‹ Le mouvement litteraire contemporain (volume 2)Chapitre 47 sur 69 · Cf. page · texte numérisé non relu

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;n tout que trois, les Paroles restent les Tenailles^ la Loi de riiomme. Mais elles suffisent pour lui mériter une place éminente parmi nos auteurs dramatiques. Nul autre n'a plus d'originalité.

On regrette que, dans les Paroles restent, il emprunte k l'ancien théâtre certains procédés vieillis. Son héroïne, par exemple, hérite de deux millions, devant lesquels, en jeune premier bien appris, son héros, quoique fort amoureux, s'avise de reculer; et cet héritage est un expédient d'autant plus fâcheux qu'il ne sert vraiment à rien. La pièce, d'ailleurs, contient des scènes très délicates et des scènes très fortes.

M. Hervieu s'annonçait là comme un des auteurs qui, avec M. Lemaître et M. de Curel, devaient rendre la formule dramatique plus souple. Faisant mieux par la suite, il fit autrement. Et môme on peut dire que les Tenailles et la Loi de Vhomme relèvent d'une poétique toute contraire à celle de sa première comédie. Le voici, maintenant, disciple d'Alexandre Dumas. Il y avait une leçon, une moralité, dans les Paroles restent ; dans les Tenailles et dans la Loi de Vhomme, ce sont de véritables thèses, les plus catégoriques sans doute et les plus directes qui aient jamais été mises sur la scène. Ces deux comédies réalisent en perfection le modèle de la pièce géométrique.

M. Paul Hervieu pousse à l'extrême et les défauts et les qualités du genre. Généraux puisqu'ils doivent être typiques , ses personnages n'ont ni physionomie ni caractère propres, n'agissent que pour soutenir la thèse. L'auteur Jes a construits théori-

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«intMiitMil. inrcaniquenienl, en dehors de loule obser- N al ion. Aussi ne nous louche-l-il point. Mt^me dans lt'> scrnrs les plus violentes, son pathétique de logiri.'H nous laisse insensibles. Notre esprit est occupé, iiiaîlrisr, opprima*; rien, là, pour émouvoir notre c<i'iir.

Mais nous non admirons pas moins l'art de M. Ilervioii. Son syslrmo dramatique une fois admis, il n'est i^nierc possiljje de le pratiquer avec plus de décision cl (Ir concision, avec plus de sûreté, de certitude et (le vitrueur. Aucune scène qui nous laisse quelque relâche ; aucun mot, dans chaque scène, qui ne concoure à la démonstration. L'intérêt ne languit pas un instant. Xous avons à peine le temps de respirer, nous sommes, dès le début, pris comme dans un étau. Des pièces telles que les Tenailles et la Loi de l'homme seraient les chefs-d'œuvre de notre théûtre, si la loi^icpie })Ouvait remplacer la vie et si les raisonnements pouvaient tenir lieu de passion.

M. Maurice Donnay s oppose trait pour trait à M. Paul Hervieu. Celui-ci est un « intellectuel » et celui-là un « sentimental ». Laborieux et appliqué, M. Hervieu nc^ produit guère, et ce qu'il produit sent reiloi'l d'une volonté énergique; M. Donnay a le liavail i'acilc, sa i)ropre invention Tégaie et il semble écrire en se jouant. Si Tun porte dans la construclion (le ses pièces une rigueur austère, Tautre ne sa il ni nc^ veut serrer les siennes, il les laisse se développer avec aisance à Iravers maints détours, maints

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>, et leurs meilleures scènes sont souvent des œuvre.

le choix de ses sujets et de ses personnages, nnay se rapprocherait de M. Lavedan. Mais, [. Lavedan, il y a, jusque dans ses comédies les substantielles, un fond de satire, tandis que nnay est surtout un curieux qui s'amuse au cle de la vie. Et, tandis que Tun moralise parlée candeur, son tact préserve l'autre de tout Lisme. Voyez la dernière scène d'Amants, Liil s'oublie; il va, si ses amis le laissent faire, lonner une définition du bonheur, laquelle pourra de moralité finale. « Le bonheur, ou du moins en approche le plus, c'est encore de... » Mais la se termine sur une farandole échevelée, qui l'enavant qu'il ait eu le temps d'en dire davantage.

comédies de M. Donnay sont fort agréables, e saurait avoir plus d'esprit que lui, un esprit fin, plus aisé, plus naturel. A la familiarité de iversation, son style allie une fine élégance, et ief qu'exige le théâtre, une flexibilité délicate.

ce qui lui donne sa physionomie propre, je ne sais quelle grâce de sentiments, quelle leur câline, voluptueuse, et, çà et là, une veine élancolie discrète et de tendresse, un grain de e anacréonticjue. Et certes de telles qualités rendraient indulgents pour les défauts de ses s, s'il ne s'agissait que de leur composition flotct capricieuse. Mais, sans parler des plus légères, lesquelles il s'amuse à gaminer, les autres n'ont mêmes rien que de superficiel. Dans Amants, par

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(liKMiuMil, mécaniquement, en dehors de toute obscrvalioii. Aussi ne nous touclie-t-il point. MOme dans l(*s scH'nes les plus violentes, son pathétique de Jogicicn nous laisse insensibles. Notre esprit est occupé, maîtrise'', opprimé; rien, là, pour émouvoir nofre C(xuir.

Mais nous n'en admirons pas moins Tart de M. Ilervi(Mi. Son système dramatique une fois admis, il n'est i^urrc possible de le pratiquer avec plus de décision et (1(* concision, avec plus de sûreté, de certitude el (le vi<^ueur. Aucune scène qui nous laisse quelque rclAclie ; aucun mot, dans chaque scène, qui ne concoure à la démonstration. L'intérêt ne languit pas un instant. Nous avons à peine le temps de respirer, nous sommes, dès le début, pris comme dans un étau. Des pièces telles que les Tenailles et la Loi df riunumc seraient les chefs-d'œuvre de notre théâtre, si la logique pouvait remplacer la vie et si les raisonnements pouvaient tenir lieu de passion.

M. Maurice: Donnay s oppose trait pour trait à M. Paul Ilervieu. Celui-ci est un « intellectuel » et celui-là un « sentimental ». Laborieux et appliqué, M. Hervieu n(î produit guère, et ce qu'il produit sent rcllorl (l'une volonté énergique; M. Donnay a le travail iacile, sa propre invention l'égaie et il semble écrire en se jouant. Si l'un porte dans la construction (le ses pièces une rigueur austère, l'autre ne sait ni ne veut serrer les siennes, il les laisse se développer avec aisance à travei's maints détours, maint.'*

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retours, et leurs meilleures scènes sont souvent des hors-d'œuvre.

Par le choix de ses sujets et de ses personnages, M. Donnay se rapprocherait de M. Lavedan. Mais, chez M. Lavedan, il y a, jusque dans ses comédies les moins substantielles, un fond de satire, tandis que M. Donnay est surtout un curieux qui s'amuse au spectacle de la vie. Et, tandis que l'un moralise parfois avec candeur, son tact préserve l'autre de tout pédantisme. Voyez la dernière scène d'Amants, Vétheuil s'oublie; il va, si ses amis le laissent faire, nous donner une définition du bonheur, laquelle pourra ' servir de moralité finale. « Le bonheur, ou du moins ce qui en approche le plus, c'est encore de... » Mais la pièce se termine sur une farandole échevelée, qui l'entraîne avant qu'il ait eu le temps d'en dire davantage. Les comédies de M. Donnay sont fort agréables. On ne saurait avoir plus d'esprit que lui, un esprit plus fin, plus aisé, plus naturel. A la familiarité de la conversation, son style allie une fine élégance, et au relief qu'exige le théâtre, une flexibilité déhcate. Enfin ce qui lui donne sa physionomie propre, c'est je ne sais quelle grâce de sentiments, quelle langueur câline, voluptueuse, el, çà et là, une veine de mélancolie discrète et de tendresse, un grain de poésie anacréontique. Et certes de telles qualités nous rendraient indulgents pour les défauts de ses pièces, s'il ne s'agissait que de leur composition flottante et capricieuse. Mais, sans parler des plus légères, dans lesquelles il s'amuse à gaminer, les autres n'ont elles-mêmes rien que de superficiel. Dans i4wa«/s, par

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(liRMiuMjl, mocaniqucmont, en dehors de toute observalioii. Aussi ne nous touche-t-il point. Mt^me dans les scènes les plus violentes, son pathétique de logicien nous laisse insensibles. Notre esprit est occupé, maîtrise, opprimé; rien, là, pour émouvoir noire

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Mais nous n'en admirons pas moins Tart de M. Ilervicii. Son sysicme dramatique une fois admis, il n'est i^ucrc possible de le pratiquer avec plus de décision et de concision, avec plus de sûreté, de certitude et de vin^ucur. Aucune scène qui nous laisse quelque relâche ; aucun mot, dans chaque scène, qui ne concoure à la démonstration. L'intérêt ne languit pas un inslant. Nous avons à peine le temps de respirer, nous sommes, dès le début, pris comme dans un étau. Des pièces telles que les Tenailles et la Loi de IJumimc seraient les chefs-d'œuvre de notre théâtre, si la logique i)0uvait remplacer la vie et si les raisonnements pouvaient tenir lieu de passion.

M. Maurice î)onnay s'oppose trait pour trait à M. Paul llervieu. Celui-ci est un « intellectuel » et cehii-là un « sentimental ». Laborieux et appliqué, i\l. llervieu n(^ produit guère, et ce qu'il produit sent l'ellort (Tune volonté énergique; M. Donnay a le Iravail facile^ sa propre invention l'égaie et il semble écrire en se jouant. Si Tun porte dans la construction (le ses pièces une rigueur austère, Tautre ne sait ni ncî veut serrer les siennes, il les laisse se développer avec aisance à Iravei's maints détours, maints

•etours, et leurs meilleures scènes sont souvent des liors-d'œuvre.

Par le choix de ses sujets et de ses personnages, M. Donnay se rapprocherait de M. Lavedan. Mais, chez M. Lavedan, il y a, jusque dans ses comédies les moins substantielles, un fond de satire, tandis que M. Donnay est surtout un curieux qui s'amuse au spectacle de la vie. Et, tandis que l'un moralise parfois avec candeur, son tact préserve l'autre de tout pédantisme. Voyez la dernière scène d'Amants, Vélheuil s'oublie; il va, si ses amis le laissent faire, nous donner une définition du bonheur, laquelle pourra ' servir de moralité finale. « Le bonheur, ou du moins ce qui en approche le plus, c'est encore de... » Mais la pièce se termine sur une farandole échevelée, qui l'entraîne avant qu'il ait eu le temps d'en dire davantage. Les comédies de M. Donnay sont fort agréables. On ne saurait avoir plus d'esprit que lui, un esprit plus fin, plus aisé, plus naturel. A la familiarité de la conversation, son style allie une fine élégance, et au relief qu'exige le théâtre, une flexibilité délicate. Enfin ce qui lui donne sa physionomie propre, c'est je ne sais quelle grâce de sentiments, quelle langueur câline, voluptueuse, et, çà et là, une veine de mélancolie discrète el de tendresse, un grain de poésie anacréontique. Et certes de telles qualités nous rendraient indulgents pour les défauts de ses pièces, s'il ne s'agissait que de leur composition flottante et capricieuse. Mais, sans parler des plus légères, dans lesquelles il s'amuse à gaminer, les autres n'ont elles-mOmes rien que de superficiel. Dans Amants, par

Kit Li: MorVEMENT LITTERAIRE CONTEMPORAIN.

cx(Mni)le, ses personnages, très bien observés, très bien rendus, sont de véritables fantoches. El, si M. Donnay veut peindre en effet des êtres sans consistance, chez lesquels aucune impression n'a de profondeur et qui simulent vainement les gestes de l'amour, il est possible que cela fasse une pièce charmante; cela ne saurait faire une pièce tant soit peu solide. Du reste, les qualités de Tauteur, qui lui valent un brillant succès, nous expliquent aussi que ce succès ne puisse pas ôtre bien durable. Le plus « parisien » et le plus « moderne» de nos écrivains dramatiques, il est trop exclusivement moderne et parisien pour écrire des comédies qui tiennent longtemps. Sa dernière s'intitule la Douloureuse. Locution d'argot, née au hasard, éphémère. Et elle passerait sansdoulc dans la langue, si la pièce môme durait. Mais la pièce ne durera point, quel qu'en soit le charme, car tout y répond à ce terme, le ton des personnages, leurs gestes, et aussi leurs sentiments. Tout y porte la marque du jour, et tout en aura vieilli demain.

Parmi les formes dramatiques, il n'y a guère plus de vivante que la comédie d'analyse. Cependant, si nous laissons de coté le vaudeville et le mélodrame, qui n'ai)parliennenl i)as à la httérature, nous ne pouvons passer complètement sous silence le drame historique et la comédie romanesque, car l'un compte encore, de noire temps, quelques (cuvres de valeur, et l'autre fut tout dernièrement renouvelée avec un grand éclat.

LB THEATRE. ; l^yî

Le drame, historique a pour principal représentant "- M. François Coppée, l'auteur de Severo Torelli et dp . Pour la couronne. Ces pièces méritent certes dé ; grands éloges pour leur structuré savante, pour Téclat de leur style, pour la souplesse et l'harmonie ç(é leur versification; mais elles ne font que répéter le théâtre romantique, avec un soin plus attentif de réalisme, pittoresque, avec beaucoup moins de sincérité, de poésie et de grandeur. Partout la convention et la rhétorique. Des personnages factices, toujours les mêmes, le tyran, le patriote conspirateur, le traître, la courtisane, heurtés l'un contre l'autre, à grand renfort de déclamations, dans une intrigue de bric-à-brac. Beaux costumes et rimes sonores; nulle psychologiç, rîeii qui soit véritablement humain.

La forme moderne du drame historique, si ce genre ne périt pas, est celle dont les Concourt donnèrent le modèle avec la Patrie en danger, et qu'a reprise après eux M. Hennique dans la Mort du duc d'Enghien . et dans les Deux patries. 11 ne s'agit pas là de panaches et de tirades, M. Hennique prétend reconstituer une époque, un milieu. La première de ces deux pièces ne consiste, à vrai dire, qu'en une série de tableaux prescjuc indépendants l'un de l'autre. Mais la seconde a plus de cohésion et d'unité. Elle est vraiment un drame. Pourtant elle ne ressemble en rien aux drames de M. François Coppée. Ce qui fait la différence, c'est que l'auteur des IJeux pairies ne déclame pas, ne vise pas à l'effet, se préoccupe avant tout de la vérité hi.storique et de la vérité morale.

Là ne saurait convenir le vers. Aussi M. Hennique

lOV LK MorVEMENT LITTERAIRE CONTEMPORAIN.

exemple, ses personnages, très bien observés, très bien rendus, sont de véritables fantoches. Et» si M. Donnay veut peindre en effet des êtres sans consistance, chez lesquels aucune impression n'a de profondeur et qui simulent vainement les gestes de Tamour, il est possible que cela fasse une pièce charmante: cela ne saurait faire une pièce tant soit peu solide. Du reste, les qualités de Fauteur, qui lui valent un brillant succès, nous expliquent aussi que ce succès ne puisse pas être bien durable. Le plus « parisien » et le plus « moderne » de nos écrivains dramatiques, il est trop exclusivement moderne et parisien j)our écrire des comédies qui tiennent longtemps. Sa dernière s'intitule la Douloureuse. Locution d'argot, née au hasard, éphémère. Et elle passerait sans doute dans la langue, si la pièce môme durait. Mais la pièce ne durera point, quel qu'en soit le charme, car tout y répond à ce terme, le ton des personnages, leurs gestes, et aussi leurs sentiments. Tout y porte la marque du jour, et tout en aura vieilli demain.

Parmi les formes dramatiques, il n'y a guère plus de vivante que la comédie d'analyse. Cependant, si nous laissons de coté le vaudeville et le mélodrame, qui n'appartiennent i)as à la hltérature, nous ne pouvons passer com[)lèlement sous silence ledrame historique et la comédie romanesque, car l'un compte encore, de noinî temps, quehjues (cuvres de valeur, et l'autre fui tout dernièrement renouvelée avec un grand éclat.

Le drame- historique a pour principal représentant M. François Coppée, l'auteur deSevero Torelli et de P6u7* la couronne. Ces pièces' méritent certes de grands éloges pour leur structure savante, pour Péclat de leur style, pour la souplesse et l'harmonie ç(é leur versification ; mais elles ne font que répéter le théâtre romantique, avec un soin plus attentif de réalisme, pittoresque, avec beaucoup moins de sincérité, de poésie et de grandeur. Partout la convention et la rhétorique. Des personnages factices, toujours les mêmes, le tyran, le patriote conspirateur, le traître, la courtisane, heurtés Tun contre Tautre, à grand renfort de déclamations, dans une intrigue de bric-à-brac. Beaux costumes et rimes sonores; nulle psychologiç, rieii qui soit véritablement humain.

La forme moderne du drame historique, si ce genre ne périt pas, est celle dont les Concourt donnèrent le modèle avec la Patrie en danger, et qu'a reprise après eux M. Hennique dans la Mort du duc d'Enghien . et dans les Deux pairies. Il ne s'agit pas là de panaches et de tirades, M. Hennique prétend reconstituer une époque, un milieu. La première de ces deux pièces ne consiste, à vrai dire, qu'en une série de tableaux prescjue indépendants l'un de l'autre. Mais la seconde a plus de cohésion et d'unité. Elle est vraiment un drame. Pourtant elle ne ressemble en rien aux drames de M. François Coppée. Ce qui fait la différence, c'est que Tauteur des Deux p(t(ries ne déclame pas, ne vise pas à l'effet, se préoccupe avant tout de la vérité historique et de la vérité morale.

Là ne saurait convenir le vers. Aussi M. Hennique

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Le drame historique a pour principal représentant M. François Coppée, l'auteur dû Severo Torelli et de Pour la couronne. Ces pièces méritent certes dô grands éloges pour leur structure savante, pour Téclat de leur style, pour la souplesse et l'harmonie de leur versification; mais elles ne font que répéter le théâtre romantique, avec un soin plus attentif de réalisme pittoresque, avec beaucoup moins de sincérité, de poésie et de grandeur. Partout la convention et la rhétorique. Des personnages factices, toujours les mômes, le tyran, le patriote conspirateur, le traître, la courtisane, heurtés l'un contre l'autre, à grand renfort de déclamations, dans une intrigue de bric-à-brac. Beaux . costumes et rimes sonores; nulle psychologie, rien qui soit véritablement humain.

La forme moderne du drame historique, si ce genre

-ne périt pas, est celle dont les Concourt donnèrent

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écrit en prose. Le vers serait-il donc banni du IhéAlre? Non pas; il convient à la fantaisie, à la fiction, au lyrisme soit féerique, soit burlesque. La comédie en vers a eu de nos jours un brillant renouveau avec M. Edmond Rostand.

M. Rostand débuta parles Romanesques, Cette petite pièce « se passe où l'on voudra, pourvu que les costumes soient jolis ». Le sujet en lui-même est assez ingénieux, assez agréable, un peu puéril. Par le ton, par le tour et la manière, les Romanesques tiennent de Marivaux et aussi de Banville. On v trouve de gentils détails. Cela du reste est bien menu, cela sent le collège. Et puis un tel genre demande de la grâce, de l'aisance, de la légèreté; or, la facture de l'auteur, style et versification, y a très souvent quelque chose de difficultueux et de dur. M. Rostand donna ensuite la Princesse lointaine^ conte u moyen-Ageux », qui ne manque pas de charme, mais qui n'est encore qu'une aimable fantaisie. Enfin la Samaritaine^ « Evangile en trois tableaux ». Quelques passages d'une poésie très fraîche et très pure ne peuvent y racheter les fautes de goût et de tact, une élégance déplacée, des mignardises et des fioritures qui s'accordent mal avec un tel sujet. Tout ce que la Samaritaine Xiemçnm\ei pas au récit évangélique nous fest d'autant plus suspect que Tauteur défigure visiblement ses personnages. Même le Christ, qui s'inspire tantôt de Renan, tantôt de M. Catulle Mendès. Et, d'autre part, tout ce qu'elh' y emprunte sent la gêne du traducteur. M. Rostand ne s'avise-t-il pas de versifier l'orai-

son dominicale, de la découper en alexandrins mal venus, pénibles et raboteux?

Si son œuvre se bornait là, nous nous serions sans doute dispensé d'en parler. Mais, peu de temps après la Samaritaine, paraissait Cyrano de Bergerac, qui eut une représentation triomphale et qui méritait presque son extraordinaire succès auprès du public et de la critique par l'imagination facile et vive, par la verve, par'le mouvement des scènes, l'éclat des décors, le cliquetis des vers, par une sorte de bravoure cavalière et truculente. A quoi bon relever dans Cyrano de Bergerac des traits un peu gros, des mots d'esprit qui ratent, et, çà et là, une facture contournée? La pièce n'en demeure pas moins un chef-d'œuvre. Nous devrions y insister longuement, si un chefd'œuvre de ce genre pouvait avoir quelque influence sur l'évolution théâtrale. Telle fut, au lendemain, l'opinion de certains critiques. On eût dit que Cyrano de Bergerac inaugurait une ère, marquait du moins une date capitale. A vrai dire, cette merveilleuse comédie n'inventait rien. Outre Marion Delorme et Ruy Blas, nous y reconnaissions du Théophile Gautier, du Vacquerie, du Banville, tout cela retrempé sans doute à la source originelle de la poésie précieuse et de la poésie burlesque, à VAsirée et à Scarron, mais enfin ne révélant rien de vraiment nouveau que l'admirable virtuosité de M. Edmond Rostand. Aussi bien la pièce n'a aucun rapport avec les tendances du théâtre moderne. Elle ne peut compter que pour sa valeur propre; elle n'exerce pas plus d'influence sur l'évolution dramatique que le premier mélodrame ven u .

Ceux-là mêmes , parmi les critiques, qu'exalla Cijrano, ont lait payer cher à M. Edmond Rostand, lorsque, dernièrement, il fît représenter Y Aiglon, ce que leurs éloges avaient eu peut-être d'excessif et ce qu'avaient eu d'imprudent leurs divinations enthousiastes sur le renouvellement de notre scène. Si certains défauts de l'auteur y paraissent davantage, je veux dire les procédés de son invention et de sa rhétorique, ses qualités pourtant ne furent jamais plus brillantes. Et il se peut bien que le drame lyrique et la comédie romanesque retrouvent place dans notre théâtre. Mais comme quelque chose d'accessoire, comme une diversion passagère. Notre théûtre moderne a pour matière la réahté ambiante et pour forme la comédie morale.

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