout particulier rappelant, d'aspect seulement, le mysticisme des premiers âges.

Et ces deux courants chez M. Bernard semblent exister simultanément, sans se confondre, au moins complètement. Ce ne sont point des séries homogènes correspondant à des périodes déterminées de vie. Mais l'artiste a l'extraordinaire don, la faculté souple de produire côte à côte des oeuvres d'un ordre tout différent

M. Bernard a écrit, dans le Mercure de France principalement, et dans d'autres publications, des articles d'art d'une portée sérieuse et de principes rigides. Si ses ta- 'bleaux l'affirment comme peintre, son style, d'un classique sobre et net, le dénote écrivain, plus encore peut-être.

CHARLES FILIGER

M. Filiger s'est retiré en un pays perdu de Bretagne.

Quelques œuvres de lui parurent au premier Salon de la Rose + Croix (1892), d'autres, fort rares, sont éparses en des galeries particulières. Dans le peu qu'il nous a été donné de contempler, nous avons trouvé une évocation des Primitifs, de Tenluminure du moyen âge, et surtout de l'art Byzantin. La candeur se fond dans le sentiment religieux, qui est la dominante de M. Filiger.

Il faut attendre de l'artiste de nouvelles œuvres pour se prononcer sur la portée de cette Renaissance, non plus païenne, mais toute mystique.

Page 1