Les Remplaçantes
5. Dans la scène, par exemple, ou M. Dupont s'apprête à recevoir les Mairaut, dans celle encore où Justin et sa femme reçoivent les Pouchelet.
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tant la mission du poète, que son premier devoir consiste à gagner u de quoi faire bouillir le pot-au-feu ». Mais elle a raison comme le bonhomme Ghrysale. La morale de M. Brieux est essentiellement conservatrice et, par conséquent, « réactionnaire ». Dans Blanchrllp^ il prend partie contre l'éducation des filles pauvres; dans le Berceau^ contre le divorce; dans YJ'Jvimon^ contre la science. Dans les Bienfaiteurs^ qui pourraient conclure à l'abolition de Taumône, tout ce qu'il ose, c'est de recommander qu'on la fasse avec discernement et amour. Enfin, dans les Trois filles de Monsieur Dupont^ il apaise et soumet Julie a})rès un bref accès d' « ibsénisme ». Rien chez lui qui dénote aucune influence exotique. Partisan convaincu de la tradition, il la soutient contre toute nouveauté, il met à son service un bon sens ferme et court.
Chaque pièce de M. Brieux renferme une leçon; dans certaines, cette leçon prend la forme d'une thèse. Faisons bien la difl'érence. Dans Blanchelle, dans Y L'ng renage ^ dans le Résultai des courses, dans les 7 rois filles de Monsieur Dupont, dans la Bobe rouf, ce n'est pas une thèse qu'il soutient. Les Irais fill^'s d''. Monsieur l)up(ml, par exemple, se contentent Je nous montrer la vie, et aboutissent naturellement A une conclusion toute simple, tirée de rexpérience même. Mais dans les Bienfaiteurs , dans YEvaswny dans le Berceau, dans les Bemplarantes, M. Brieux a pour objet de prouver quelque chose : faits et personnages sont régis par les besoins de cette démonstration. A vrai dire, les thèses ne lui réussissent
guère. Outre que celle des Bienfaiteurs est équivoque, elle rinduit à faire de Valentin un « raisonneur », elle lui impose dans le dessin de sa pièce une symétrie fâcheuse. Celle de YEvasion est manquée, s'il s'attaque à la science, et, s'il s'attaque au charlatani.sme, elle ne cadre pas avec le sujet même. Dans le Berceau^ qui est une de ses œuvres les plus fortes, la première scène donne à la comédie entière je ne sais quelle figure de théorème. Voilà, dès maintenant, la question posée. Il est bien certain que l'auteur combinera tout en vue de la thèse; et, par suite, je me défie de son invention comme d'un arrangement spécieux et arbitraire. Laurence, au troisième acte, accuse ses parents de lui avoir conseillé le divorce; il n'en fallait pas davantage pour la moralité de la pièce. Et les paroles de Laurence ont un accent d'émotion vibrante; mais la tirade du docteur n'était qu'un froid raisonnement.
M. Brieux possède des qualités tout à fait éminentes : la vigueur, la sûreté de main, le mouvement, la vie, une nette rectitude de sens, un grave souci des choses morales. Depuis le début, il n'a cessé de marquer son progrès. Sans oublier ce qu'on trouve d'excellent dans Blancliette, dans YEvasion^ dans le Résultat des courses^ — les Trois filles de Monsieur Dupont, le Berceau, la Robe rouge, sinon les Remplaçantes, sont incontestablement ses meilleures comédies. Et ce sont, chacune en son genre, des pièces qui font honneur à notre théâtre moderne par la franchise de l'observation, par le relief des peintures, par l'intensité du pathétique, enfin et surtout par le
naturel. Nous en avons de plus fines et de plus élégantes; nous n'en avons pas de plus vraies, de plus solides, de plus humaines.
M. François de Curel est peu goûté de ceux qui apprécient une œuvre dramatique pour la régularité de sa structure. Méditatif et concentré en lui-même, il a beaucoup plus réfléchi non seulement qu'observé, mais surtout qu'étudié dans Scribe ou dans M. Sardou la technique du théâtre. Aucun souci, chez lui, des traditions et des conventions. Il méprise l'artifice jusqu'à user parfois des procédés les plus rudimentaires. Pourquoi, dans les Fossiles, est-ce Robert et non pas Hélène qui congédie la nourrice? Voici le moment venu où Robert doit enfin connaître le secret que seul il ignore; or la nourrice, furieuse, ne manquera pas de le lui découvrir. M. de Curel, qu'absorbe son idée, dédaigne maints détails de facture. Par exemple, il ne motive pas toujours les entrées et les sorties des personnages. Et si peu importants que puissent être de tels détails, les critiques de l'ancienne école lui reprochent volontiers sa négligence ou sa maladresse.
11 ne plaît pas davantage au grand public. Cela pour deux raisons . D'abord , la plupart de ses comédies n'ont aucune intrigue. Même quand elles supposent une multitude d'événements, ces événements précédèrent le lever du rideau, et la pièce se borne à suivre leur répercussion dans le cœur et esprit des personnages. Je ne connais pas d'œuvrc
théâtrale plus exclusivement psychologique que V Envers d'une sainte ou V Invitée ; et tout s'y passe en conversations. Ensuite, ses héros sont presque toujours des êtres exceptionnels. Non point qu'il idéalise en eux rhumanité. Ceux de Corneille frappent vivement la foule, parce que, dépassant Thomme moyen, ils ne font cependant que pousser à bout certaines vertus très simples, le courage, le patriotisme, l'honneur, la clémence. Ici, c'est autre chose. Les héros que M. de Curel met en scène ne sont pas plus grands que nature, ils sont plus compliqués. Et cette complication, cette subtiHté d'esprit et de sentiment, doit les rendre peu accessibles à la masse des spectateurs.
Sans doute les partisans de la pièce bien faite ont leurs motifs de préférer Scribe à M. de Curel. Mais, si M. de Curel ne se soucie pas assez du métier, on peut, du moins, lui pardonner maintes négligences en admirant dans ses pièces des mérites supérieurs à la technique. Et, du reste, une comédie d'analyse n'exige pas la môme dextérité de facture qu'un vaudeville. C'est sur l'étude psychologique qu'en porte l'intérêt, et non pas sur l'arrangement plus ou moins ingénieux des scènes.
Le grand public, d'autre part, n'a complètement tort ni pour ce qui est de l'intrigue, ni pour ce qui est des personnages. Il aurait complètement raison sur le premier point, si une pièce sans intrigue devait être une pièce sans action. Mais les pièces mômes dont nous disions qu'elles se passent en analyses, V Envers d'une sainte et V Invitée, contiennent
naturel. Nous en avons de plus fines et de plus élégantes: nous n'en avons pas de plus vraies, de plus solides, de plus humaines.
M. Fran(2ois de Curel est peu goûté de ceux qui apprécient une œuvre dramatique pour la régularité lie sa structure. Méditatif et concentré en lui-même, il a beaucoup plus réfléchi non seulement qu'observé, mais surtout qu'étudié dans Scribe ou dans M. Sardou la technique du théâtre. Aucun souci, chez lui, des traditions et des conventions. 11 méprise Tartifice jusqu'à user parfois des procédés les plus rudimentaires. Pourquoi, dans les Fossiles^ est-ce Robert et non pas Hélène qui congédie la nourrice? Voici le moment venu où Robert doit enfin connaître le secret que seul il ignore; or la nourrice, furieuse, ne manquera pas de le lui découvrir. M. de Curel, qu'absorbe son idée, dédaigne maints détails de facture. Par exemple, il ne motive pas toujours les entrées et les sorties des personnages. Et si peu importants que puissent être de tels détails, les critiques de l'ancienne école lui reprochent volontiers sa négligence ou sa maladresse.
Il ne plaît pas davantage au grand public. Cela pour deux raisons . D'abord , la plupart de ses comédies n'ont aucune intrigue. Même quand elles supposent une multitude d'événements, ces événements précédèrent le lever du rideau, et la pièce se borne à suivre leur répercussion dans le cœur et esprit des personnages. Je ne connais pas d'œuvre
théâtrale plus exclusivement psychologique que V Envers d'une sainte ou V Invitée ; et tout s'y passe en conversations. Ensuite, ses héros sontpresque toujours des êtres exceptionnels. Non point qu'il idéalise en eux rhumanité. Ceux de Corneille frappent vivement la foule, parce que, dépassant Thomme moyen, ils ne font cependant que pousser à bout certaines vertus très simples, le courage, le patriotisme, l'honneur, la clémence. Ici, c'est autre chose. Les héros que M. de Curel met en scène ne sont pas plus grands que nature, ils sont plus compliqués. Et cette complication, cette subtilité d'esprit et de sentiment, doit les rendre peu accessibles à la masse des spectateurs.
Sans doute les partisans de la pièce bien faite ont leurs motifs de préférer Scribe à M. de Curel. Mais, si M. de Curel ne se soucie pas assez du métier, on peut, du moins, lui pardonner maintes négligences en admirant dans ses pièces des mérites supérieurs à la technique. Et, du reste, une comédie d'analyse n'exige pas la môme dextérité de facture qu'un vaudeville. C'est sur l'étude psychologique qu'en porte l'intérêt, et non pas sur l'arrangement plus ou moins ingénieux des scènes.
Le grand public, d'autre part, n'a complètement tort ni pour ce qui est de l'intrigue, ni pour ce qui est des personnages. Il aurait complètement raison sur le premier point, si une pièce sans intrigue devait être une pièce sans action. Mais les pièces mêmes dont nous disions qu'elles se passent en analyses, Y Envers d'une sainte et ï Invitée, contiennent
laO LE MOUVEMENT LITTERAIRE CONTEMPORAIN.
autant d'action que l'on peut en demander à des comédies de ce genre, une action, du reste, tout intérieure et morale. Celle de VEnvers d'une sainte est dans le cœur de Julie. Quand Julie apprend que Jeanne a parlé à Henri, elle conçoit Tidée de se venger en lui ravissant sa fille Christine. Quand Julie retrouve son portrait au fond du bassin, alors, s'imaginant que c'est Henri qui l'y jeta, la voilà, dans sa fureur, résolue d'agir sur-le-champ. Enfin, quand Julie sait qu'Henri, en mourant, a recommandé à Christine d'être bonne pour elle, la malheureuse connaît son erreur, s'en accuse, rentre au couvent. Il en est de môme pour YInviiée. Anna revient dans la maison de son mari par curiosité pure, et pour y passer deux ou trois jours. D'abord, elle reste froide en revoyant ses filles, et se croit le cœur tout à fait séché. Lorsqu'Aline lui dit, la première fois : (( Mère », clic ne peut réprimer un tressaillement. Puis, elle pleure. Et elle pleure sans doute de ne pas être autrement touchée. Mais attendons un peu. Comme Thérèse et Alice ne paraissent pas très sensibles à la joie de la retrouver, une amertume lui en vient au c(L*ur. Bientôt, apprenant que les deux jeunes filles veulent se débarrasser de Mme de Raon, qui lui céderait la place, elle se sent émue. Elle consent enfin à rester, et nous sommes bien sûrs que ses filles auront en elle une mère. Rien, dans Vlnvitre^ qui soit ce qu'on appelle une intrigue. Mais le progrès du sentiment malernel dans le cœur d'Anna suffit pour que la pièce ail son action.
Ouant aux personnages, M. de Curcl, plus psy-
chologue que moraliste, ne pouvait mettre sur la scène des figures banales. Mais c'est au caractère tout exceptionnel de ses héros que se rapportent certains défauts de son théâtre. La situation initiale, telle que l'ont déterminée des événements antérieurs, est souvent difficile à admettre. Souvent aussi, dans VInvilée entre autres, dans YEyivers d'une sainte^ dans VA mour brode, le début traîne en longueur. Quoi d'étonnant, s'il faut que l'auteur nous fasse accepter une donnée plus ou moins invraisemblable? Ou bien, quand l'exposition n'est pas assez longue, nous avons peine à comprendre, à suivre, à nous familiariser avec les sentiments des personnages. Dans les Fossiles^ par exemple, où le décor nous avertit pourtant qu'on nous présente des héros d'un autre âge*. Et, dans le Repas du lion, nous nous rendrions mieux compte du revirement de Jean, lorsqu'il renonce à son apostolat humanitaire, si l'on avait, au début, marqué plus clairement chez lui cet orgueil aristocratique qui fait le fond de son caractère. Un autre défaut enfin, c'est que l'intérêt se porte sur un seul personnage, sur deux au plus. Sur un seul, comme dans VEnvers d'une sainte et dans VInvilée. Sur deux, comme dans r Amour brode \ et j'en dirais autant de la Figurante, si l'auteur y traitait son sujet.
Ces personnages ne sont pas seulement peu ordinaires, ils risquent de paraître peu vrais. Passe encore pour ceux chez lesquels prédomine tel ou tel trait de
1. Salle immense lambrissée de boiseries, haute cheminée de pierre, panneaux garnis de panoplies, anciennes armures, arbres généalogiques, etc.
IriO LE MOUVEMENT LITTERAIRE COTS'TEMPORAIN.
autant d'action que l'on peut en demander à des comédies de ce genre, une action, du reste, tout intérieure et morale. Celle de VE7ivers d'une sainte est dans le cœur de Julie. Quand Julie apprend que Jeanne a parlé à Henri, elle conçoit Tidée de se venger en lui ravissant sa fille Christine. Quand Julie retrouve son portrait au fond du bassin, alors, s'imaginant que c'est Henri qui Ty jeta, la voilà, dans sa fureur, résolue d'agir sur-le-champ. Enfin, quand Julie sait qu'Henri, en mourant, a recommandé à Christine d'être bonne pour elle, la malheureuse connaît son erreur, s'en accuse, rentre au couvent. Il en est de même pour YInvitée. Anna revient dans la maison de son mari par curiosité pure, et pour y passer deux ou trois jours. D'abord, elle reste froide en revoyant ses filles, et se croit le cœur tout à fait séché. Lorsqu'Aline lui dit, la première fois : (( Mère », elle ne peut réprimer un tressaillement. Puis, elle pleure. Et elle pleure sans doute de ne pas être autrement touchée. Mais attendons un peu. Comme Thérèse et Alice ne paraissent pas très sensibles à la joie de la retrouver, une amertume lui en vient au cœur. Bientôt, apprenant que les deux jeunes filles veulent se débarrasser de Mme de Raon, qui lui céderait la place, elle se sent émue. Elle consent enfin à rester, et nous sommes bien sûrs que ses filles auront en elle une mère. Rien, dans VInvit(''(*^ qui soit ce qu'on appelle une intrigue. Mais le progrès du sentiment malernel dans le cœur d'Anna suffit pour que la pièce ait son action.
Quant aux personnages, M. de Curel, plus psy-
chologue que moraliste, ne pouvait mettre sur la scène des figures banales. Mais c'est au caractère tout exceptionnel de ses héros que se rapportent certains défauts de son théâtre. La situation initiale, telle que l'ont déterminée des événements antérieurs, est souvent difficile à admettre. Souvent aussi, dans VInvilve entre autres, dans ï Envers d'une sainte^ dans VA mour brode ^ le début traîne en longueur. Quoi d'étonnant, s'il faut que l'auteur nous fasse accepter une donnée plus ou moins invraisemblable ? Ou bien, quand l'exposition n'est pas assez longue, nous avons peine à comprendre, à suivre, à nous familiariser avec les sentiments des personnages. Dans les Fossiles^ par exemple, où le décor nous avertit pourtant qu'on nous présente des héros d'un autre âge^ Et, dans le Repas du lion, nous nous rendrions mieux compte du revirement de Jean, lorsqu'il renonce à son apostolat humanitaire, si l'on avait, au début, marqué plus clairement chez lui cet orgueil aristocratique qui fait le fond de son caractère. Un autre défaut enfin, c'est que l'intérêt se porte sur un seul personnage, sur deux au plus. Sur un seul, comme dans Y Envers d'une sainte et dans VInvitée. Sur deux, comme dans VAinour brode; et j'en dirais autant de la Figurante, si l'auteur y traitait son sujet.
Ces personnages ne sont pas seulement peu ordinaires, ils risquent de paraître peu vrais. Passe encore pour ceux chez lesquels prédomine tel ou tel trait de
1. Salle immense lambrissée de boiseries, haute cheminée de pierre, panneaux garnis de panoplies, anciennes armures, arbres généalogiques, etc.
4o8 LK MOUVEMENT LITTÉRAIRE CONTEMPORAIN.
caractère, môme quand on leur prête je ne sais quelle exaltation. Ceux-là, nous pouvons nous les expliquer aisément. Mais la plupart ont quelque chose d'énigmalique. Telle, la Julie de V Envers (Tune sainte, qui est à la fois généreuse et perverse, froide et fervente, sèche et tendre, hypocrite et brutale. Telle, TAnna de Vlnvilée^ que son ironie perpétuelle contribue encore à nous rendre équivoque. « Qu'en croire? » dit Franz, dans la première scène. Et nous, auxquels on se contente d'indiquer en quelques mots ses antécédents, nous ne commençons à la connaître que vers la fin de la pièce, h' Invitée et Y Envers d'une sainte n'en sont pas moins des comédies extrêmement intéressantes, et cela par la complication même de leurs héroïnes. C'est surtout dans V Amour brode^ que M. de Curel a passé la mesure. Il y représente deux névrosés dont les caprices nous sont inintelligibles. Le sujet par lui-même devait tenter l'auteur, qui, du reste, le traite fort ingénieusement. Mais les personnages sont hors de toute réalité et n'ont plus rien d'humain.
Foncièrement idéaliste, M. de Curel méconnaît peut-être les conditions de l'art théâtral lorsque son idéalisme, au lieu d'exalter la nature humaine, raffine et subtilise. Aussi quelques-unes de ses comédies, malgré les qualités, proprement dramatiques, dont elles témoignent, semblent destinées plutôt à la lecture qu'à la représentation. Les pièces, a dit Molière, u sont faites pour être jouées » ; certains critiques veulent qu'elles soient faites pour le public, et Molière lui-môme ne déclare-t-il pas que la grande règle des
règles consiste à plaire? Faites pour être jouées, — oui, en un certain sens. Et pourtant ce n'est pas par la représentation, c'est par la lecture, que se soutiennent les chefs-d'œuvre du théâtre. Combien en compterions-nous que l'on met encore sur la scène? Quant à prendre comme règle le goût du public, il faudrait d'abord que le « public » eût quelque goût. En tout cas, si certaines pièces de M. de Curel, le Repas du lion par exemple et la Nouvelle idole sont plus scéniques que les autres, ne dédaignons point celles dont le charme délicat et la finesse psychologique ne peuvent bien s'apprécier qu'à la lecture. Que la Nouvelle idole et le Repas du lion ne nous rendent pas injustes pour V Invitée et V Envers d'une sainte.
A sa subtilité d'analyste, M. de Curel allie la force de la pensée et Téclat de l'imagination. Il y a en lui un « philosophe », et il y a aussi un poète. Parmi nos auteurs dramatiques, aucun ne l'égale pour la variété des talents. VEnvers d'une sainte est une comédie d'analyse; les Fossiles sont, en leur concision austère, une sorte de tragédie; la Nouvelle idole et peut-être le Repas du lion sont des pièces à thèse. Mais partout domine, chez M. de Curel, s'il faut le marquer de son caractère propre, la curiosité de la vie sentimentale. Le Repas du lion et la Nouvelle idole mettent eux-mêmes aux prises des passions et non des idées abstraites. Rien de didactique dans la thèse. Ce ne sont point des raisonnements que font les personnages, ou, du moins, leurs raisonnements traduisent leurs émotions.
Beaucoup moins moraliste que psychologue, M. de
KiO Li: MOrVKMKXT LITTÉRAIRE CONTEMPORAIN.
Curol dilTère sans doute en cela de M. Brieux, qui se préoccupe davantage de la morale pratique, appliquée à la vie quotidienne. Seulement, M. Brieux est un u bourgeois » d'esprit net et juste, un peu borné par les préjugés ambiants. Il y a chez Tauteur des Fossiles quelque chose de plus relevé, de plus noble, de plus liardi. Sa morale répond à la conception tout idéaliste de son théâtre, à son horreur de la vulgarité, à son goût pour les âmes peu communes. Elle est haute, elle est même hautaine. C'est la morale d'une personnalité originale et forte. Aussi bien l'individualisme, chez lui, n'a rien de dur ou de sec. Jean de Sancy môle à beaucoup d'orgueil un généreux (khouomcnt. Robert de Chantemelle, le héros aristocrate des Fossiles, se fait peu à peu « républicain », comme le lui dit Hélène, et, après avoir aimé ces arbres géants dont les ramures couvrent un peuple d'arbustes, sent, devant la mer, un autre homme s'éveiller en lui ^ Tourné maintenant vers les vagues, toujours semblables entre elles, toutes également petites par le calme, toutes également grosses par la tempête, Robert trouve monstrueux l'égoïsme des chênes, s'ils ne deviennent grands et forts qu'en étonflant ce qui voudrait, aux environs, se fortifier el grandir.
M. Paul llervieu commencja par écrire des romans *; sa première comédie date de 1892, et il n'en a donné