‹ Le mouvement littéraire contemporainChapitre 21 sur 76 · Cf. p · texte numérisé non relu

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par suite, n'ont presque rien de proprement romanesque. Les deux premiers sont de pures anatomies : l'auteur nous y peint l'inquiétude d'une âme délicate et faible, qui, ne pouvant résoudre l'énigme de notre destinée, finit par demander la paix, dans l'un, à je ne sais quelle vie animale, dans l'autre, à une foi passive et aveugle. Et les Trois cœurs eux-mêmes n'ont de « fable » que ce qu'il en fallait pour nous faire connaître le héros, incapable ici d'aimer , comme, dans les deux livres précédents, on nous le montrait incapable d'agir.

M. Rod s'était d'abord heurté aux problèmes insolubles de la métaphysique. Mais la métaphysique ne l'avait jamais attiré que comme moraliste; et pas n'est besoin, après tout, d'en avoir résolu les problèmes pour prendre intérêt aux cas de conscience. C'est le moraliste qui domine en lui. Du moraliste procéda jusqu'à présent le philosophe; du moraliste procédera désormais le psychologue. M. Rod va étudier des cas de conscience, tels que la vie en présente. Et, dès lors, la forme de ses romans deviendra moins abstraite. Il ne regardera pas seulement en soi, mais, au lieu de « chercher dans le microcosme de son cœur le jeu du cœur humain », il observera, tout autour de soi, comment les hommes sentent, pensent et agissent.

Après la Sacrifiée^ où l'auteur s'est déjà assez détaché de lui-même pour donner la vie à d'autres personnages, paraissent successivement Michel Teissier, les Roches blanches, Dernier refuge, qui, reliés entre eux par leur signification morale, forment une sorte

de trilogie. C'est toujours l'histoire de deux amants que la loi sépare. Dans Michel Teissier^ ils s'unissent en la violant, et cette union, troublée de remords, ne leur donne point le bonheur. Dans les Roches blanches, ils l'observent en renonçant l'un à l'autre, et ne sont pas plus heureux. Voici maintenant Dernier refuge, où Martial et Geneviève divinisent leur amour, l'élèvent par-dessus tous les devoirs de la vie humaine, et en demandent au suicide comme la glorification et la consécration. — Les deux romans qui suivent, Là-haut et le Ménage du pasteur Naudié, sont encore des romans de moraliste. Celui-ci analyse avec beaucoup de délicatesse un cas d'autant plus intéressant qu'il se pose dans la conscience d'un pasteur. Dans celui-là, M. Rod n'a pas voulu seulement décrire les grandioses aspects de la Suisse, mais encore opposer aux perversions mondaines le tableau des moeurs primitives, qui entretiennent la santé, la paix et la joie, célébrer l'influence bienfaisante de cette vie montagnarde qui, dans un cœurprécoceraent flétri par le scepticisme, par le libertinage, favorise je ne sais quel renouveau des pures tendresses et des salubres vertus. — Enfin son dernier livre, Au milieu du chemin, est, comme la Sacrifiée, comme ceux de sa trilogie, une sorte de roman à thèse, où, faisant un retour sur soi, il se reproche d'avoir jadis exalté la passion. Et son repentir l'entraîne, à vrai dire, trop loin; car ce qui ressort du roman, ce qui, même si l'auteur ne voulait pas aller jusque-là, en est bien la conclusion, c'est que nous devons chercher la règle de notre vie, non pas dans notre conscience,

mais dans les préjugés communs, et que la sagesse consiste à mettre sa conduite d'accord avec les conventions sociales, à faire comme les autres.

M. Rod a successivement réussi en plusieurs genres. Sa composition manque parfois de logique, trahit quelque incertitude ou même prêle à l'équivoque. Dans la Sacrifiée^ par exemple, on ne voit pas bien quelle est cette morale divine qui prévaut sur la morale humaine. Dans Michel Teissier, l'expiation du crime n'a aucun rapport avec ce crime même. Dans les Roches blanches l'étude psychologique que l'on nous annonce est remplacée par une idylle romanesque. Dans le Ménage du pasteur Naudié, M. Naudié n'est pas seulement un pasteur : outre le pasteur, il y a en lui le quadragénaire amoureux, le veuf, quatre fois père, convolant en secondes noces, le pauvre hère que son mariage enrichit; et ce sont, avec la donnée essentielle du livre, trois autres données adventices dont elle se complique et s'embarrasse. Il arrive également que M. Rod traite des sujets qui demanderaient soit une plus grande vigueur d'analyse, comme celui d'Aw milieu du chemin, soit, comme celui de Là-haut, plus d'ampleur, de mouvement et de puissance. Ses romans passionnels, enfin, n'expriment pas avec assez de passion les ardeurs et les transports de l'amour. Peut-être ce qu'il a fait de meilleur est une simple nouvelle, le Silence, que recommandent une émotion contenue, une forte sobriété. Les autres œuvres de M. Rod sont pourtant très intéressantes. Elles le sont par des qualités diverses, qui, dans quelques-unes, les dernières, s'unis-

sent harmonieusement. « Intuitiviste » de nature, M. Rod n'en exprime pas moins les choses et les hommes avec une justesse expressive. Il a pour véritable domaine la peinture de la vie morale, non pas en ses crises orageuses et tragiques, mais en ce qu'elle comporte de délicat, de familier, de tout intime. Si d'autres romanciers lui sont supérieurs pour la vigueur et l'éclat, aucun n'applique une curiosité plus fine, plus attentive, plus réfléchie, aux choses du cœur et de la conscience.

Avec Jours d'épreuve eiPascal GéfossCy M. Paul Margueritte se détachait du naturalisme*. Il signa même le manifeste des Cinq, qui prenait si violemment à partie le chef de l'école. Aussi bien n'avait-il jamais eu la moindre affinité avec M. Zola. On le rapprocherait plutôt des Concourt, surtout dans ses premiers livres. Il ne ressemblait à l'auteur des Rougon-Macquart ni pour sa composition, qui manque le plus souvent de teneur, ni pour son écriture, qui consiste en notations aiguës et vibrantes. M. Paul Margueritte est un nerveux. Et, tout d'abord, sa nervosité se traduisit par je ne sais quoi de trépidant, et presque de convulsif. Il sut plus tard la maîtriser davantage; mais c'est d^elle que procèdent encore ses qualités comme ses défauts.

Depuis quinze ans qu'il écrit, M. Paul Margueritte a fait une vingtaine de volumes. Et, dans le nombre, plusieurs sont médiocres; leur conception et leur

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