NÉO-IMPRESSIONNISTES
Quelques artistes, tout en tenant à l’Impressionnisme par des liens étroits, ont paru incliner en quelques points vers la formule idéaliste. Nous passerons en revue, dans cet ordre d'idées : MM. Schuffenecker, Toulouse-Lautrec, Ibels et Anquetin. Nous leur ajouterons trois paysagistes : MM. Guillaumin, Mautra et Guilloux.
EMILE SCHUFFENECKER
L'évolution de M. Schuffenecker apparaît typique.
Ses premiers essais .dénotent un tempérament de peintre épris de clarté. Cette tendance s’accentue dans des recherches relatives à la division de tons, toutefois sans tomber dans le pointillisme. À cette période appartiennent des marines de Fécamp et d'Yport, une vue de square, divers paysages. Enfin M. Schuffenecker arrive à une transformation plus personnelle. |
Dans ce qu'il appelle d'une façon imagée ses Pérégrinations d'âme, voici ce qu'a entrepris l’artiste. Il s’en est allé dans la simple banlieue : là, il a sublimé, si je puis dire, ses sensations, surélevant la nature, la passant au crible de sa vision pour en éliminer non seulement les détails acces-
soires, mais cncore tout ce qui choquait, en quelque ma-'
nière que ce fût, sa subjectivité délisate. I] ne reste qu'une
quintessence. Alors, dans une joie berçante et claire de
l'œil, les tons s’harmonisent, les lignes se courbent avec
grâce, ces lignes onduleuses si caractéristiques de M. Schuf-
fenecker. Ces paysages semblent des évocations sur Îes-
quelles tombe une lumière étincelante et raffinée, ornant la
Ua
Nyon
Las EVA sn
— 34 — | nature de splendeur, la revêtant féeriquement. Dans un site de tranquillité, un Buddha s'estompe, à longue barbe, l’allure d'un sage-— près, un groupe de disciples. Peut-être l'artiste est-il en voie de trouver l’apparence des personnages en accord avec sa conception magnifiée du monde extérieur.
Nous noterons encore chez M. Schuffenecker une spéciale aptitude au portrait. Indépendamment de celui d’Odilon Redon, dans les Hommes d'Aujourd'hui, où la gravité habituelle de l'artiste est si bien renduc, diverses esquisses montrent une compréhension intéressante de la physiono-
mie humaine, surtout féminine, avec une particulière vie du regard,