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CHAPITRE II

Emile Aiigier et Alexandre Dumas, qui étaient, voilà quarante ans, les maîtres de notre théâtre, passaient pour des réalistes, et même leur réalisme scandalisait les contemporains. Voilà quinze ou vingt ans, une école nouvelle réagit contre ce que Tari dramatique, après Augier, après Dumas, avait encore de conventionnel et de factice.

On se rappelle peut-être comment finit le premier acte du Demi- M onde. « As-tu faim? dit Olivier de Jalin à Ilippolyte Richond. — Oh! oui. — Eh bien, allons dîner. » Dans la Question d'argeyit^ nous voyons Mme Durrieu vérifier les comptes de la semaine. <( Boulanger, vingt francs... Boucher, quatre-vingtdix francs... Épicier... » Il n'en fallait pas davantage, en ce temps-là, pour que la critique accusât Tauteur de trivialité. Quelques progrès que le réalisme ait pu faire de nos jours sur la scène, nous devons pourtant reconnaître qu'Augier et Dumas lui ouvrirent la voie. Aucune comédie d'Augier n'est d'un bout à l'autre réaliste, mais, dans plusieurs, les meilleures parties

le sont. Dans les Lionnes pauvres, par exemple, tout le rôle de Pommeau, et, dans Maître Guérin, tout celui du principal personnage. Mais Gabrielle même inaugurait déjà une réaction contre la comédie de Scribe. Quant à Dumas, il osa représenter maintes figures qui avaient été jusqu'alors exclues du théâtre, la fille galante, entre autres, et le bellâtre entretenu. Plus hardi qu'Augier, il viola sans scrupule les « règles ». Dans le Fils naturel, il se réfuse, malgré les sollicitations de iMontigny *, à jeter Jacques entre les bras de son père^; dans les Idées de Madame Auôray, il marie Jeannine avec Camille sans avoir pris la précaution de tuer l'homme dont elle a un enfant ^ Aucun de nos réalistes n'a traité Scribe avec plus de mépris. 11 lui reproche non seulement de substituer des « ficelles » à l'étude et à l'observation, mais de falsifier la morale par complaisance pour les préjugés de son public.

Môme après Augier et Dumas, beaucoup restait à faire. Il y a encore chez Dumas et chez Augier trop de Scribe. Il y a sans doute chez eux ce qu'on ne trouve pas chez lui, l'étude des caractères, la peinture des mœurs, la discussion d'une thèse. Maisleurmécanisme procède visiblement de son théâtre. Quelque dédain que Dumas professe pour ce théâtre de marionnettes, lui-môme, quand il était « tourmenté par l'idée d'une œuvre dramatique nouvelle », en relisait au hasard n'importe quelle pièce, afin de se refaire la main* .

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