‹ Le mouvement idéaliste en peintureChapitre 16 sur 33 · SYNTHÉTISTES · texte numérisé non relu

SYNTHÉTISTES

Le groupe synthétiste (1) appelle tout particulièrement Ÿ l'attention. En les artistes qui le composent se formule le - plus visiblement l'ensemble des tendances idéalistes. y Nous étudierons successivement : MM. Sérusier, Vuillard, Bonnard, Roussel, Ranson et Vallotton.

(1) Ce groupe, réuni aux mystiques, porta également les noms de: Néo-Traditionnistes (Notes d’art, définition du Néo-Traditionnisme, par Pierre Louis. Art et Critique, 2° année, n® 65 et 66) — et de Déformateurs (Théorie des déformateurs, par Alphonse Germain. Numéro exceptionnel de la Plume consacré aux Peintres Novateurs, 3e année, ne 57).

PAUL SÉRUSIER

M. Sérusier offre dans ses œuvres — comme dans sa personnalité — l'entière pondération d’où naît l’équilibre. Après avoir reçu l'enseignement classique à l’Académie ‘Julian, il rencontra, en Bretagne, Gauguin. Intéressé d’abord, puis convaincu par les théories de ce dernier, il se lança dans les mêmes essais où depuis il a progressé pour son propre compte. Esprit lucide et logicien, il est allé vite aux conséquences ultimes, en abordant une peinture franchement décorative d’une entière synthèse de lignes et de couleurs.

Voici, selon M. Sérusier, la genèse de l’œuvre d'art. Elle paraît typique au point de vue Idéiste.

Le spectacle direct de la nature, suscitant les sensations — la mémoire, qui les rappelle — l'imagination, qui les crée par combinaisons, — nous mettenc dans ## état d'âme involontaire. Puis l'Idés se forme dans l'esprit, supérieure aux limbes génératrices par sa logique et son harmonie, elle apparait À l'artiste. Il s'efforce de l'exprimer dans son intéyrale intensité, résultat qu'il obtiendra d’autant mieux

que, négligeant les détails, il ne retiendra que les seules caractéristiques. Alors l'artiste place ainsi le spectateur dans l'état d'âme où lui-méme s’est trouvé — ce qui est le but de l'Art.

M. Sérusier, par ses souvenirs d'enfance, ses sensations vives, ses premières impressions d'art, s’est trouvé attaché à la Bretagne. En outre son esprit sérieux et réfléchi devait

se complaire dans ce pays où demeure encore un âpre par-

fum des temps évanouis. La légende, partout ailleurs momifiée, dans Îles vestiges de la vieille Armorique vit, se meut, circule. Et voici que l’art de rigoureuse synthèse de M. Sérusier s’est approprié très naturellement à une race qui plus que toute autre semble le réclamer, tant les gestes y sont significatifs, les attitudes cexpressives des âmes silencieuses. Les choses et les êtres d'autour de nous rendus caractéristiquement, parfois nous choquent, nous myopes contemporains habitués à n’en saisir, à cause du trop près sans recul, que les futiles détails. Mais les peuples frustes, les époques lointaines, se présentant à nous dépouillés de l'accessoire, se prêtent mieux à une large vue d'ensemble. La corrélation tout intime qui existe entre M. Sérusier et les sites d'élection où il vit une bonne part de l’année, ont fait vibrer son émotivité. Aussi les aspects que saisit son œil, qu'organise son talent toujours très harmonique, sontils empreints de leur poésie vraie.

M. Sérusier, dans la série de ses dernières toiles, présente une personnalité dégagée. Sa véritable voie s'est ouverte

par l'emploi des tons purs, leur arrangement et celui des lignes en vue d’un effet d'ensemble. On peut dire qu’il est entré en possession définitivement d’une peinture franche, de valeur expressive — qui nous promet des œuvres d’un sentiment haut et d’une belle allure décorative:

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