Ici., Enquête sur l'évolution littéraire, p
temps de plus profond dans Tûme humaine. Or, c'est là justement le domaine particulier de la poésie symboliste. Aussi emprunte-t-elle à la musique ses moyens et ses effets. Quand on veut « suggérer » ou « évoquer », on emploie les mots non seulement comme des signes logiques, mais aussi comme des sons et presque comme des notes.
Pour être un poète symboliste, il n'est pas nécessaire de faire proprement ce qu'on appelle des symboles, il suffit d'exprimer les secrètes correspondances des choses avec notre âme. Mais une poésie qui a ces correspondances pour objet sera le plus souvent symbolique, car, dès que nous les suivons avec quelque teneur, elles revêtent la forme du symbole.
Qu'est-ce donc que le symbole? Distinguons-le de la comparaison et de l'allégorie. Tandis que la comparaison envisage deux termes en les maintenant éloignés l'un de l'autre, le symbole associe ces deux termes intimement, et, pour mieux dire, les confond. Quant à l'allégorie, elle se rapproche beaucoup moins du symbole que de la comparaison même ou de la métaphore. A l'idée déjà conçue par l'esprit d'une façon purement abstraite , elle superpose ou substitue une image tirée du monde extérieur; elle n'est guère, par suite, qu'une comparaison ou une métaphore systématiquement prolongée. Le symbole est tout autre chose. Il éclôt, sans réflexion, sans analyse, dans une âme simple qui ne distingue même pas entre les apparences matérielles et leur signification idéale. Sans doute,
y a création, et le mot poésie a ici son sens *. » Si les divers aspects de la nature modifient notre être de telle ou telle façon, il est évident que tel ou tel étal d'âme signifiera tel ou tel aspect de la nature. Le parnassien a terminé son œuvre quand il a consigné tous les traits caractéristiques de V a objet »; il copie cet objet, il fait une description, c'est-àdire un procès-verbal. Mais le symboliste n'exprime pas les choses directement; il les suggère, en s'exprimant lui-même. « Xe garder de rien que la suggestion*, » voilà le principe de son esthétique. « Abolie, la prétention d'inclure au papier subtil du volume autre chose que, par exemple, l'horreur delà forOt; non le. bois intrinsèque et dense des arbres'. » « Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu; le suggérer, voilà le rêve*.» La différence essentielle entre la poésie parnassienne et la poésie symboliste, c'est que l'une s'attache J reproduin» tel quel le monde physique, considén comme un ensemble de décors, et l'autre à en rendr les affinités latentes avec notre a moi ».
Chez les parnassiens, la poésie tenait surtout de arls plastiques; avec le symbolisme, elle deviei musicale. Entre tous les arts, la musique expri le mieux ce qu'il y a de plus vague et en mi
\. M.illariTif'', Enquête sur révolution littéraire, par J. H p. »J2.
il. Ift., Divagation première relativement au vers. :î. Ul.^ibitl.