Ibid., t. VIII, p
La structure générale de la comédie n'a pas varié. C'est d'abord une exposition, plus ou moins vraisemblable, qui nous met au courant des circonstances, nous présente les personnages, tels qu'ils doivent rester jusqu'au bout, et contient déjà tous les éléments de Faction. Cette action se noue vers la fin du premier acte. Les trois suivants, dont chacun renferme une scène capitale, sont remplis par le jeu régulier des péripéties. Enfin le dénouement, que ménage un cinquième acte d'ordinaire assez court, se déduit des quatre autres en vertu d'une opération quasi mathématique. Rien de plus ingénieux sans doute, mais rien de plus artificiel. L'ingéniosité môme de l'auteur éveille notre défiance, en trahissant ses artifices. Voyez par exemple comment, dans le Gendre de Monsieur Poirier^ un duel, annoncé dès le début, prépare la réconciliation finale de Gaston et d'Antoinette. Peut-être les combinaisons extérieures sontelles plus fréquentes encore chez Dumas que chez Augicr. Surtout pour préparer le dénouement. Au quatrième acte de VÉlrangere^ Rémonin dit : « Les dieux vont venir. » C'est le deus ex machina^ qui prend ici la forme d'un Yankee. Il fallait se débarrasser du duc de Septmonts. Quoi de plus simple? On le fait tuer par un excellent tireur qui arrive tout exprès d'Amérique.
Nous trouvons chez Augier et Dumas de nombreux coups de théAtre visiblement machinés pour l'effet. Dumas en abuse dans certaines pièces, dans YEtranfjère^ qui est, à vrai dire, une sorte de mélodrame, mais aussi dans ses comédies d'observation el
d'étude, dans le Demi-Monde^ dans le Fils naturel^ dans VAini des femmes. Il y en a moins chez Augier. Rappelons-nous cependant le mot d'Antoinette : « Et maintenant, va te battre ! » dans le Gendre de Monsieur Poirier^ et, dans les Effrontés^ celui du marquis : « Excepté moi, madame! » Nous sentons, là encore, je ne sais quoi de factice, qui décèle la main de Fauteur. Ajoutons-y la tirade, si fréquente chez Tun comme chez Tautre, insupportable chez Dumas, — les reparties et les saillies, qui font, en tels dialogues, un pétil-^ lemenl continuel, — le style de théâtre, style apprêté, ne ressemblant pas du tout à celui de la conversation, style non seulement livresque, mais, pour mieux dire, — théâtral. Ajoutons-y certains personnages conventionnels. D'abord, celui du raisonneur. II figure assez rarement dans les comédies d'Augier : le Bordognon des Lionnes pauvres en est, avec ses mots d'esprit ininterrompus, la plus agaçante personnification. Quant à Dumas, nous trouvons un raisonneur dans presque toutes les siennes. C'est Jalin du Demi-Monde, Ryons de YAmi des femmes, Lebonnard de la Visite de noces, Thouvenin de Denise, Rémonin de VÉtrangère, bien d'autres encore, qui sont très utiles à l'auteur, tantôt pour préparer et conduire son action, tantôt pour l'expliquer, mais derrière lesquels nous l'apercevons lui-môme faisant office de souffleur. Et voici maintenant des « poncifs » d'un autre genre : chez Augier, le fils Guérin, un colonel à la Scribe *, Thérèse Lecarnier, si complai-