L'administrateur d'alors
Corbeouxl Rien de moins que le fond même et la forme. Quant au fond, la vérité naturelle des caractères; quant à la forme, la simplicité de la composition, de la mise en scène, du style. Et tout cela sans doute ne date pas de Becque : seulement les Corbeaux marquent un retour au réalisme classique, à Molière, dont l'auteur se réclamait; ils marquent une rupture complète avec le théâtre artificiel et conventionnel, celui de Scribe, celui de Beaumarchais, qui fut le premier des « faiseurs ».
Si les Corbeaux sont une oeuvre maîtresse, ils ont pourtant leurs défauts. D'abord une certaine lenteur d'action : mais cette lenteur est nécessaire, à vrai dire, pour que les personnages se développent d'euxmêmes, comme dans la vie, sans coups de théâtre ou péripéties factices. Puis, quelques procédés de l'ancienne école; par exemple le monologue, très bien amené d'ailleurs, où Teissier dévoile ses plans *. Enfin et surtout, des mots de caractère trop appuyés, qui sentent plus ou moins l'artifice. Sans parler du musicien Merckens, grossier à plaisir et gratuitement, presque tous les personnages dépassent, çà et là, la juste mesure. « Je ne suis pas femme à abuser d'un secret qu'on me confierait,» déclare Mme de Saint-Genis; « j'en aurais le droit, si je le surprenais moi-même *. » A Mme Vigneron, qui demande combien Vigneron lui a laissé : « Vous avez dû cependant, » répond le notaire Bourdon, « vous en rendre compte. Quand on perd son mari, c'est la première chose dont on